la statue Spirit of ShamanÉrigée à l’occasion des 65 ans du Rancho, la statue Spirit of Shaman monte la garde sur le Rancho.

Les grognements venant du court de tennis et les « boum boum » qui rythment le cours d’aérobie ne sont que des murmures à côté de ma respiration. Étendue dans une piscine d’eau tiède, mon esprit vagabonde : Pourquoi ne suis-je pas devenue vétérinaire comme je le voulais à 12 ans ? Est-ce que je dis assez souvent à ma mère que je l’aime ? Je suis détendue comme jamais. Étrange, si l’on tient compte qu’en ce moment je me fais bercer comme un bébé par un illustre inconnu.

Je suis en pleine séance de watsu avec David Towe (tatoué, 1,95 m, crâne rasé), qu’on imagine plus aisément dans un bar de motards que dans cette chic retraite face à la frontière californienne, près de Tecate, au Mexique. Je m’efforce de flotter pendant que lui, de tous ses muscles, me plie, m’étire, me masse, me place en position fœtale et me berce, comme jadis ma maman. (Pas étonnant que je pense à elle !) C’est là l’une des nombreuses activités du Rancho La Puerta, un centre de ressourcement doublé d’un spa où je passe une semaine afin de changer ma vie à jamais. Rien de moins.

Le sentier PilgrimAvec son dénivelé de 215 m, le sentier Pilgrim est à couper le souffle.

Pour revenir aux sources, le Rancho est le Q.G. par excellence. Deborah et Edmond Szekely l’ont fondé en 1940 pour éviter d’être expulsés en Europe. C’est vraisemblablement le plus ancien centre de conditionnement physique au monde. Dès sa fondation, l’établissement a été animé par ce que Mme Szekely, toujours dans le décor malgré ses 89 ans, appelle « le conditionnement imprévu ». Une activité régulière mais agréable : promenades matinales sur les 810 ha de réserve naturelle du domaine ou, à une autre époque, coupe du bois pour le poêle et traite des chèvres pour le déjeuner. (Ces activités sont aujourd’hui remplacées par la natation, le tennis, la danse et le yoga.) Sans oublier, en prime, le bien-être intérieur et la croissance personnelle. Outre les méditations dirigées et les conférences sur la culture bio, le Rancho propose une foule de séances animées par des spécialistes invités, une tradition qui remonte à l’époque où Aldous Huxley, Kim Novak et Burt Lancaster étaient des habitués.

Je me sens à ma place dès mon premier dîner. La cloche du repas retentit, tandis que je sors de ma méditation au pavillon Oak Tree, niché en forêt. Je hume au passage le romarin et les iris et j’admire les vieux chênes qui parsèment le domaine. Je tombe sur deux dames rencontrées ce matin-là dans un cours de nia, une sorte de danse folle mêlant techniques d’improvisation (« Imaginez que vous êtes un oiseau »), aérobique et musique du monde et procurant une expérience drôlement libératrice. Si décorum et tenue de soirée sont de rigueur au souper, au dîner, c’est pas mal plus relax : on y arrive en sueur, en placotant bruyamment au sujet du moniteur qui aurait les plus beaux biceps. (Kevin, sans hésitation.) En apercevant le buffet, je suis aux anges. Au menu : salade méditerranéenne composée d’une montagne de légumes frais (olives marinées maison, mininavets rôtis, betteraves sucrées, pois chiches) et nappée d’une vinaigrette au cumin ; pain complet à l’ail et œufs durs pondus le matin même par des poules en liberté qui sourient. (Je vous le jure.)

Le moniteur Jim BuhisanLe moniteur Jim Buhisan (arts martiaux et taï-chi) vous tend la main.

Les jours suivants, entre massages et séances de méditation, je me découvre un talent pour le taï-chi. Je pratique toutes les danses imaginables et rigole de bon cœur aux cours de cardio latino ou de danse ondulatoire afro. Je m’initie aux étirements Feldenkrais (où l’on réaligne sa colonne en se roulant par terre comme un bébé) et à la thérapie du bol de cristal (où l’on se recentre l’âme au son des vibrations). Suivent d’autres étirements dont les bienfaits sont incroyables, comme si je dénouais littéralement mon esprit. Surtout, je découvre la joie des matinées passées à se mesurer aux formes vallonnées de Dame Nature plutôt qu’à m’agiter à passer en mode boulot. Mais ce matin-là, il se passe un truc bizarre : j’entends un halètement, qui n’est pas le mien.

Contrairement au sentier Pilgrim, dont la vertigineuse ascension d’hier m’a laissée écarlate et à bout de souffle après 2 km, le Garden Breakfast Hike semble pépère : le plus souvent en terrain plat et broussailleux, ponctué de gros blocs en granite. Cette fois, je suis à la traîne, car j’ai eu du mal à m’arracher de la ferme bio de 2,5 ha et à quitter Salvador Tinajero, un horticulteur passionné et enraciné ici depuis 24 ans. Retardée par une dernière poignée de mûres blanches, je presse le pas pour rejoindre le groupe, parti cinq minutes plus tôt vers le bâtiment principal. Mais voilà que j’entends de nouveau le même halètement que tantôt. Serait-ce derrière moi ? Je me retourne et… je pousse un cri. Je me trouve face à face avec un taureau noir pourvu de tous ses attributs. Il me double et me permet bientôt de repérer où se trouve mon groupe (je me guide au son des hurlements)… Je cours me joindre à la joyeuse hystérie collective, où le guide nous explique que ce gros bovin est en fait un vieux copain qui aime se donner en spectacle devant les randonneurs.

Un cours de taï-chi avance pas à pas.

Un cours de taï-chi avance pas à pas.


Je me découvre un talent pour le taï-chi. Je pratique toutes les danses imaginables et rigole de bon cœur aux cours de cardio latino ou de danse ondulatoire afro.


Lorsque j’ouvre enfin les yeux, après ce qui m’a semblé une éternité dans l’eau tiède de la piscine, j’ai l’impression de renaître. Je suis tellement détendue ; difficile de croire que j’ai presque été empalée par un taureau. Je regarde les grands yeux bleus de Dave, mon massothérapeute watsu, et le vois comme pour la première fois ; malgré ses biceps tatoués, il est l’antithèse de la brutalité. On jase, et il me révèle qu’il était cadre de haut niveau lorsqu’il a reçu un massage watsu dans un spa d’hôtel, il y a quelques années. Ç’a été une révélation. Il s’est inscrit dans une école de massothérapie, puis a quitté son poste et est devenu un Neptune d’eau douce. Ça me fait penser à ce que m’a dit Mme Szekely autour d’un thé : « Tous les quadragénaires devraient abandonner ce qui les a occupés jusqu’alors et se réinventer pour les 20 années suivantes. Puis répéter le processus à 60 ans. La vie est trop courte pour s’évertuer à ne maîtriser qu’une seule discipline. »

Ma propre illumination survient le dernier soir devant le foyer de ma chambre : musique classique sortant du radio-réveil, livre de Betty White sur les genoux (pour moi, The Golden Girls est la meilleure émission de tous les temps). Je suis dans l’un de ces établissements qui pousse à l’activité ; il y en a pour tous et à toute heure. Mais mon hyperactivité face à la vie s’est estompée. Quelque chose a changé : je suis simplement là, assise. Je suis à l’écoute, tout bonnement. De tous mes accomplissements de la semaine, cet état de calme et de paix intérieure est le plus gratifiant.

 Le jardinier en chef Salvador TinajeroLe jardinier en chef Salvador Tinajero cajole une poule élevée en liberté (qui semble bel et bien sourire)

Enfant, je passais tous mes étés en forêt, au nord de Montréal. Mon père est artiste. Il s’enfermait le jour dans le studio de notre maison de campagne, tandis que ma sœur et moi gambadions sur 1,6 ha de terrain qui ressemblait beaucoup au domaine du Rancho La Puerta (romarin, lapins sauvages et masso en moins). Franchement, je craignais que le Rancho ne soit l’un de ces centres qui proposent des solutions miracles dont les bienfaits s’estompent dès qu’on revient à la maison. Effectivement, quels bienfaits durables peut avoir une retraite qui promet une mégaremise en forme en gavant ses clients de laitue et de radis ? Quelle sagesse acquiert-on d’une retraite méditative où l’on doit se taire toute une semaine ? J’avais tort. Le Rancho a touché une part de mon essence. Il m’a rappelé… de me rappeler l’importance de me balader en forêt, de faire des pauses pour écouter de la musique. Bref, d’arrêter, tout simplement.

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