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Nick Taylor ouvre la porte de la grange et tâtonne en quête d'un interrupteur. La lumière inonde son atelier d'Ali Baba, bric-à-brac de tronçonneuses et d'écaille, de masques africains et de tours industriels. Aux murs sont adossés des centaines de haches, herminettes et ciseaux antiques. Une tête à la Dalí, un gland gros comme un lave-vaisselle et une feuille de 2 m tenant sur sa tige dominent le tout. « Je ne sais jamais comment résumer ce que je fais », avoue Taylor en zieutant ses sculptures. « Fabricant de trucs bizarres ? »

 l’artiste Nick Taylor de Fort BraggEn exil de San Francisco, l’artiste et cycliste Nick Taylor peaufine ses créations dans une ancienne grange en bois massif de Fort Bragg.

Entre autres œuvres, il a assemblé le gant de baseball de 8 m qui orne l'AT&T Park de San Francisco, les statues dorées de la tournée Bridges to Babylon des Rolling Stones et le célèbre Cloud Gate (dit le Haricot) d'Anish Kapoor au Millennium Park de Chicago. Après avoir fermé son studio de la baie de San Francisco, il a longtemps cherché avant de dénicher ce coin de terre vierge près de Fort Bragg, non loin de la côte perdue de Californie, une bande montagneuse du nord de l'État qui est si sauvage qu'il lui a fallu un an de défrichage avant d'ériger la grange à ossature de bois qui lui sert de demeure et d'atelier.

Comme toute région inexplorée, la côte perdue attire deux sortes de personnes : celles qui cherchent et celles qui fuient. Bûcherons, mineurs et pêcheurs ont été les premiers à s'installer ici, entraînant des booms qui ont fait patate. Puis, dans les années 1960 et 70, des vagues de réfugiés du quartier Haight-Ashbury ont transformé le coin et y ont créé un type hybride de hippies exotiques que Taylor décrit comme étant farouchement indépendants mais serviables. « Faut se serrer les coudes par ici. Y a personne d'autre », dit-il. C'est en quête de ces aventuriers, mais aussi de relief tourmenté et de vertigineuse forêt vierge, que je suis venu dans cette verte contrée avec un groupe de cyclistes. Car le meilleur moyen d'explorer cet endroit isolé est sans contredit un vélo de montagne.

 l’arbre-tunnel de Myers FlatOn ne peut pas passer en voiture dans l’arbre-tunnel de Myers Flat, mais on peut facilement y pénétrer et prendre quelques photos.

Hier, près d'ici, nous avons pédalé dans des plantations de sapins et de chênes à tan de la Jackson Demonstration State Forest, où flottait un parfum d'eucalyptus et de humus. Nous avions lu dans un guide de nous méfier des redoutables limaces (« très difficiles à retirer des bandes de roulement ») ; nous avons plutôt trouvé des sentiers parfaitement entretenus, chaque virage relevé, chaque bas-côté renforcé. Je n'ai pu m'empêcher de me demander qui les bichonnait ainsi, dans ces collines reculées. Hormis quelques boîtes à lettres couchées au bout de pistes creusées d'ornières, nul signe de présence humaine n'était visible.

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