Mission HillsPour monter dans l’une des 1500 voiturettes du Mission Hills Shenzhen, faites un tour au Tournament Square du complexe. .

En cette journée idéale pour le golf, je rejoins une horde cosmopolite de golfeurs au plus grand pavillon du monde, où se trouve aussi la plus grande boutique de- pro au monde. Nous sommes réunis dans une vaste aire de rassemblement où attendent des légions de caddies et de voiturettes. J’ai peine à imaginer une telle démesure, mais il est vrai que nous sommes dans le pays le plus peuplé au monde.

La République populaire de Chine peut paraître un choix insolite pour un voyage de golf, mais j’ai appris que ce loisir bourgeois y est florissant, surtout ici, au complexe Mission Hills Shenzhen, près de la cité industrielle méridionale de Dongguan. Avec 12 parcours dessinés par Jack Nicklaus, Nick Faldo et José María Olazábal, entre autres sommités, le Mission Hills Shenzhen détient le record Guinness du plus grand établissement de golf au monde. Les chiffres donnent le tournis : 7000 employés, 1500 voiturettes roulant sur 360 km de sentiers réservés. Pourtant, si ce sport occidental a réussi à s’acclimater à cette partie du delta de la rivière des Perles (alias l’usine du monde), l’héritage oriental demeure présent : des experts en feng shui doivent approuver l’agencement du pavillon et les balles King Gibson vendues à la boutique invitent à « l’harmonie ». Avec la taille de l’entreprise (tout ce que l’Occident peut faire, l’Orient peut le faire en plus grand) vient le sens du devoir à accomplir. Jamais je n’ai été salué aussi assidûment par du personnel en uniforme à chacune de mes sorties d’ascenseur.

Des douzaines de caddies alignées devant un logo paysagé du Mission Hills HaikouDes douzaines de caddies alignées devant un logo paysagé du Mission Hills Haikou, sur l’île de Hainan.

Dès le premier tertre du rude parcours signé Greg Norman (un luxuriant éden de monts et de vallées où résonne le chant d’un million de cigales et d’oiseaux invisibles), ma caddie m’indique précisément où envoyer la balle. Le Mission Hills Shenzhen emploie 3000 cadettes coiffées de casques coloniaux, et j’en viens bientôt à me fier entièrement à ma conseillère, la souriante mais sévère Emily. Pour moi comme pour les nombreux néophytes chinois du golf, une telle aide est précieuse. Depuis que le gouvernement a instauré la semaine de 40 heures et multiplié fêtes nationales et shuang xiu ri (« deux jours de loisirs », ou week-ends), la classe moyenne croissante du pays peut enfin goûter les fruits d’une économie prospère. Pour le golf, ça se traduit par un essor fulgurant : la China Golf Association prévoit 20 millions de golfeurs d’ici 2020.

Le lendemain, je file en navette jusqu’à Shenzhen même, ex-village de pêcheurs devenu ville industrielle de neuf millions d’âmes, pour fouler un autre parcours du Mission Hills. Celui-ci, dessiné par Jumbo Ozaki, présente moins de défis mais avoisine de somptueuses villas ; je n’ai d’ailleurs pas le temps d’essayer l’un des 51 courts de tennis. (Encore aujourd’hui, l’État chinois est plus à l’aise avec ce sport qu’il ne l’est avec le golf.) En fin de journée, je songe qu’en 36 heures j’ai pratiqué un sport écossais sur deux parcours, conçus l’un par un Australien et l’autre par un Japonais, que j’ai mangé des œufs, du jambon et du congee au déjeuner, des sushis au dîner et des mets chinois au porc en soirée, que j’ai jeté un coup d’œil à CNN et que j’en suis à siroter une Tsingtao dans un bar d’hôtel au nom approprié : Mélange.

Au chalet du Mission HillsL’heure du thé ou l’heure du té ? Au chalet du Mission Hills Shenzhen, qui donne sur le 18e trou du parcours conçu par Greg Norman, on savoure les deux.

Bref, en Chine, le golf a fait beaucoup de chemin en peu de temps. Après la mort de Mao, qui avait interdit ce sport qu’il jugeait élitiste et décadent, l’empire du Milieu s’est ouvert au capitalisme dans les années 1970, et l’industrie des loisirs a vite suivi. Dès 1984, on inaugurait le premier terrain de golf de la Chine moderne, conçu par Arnold Palmer. Ce sport n’en demeurait pas moins un mystère pour plusieurs Chinois : quand Palmer a offert une balle commémorative à un des ouvriers, celui-ci a essayé de la manger.

« Superman ! » s’exclame ma nouvelle cadette, Fu, au puissant coup de départ d’un de mes partenaires. Les cultures se télescopent même ici, dans l’île de Hainan, isolée mais accessible en avion depuis Shenzhen, où Mission Hills vient d’inaugurer un deuxième gigantesque complexe. Tout au sud du pays, Hainan est appelée « l’Hawaii chinoise » par Beijing. Pour son propre bien, l’État chinois a 1,3 milliard de raisons de veiller à ce que le niveau de vie de ses citoyens continue d’augmenter, et c’est pourquoi il vante aujourd’hui les mérites tant économiques que patriotiques du tourisme national.

Entre deux parties sur les nouveaux parcours Blackstone, Vintage et Preserve, tous créés par la firme américaine Schmidt-Curley Design, je croise des patriotes chinois profitant de leurs « deux jours de loisirs » dans les champs de lave aménagés du Mission Hills Haikou. Si l’on se lasse de se mesurer aux 10 parcours du complexe (où l’on entend chanter les coqs des villages voisins et où d’ex-paysans coiffés de chapeaux coniques veillent à l’entretien des verts, des fosses et des parterres fleuris), on peut se détendre dans des sources minérales, profiter de boutiques haut de gamme ou prendre le nouveau TGV vers le sud jusqu’aux célèbres plages de Sanya. Sur le continent, le vice-président directeur du Mission Hills Group, Kenneth Chu, rêve d’offrir des voiturettes dotées d’afficheurs boursiers et de chargeurs pour iPhone à sa clientèle d’affaires, mais à Hainan on cherche d’abord à divertir la famille. Comme le dit M. Chu, qui a étudié au Canada, « en Chine, il n’y a pas de veuve du golf ».

À une heure d'ici, dans la grouillante capitale de la province de Hainan, Haikou, où les jeunes roulent à trois par moto, j’assiste à Impression Hainan, un spectacle musical en plein air monté par le réalisateur Zhang Yimou. Ce divertissement aux relents de chambre de commerce, de Manifeste du parti communiste et de Cirque du Soleil raconte l’histoire locale. Torse nu, un jeune homme ne cesse d’annoncer triomphalement en mandarin : « Je suis sur une île ! » et des dizaines de filles en bikini virevoltent en formation comme dans un film de Busby Berkeley. Un gigantesque bâton de golf vient aussi faire son tour, symbole de l’importance de ce sport dans l’économie de Hainan.

Ironiquement, Beijing interdit d’aménager de nouveaux terrains de golf depuis 2004, supposément parce qu’ils accaparent des terres arables et siphonnent de précieuses ressources en eau. Et pourtant ils continuent à se multiplier, en vertu d’une chorégraphie complexe dansée par des entrepreneurs locaux et des fonctionnaires qui golfent mais qui ne veulent pas que ça se sache. En créant Mission Hills, m’explique d’ailleurs Kenneth Chu entre deux gorgées de thé, sa famille s’est donné pour « mission » d’amener le golf chinois à un autre niveau et de lui donner une « visibilité mondiale ». Avec la réintégration du golf comme sport olympique aux Jeux de Rio de Janeiro, en 2016, le Céleste Empire désire ardemment former des champions. Au Mission Hills Shenzhen, j’ai même aperçu Tiger Woods en polo rouge, venu donner un stage pour jeunes devant une foule en délire. Le golf a beau être encore considéré comme un sport d’élite, les Chinois, dixit M. Chu, « aiment gagner l’or ».

Je réfléchis à tout cela un matin entre les deux bassins (un froid, un chaud) de la Tai Chi Spring, l’une des nombreuses sources minérales volcaniques du Mission Hills Haikou, qui forme un vaste complexe aquatique décoré selon des thèmes géographiques rappelant divers pays. On pourrait passer un bon jour à faire trempette dans les bassins tout en jouant quelques parties d’échecs assis dans un demi-mètre d’eau. Je ne crois pas qu’on parlait de ce genre d’hédonisme dans le Petit Livre rouge de Mao. Mais, tout comme le golf, ce pays regorge de surprises.

Mission Hills HaikouGolfeur ou non, tout le monde trouve son compte au Mission Hills Haikou, qui offre, entre autres, un complexe nautique doté d’un volcan artificiel.


Carnet de voyage

Mission Hills Shenzhen
Mission Hills Rd., Shenzhen, 86-755-2802-0888,
missionhillschina.com/shenzhen/home.aspx

Mission Hills Haikou
No. 1 Mission Hills Blvd., Haikou, Hainan, 86-898-6868-3888,
missionhillschina.com/hainan/home.aspx


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