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L’architecture d’avant-garde de Shanghai vue par un designer

Icônes de l’Art déco, musées postindustriels et bouis-bouis de dumplings : un important designer canadien nous fait découvrir la ville.

Shanghai : Carnet d’un designer

Venant de sortir de l’aéroport international Pudong, je file dans la nuit illuminée de néons à bord d’un taxi tonitruant qui en veut à mon coccyx. Son frêle châssis me fait absorber chaque bosse et nid de poule d’une des mille autoroutes de Shanghai, ce qui ne m’empêche pas de réviser mon itinéraire de cinq jours. Comme d’habitude, c’est chargé : repas, architecture et art. À titre de dirigeant du Ste. Marie Art + Design, un studio de design de Vancouver axé sur l’hôtellerie, ce genre d’horaire m’est familier, peu importe la nature de mon voyage. Je suis à Shanghai pour faire l’expérience de son patrimoine, un mélange d’influences locales et étrangères, d’industrie et de commerce séculaires. Ce qui m’a le plus emballé à propos de ce qu’on qualifie de première ville moderne de Chine, c’est son rythme effréné (des édifices poussent, d’autres disparaissent) qui ferait même pâlir Hong Kong en compa­raison. Mais certains architectes et designers prennent le temps d’adopter des bâtiments industriels chargés d’histoire, pleins de caractère et de charme pour les transformer en hôtels, boutiques et galeries. Ils se tournent aussi vers les annales du colonialisme français, de la puissance industrielle et du glamour hollywoodien pour commenter et exalter le riche héritage Art déco de la ville. Arpenter Shanghai, c’est traverser la suite d’un film noir.


The Waterhouse at South Bund

À Shanghai, l’ancien revient au goût du jour, grâce aux firmes d’architecture qui transforment des édifices désuets en havre de design, comme cet ancien entrepôt-caserne militaire devenu le Waterhouse at the South Bund revisité par la firme Neri&Hu. L’hôtel est pourvu d’une cour intérieure et d’une façade blanche.

1. The Waterhouse at South Bund

Posez vos valises à l’hôtel Waterhouse pour vivre le côté branché et énergique de la ville.

En milieu de matinée, dans le hall du Waterhouse, mon troisième espresso m’éveille aux détails architecturaux de l’hôtel. Plusieurs des lieux que je visite sont comme celui-ci signés Neri&Hu Design and Research Office, principal cabinet shanghaïen œuvrant à greffer une nouvelle vie sur les bribes fantomatiques de vieux édifices (ici, un entrepôt des années 1930 ayant servi de caserne à l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale).

Table No. 1 ; une entrée de The Waterhouse at South Bund

De gauche à droite : le restaurant primé Table No. 1 ; une entrée qui révèle son histoire.

La suture du vieux et du neuf me fait penser à une jeune mariée dansant à ses noces avec son grand-père : une frêle et fugace harmonie. D’un geste, un néon subtil vient trancher avec la brique d’origine, d’un autre, un carrelage vieillot reprend vie près d’une poutre structurale d’acier rigide. Et il y a un mur aux trois finis mis au jour avec une minutie médicolégale afin d’illustrer trois générations et trois interprétations distinctes du milieu bâti. Dans ce vécu, l’atmosphère est contemporaine, point de départ idéal pour une ville complexe aux multiples strates.

Maojiayan Rd. No. 1–3, Zhongshan Rd. S., waterhouseshanghai.com

Fairmont Peace Hotel

L’atrium du Fairmont Peace Hotel dévoile sa gloire légendaire.

2. Fairmont Peace Hotel

Vous aurez une idée de ce qu’était cet épicentre de l’hédonisme des années 1930 dans l’atrium octo­gonal du Fairmont Peace Hotel.

Considéré comme une institution de l’Art déco shanghaïen, ce monumental édifice tout d’un bloc symbolise progrès, vitesse et confiance. À son apogée, l’Art déco était une célébration de l’industrie et de l’excès, et en m’installant devant un Old Fashioned au Jazz Bar du Fairmont Peace je vois les canons de l’époque dans chaque arche, marqueterie et motif de l’hôtel. On ne peut passer cinq minutes dans l’atrium central sans se sentir vitalisé par la force des formes géométriques et la lumière qui s’introduit par les imposants vitraux. C’est pour cela que ce style convient si bien à Shanghai : vitesse et progrès y sont les moteurs de la culture du commerce, même de nos jours. Et si d’autres constructions vues en ville sont en réaction à cet état de fait (aussi saine que soit cette réaction), ce n’est pas seulement une résistance, mais une interprétation, une négociation qui, de manière sélective, épouse et snobe, courtise et méprise.

20 Nanjing Rd. E., fairmont.com/peace-hotel-shanghai

Long Museum West Bund

De nouveaux bâtiments, des murs voûtés en béton lisse.

3. Long Museum West Bund

Découvrez la crème de l’art contemporain, d’ici et d’ailleurs, sous les arches en béton du Long Museum West Bund.

J’ai serpenté la ville en voiture louée jusqu’au quartier du West Bund, pour explorer un autre exemple de réinvention de l’espace par cette ville industrielle : le Long Museum. (Le Long Museum Pudong, première adresse des proprios à Shanghai, a ouvert en 2012 dans le nouveau district de Pudong.) Galerie d’art contemporain érigée sur le site d’un ancien terminal charbonnier sur le Huangpu, le musée intègre des espaces et reliques industriels, dont la structure d’un convoyeur déglingué qu’épousent les murs de béton incurvés de la nouvelle construction.

Le Long Museum du West Bund ; des espaces ouverts

De gauche à droite : Vitrine de l’art contemporain, le Long Museum du West Bund compte un pont convoyeur dédié à l’expédition du charbon ; et des espaces ouverts où les gens peuvent interagir avec l’architecture.

En parcourant la cour et les aires ouvertes, je remarque un silence presque surnaturel qui tranche avec le rythme trépidant du centre-ville, et en attribue l’effet calmant au fini lisse et uni du béton, ainsi qu’aux immenses voûtes élancées. Pour couronner le tout, la simplicité assumée des formes, atypique de l’architecture de Shanghai, permet de se perdre plus aisément dans les œuvres exposées.

Allée 3398, Longteng Ave., District de Xuhui, thelongmuseum.org

Chi She

Souvent désignée première ville moderne de Chine, Shanghai se démarque par des designs où le futur célèbre le passé.

4. Chi She

Passez au complexe West Bund Art & Design pour voir la galerie Chi She, qui sert de vitrine à l’actuelle vague shanghaïenne mêlant tradition et technologie (ou ici, vieilles briques et robotique).

Ce que j’aime de cette galerie, c’est qu’elle semble tenir comme par magie. À la manière shanghaïenne, les architectes sont partis de la tradition (les briques récupérées d’un édifice se trouvant sur le site) et y ont mis du neuf : la fabrication numérique, par le biais d’un bras robotisé qui a réassemblé ces vieilles briques. Il en résulte une façade bombée, une forme qui fait reculer les limites du matériau à tel point que c’en est affolant. J’ai déjà vu ça, mais généralement sur de nouveaux immeubles. Ici, la vague qui ondule sur la façade est exécutée avec un matériau si modeste, si simple et si vieux que l’édifice est tout à fait différent : il a quelque chose de mystique. Je suis soudain frappé par le constat que je suis dans une partie du monde véritablement ancienne. Même si c’est déroutant au début, je suis bientôt inspiré qu’un bâtiment puisse faire si forte impression.

West Bund Art & Design, westbundshanghai.com

La salle de montre et boutique de Design Republic

Des meubles de marques chinoises et inter­nationales sont exposés dans la salle de montre et boutique de Design Republic.

5. Design Republic Commune

Magasinez meubles et accessoires de maison modernes de designers inter­nationaux et locaux au Design Republic Commune.

Mon hôte, Ricky, disparaît dans ce vaste QG de police transformé en centre de design, me laissant un livret à feuilleter. Je tombe sur un passage qui décrit le sens du jeu qui a guidé la rénovation par Neri&Hu de cet édifice colonial, où l’on suggère que si la logique existe, c’est parfois celle d’un rêve. Voilà qui explique l’atmosphère de légèreté et même de ludisme qui règne dans cette lourde construction en brique : des sections entières de la plaque de plancher d’origine ont disparu, d’où des perspectives dignes d’Escher d’un étage à l’autre. Les murs en lattes ont été déplâtrés pour former des cloisons.

Le dernier étage du Design Republic Commune ; furniture and home accessories

De gauche à droite : Le dernier étage du Design Republic Commune, un centre de recherche et de design conçu par Neri&Hu dans une ancienne station de police, abrite un hôtel à chambre unique ; meubles et accessoires de maison modernes.

Et en plus de proposer du mobilier haut de gamme de marques internationales et locales, le complexe mise sur un resto, un café et même un hôtel à chambre unique. Ricky revient sans bruit avec d’autres lectures avant de me faire ressortir pour m’amener au resto de tapas du célèbre Jason Atherton, le Commune Social, qui jouxte la boutique de Design Republic. Jambon ibérique et lambrusco au cœur de Shanghai : voilà qui me paraît aussi onirique que le décor.

88 Yuqing Rd., thedesignrepublic.com

 
Stylisme : Natali D ; mise en beauté : Beata Xu ; mannequin : Liu Jia Tong/Elite Model Management (Asia)

Lyndon Neri de Neri&Hu

Les architectes du moment

Après avoir visité quatre projets de Neri&Hu à Shanghai, je comprends pourquoi ce cabinet se définit comme un bureau de design et de recherche. Être à l’écoute du passé avant de façonner l’avenir est la base du travail de Lyndon Neri et de Rossana Hu, et cette approche est évidente dans le respect et la finesse que je constate dans chaque projet. « En démolissant, on risque d’effacer la mémoire de la ville », affirme Neri. C’est aussi pourquoi cette firme réinvente Shanghai, un bâtiment oublié à la fois.


Dans les rues

Shanghai me rappelle le générique du Trône de fer : on progresse inexorablement dans un réseau d’une complexité croissante, mais il suffit de tourner un coin de rue pour disparaître, englouti dans un paysage urbain qui semble intact depuis au moins une génération. Ordonnées malgré leur entassement, ces rues sont l’expression même de la culture locale. Fruits et légumes frais, poissons, viandes et bouffe de rue brûlante abondent dans chaque interstice, et l’on ne peut faire trois pas sans s’arrêter pour essayer ce qu’on propose, comme les xiaolongbaos, juteux dumplings originaires de Shanghai. Mettons qu’on n’avance pas vite. Au détour d’une autre rue, on est aussitôt transporté, cette fois dans un décor urbain plus dégagé, arboré et nettement moins chaotique. Les édifices occidentaux dominent dans l’ancienne concession française, et les trottoirs soignés mènent inévitablement à une boutique ou à un café chic.

Shanghai - Dans les rues : des motos

Pour voir le quotidien d’une mégapole à l’échelle humaine, partez à pied. Pour ne pas perdre de plumes, empruntez le trottoir et observez la faune à vélo ou en moto circulant à l’heure de pointe, admirez la mode de rue, voyez ce qui se vend dans les marchés de ruelle et arpentez les bambouseraies de la ville.

Shanghai - Dans les rues : un canard dans une boîte ; bambou

Savourez des crêpes aux oignons verts à toute heure, grâce aux vendeurs de rue dans l’ancienne concession française et la vieille ville.

Shanghai - Dans les rues : des crêpes aux oignons verts

Le WIYF de Wukan Rd. sert la crème de la crème glacée au caramel salé à Shanghai.

Shanghai - Dans les rues : Le WIYF

Craig Stanghetta a créé les intérieurs de plusieurs des Meilleurs nouveaux restos canadiens, dont ceux du Bao Bei, du Kissa Tanto et du Savio Volpe, tous à Vancouver.

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