Il fut un temps où l’Amérique du Nord vivait une paisible histoire d’amour avec les voitures qu’elle fabriquait. « Voyez du pays en Chevrolet », disait-on en ces jours bénis. Aujourd’hui, les constructeurs automobiles sont en difficulté, en partie parce que leurs produits nous laissent froids depuis des années. Mais la passion qui unit l’homme à la voiture est encore vive en Allemagne, et de grandes déclarations d’amour ont lieu tous les jours à l’Autostadt de Volkswagen. Cette « cité de l’auto », le plus grand parc thématique d’entreprise au monde, occupe 25 ha d’un ancien site industriel en face de l’immense usine VW de Wolfsburg, de l’autre côté d’un vieux canal.

Pour aller à ce paradis de l’auto, je file sur l’autoroute au volant d’une Touran argentée flambant neuve de Volkswagen. Le modèle européen spécial à six vitesses me pousse à foncer à 160 km/h. Seuls quelques bolides Audi me doublent ; le reste du temps, je suis le seigneur de la route.

La Touran et moi quittons ensuite l’autoroute et entrons à l’Autostadt. Nous passons devant l’audacieux pavillon Audi (une des neuf marques de VW) puis deux silos de verre de 60 m de haut, chacun contenant 400 rutilantes VW empilées en vitrine. Toutes les 40 secondes, des plateformes métalliques automotrices sortent une voiture d’une tour et en introduisent une autre. Au bout du chemin, nous arrivons au Ritz-Carlton, construit expressément pour les visiteurs de l’Autostadt. Ayant aisément battu le temps de parcours prévu par le système de navigation de ma Touran, je tends mes clés au chasseur et me rends au resto de l’hôtel (trois étoiles au Michelin) pour un repas de sanglier rôti, suivi d’une baignade dans une longue et étroite piscine aménagée au beau milieu du canal.

Le lendemain matin, j’arpente diverses sections de l’immense usine, si grande qu’on y circule à vélo ; la principauté de Monaco tiendrait presque entièrement dans ses 160 ha. Des gens viennent de partout en Allemagne y prendre livraison de leur nouvelle voiture (Passat, Golf, GTI) au cours d’une cérémonie en quelques actes empreinte d’émotion. D’abord, les heureux proprios passent à l’usine voir leur bébé, tels de nouveaux parents à la pouponnière. Puis ils assistent à son transfert, par plateforme robotisée, vers une des tours vitrées. Le monte-charge y introduit la voiture, nez devant, dans l’un des espaces vides, comme pour lui donner à voir l’immensité du monde quadrillé de routes qui l’attend. Quelques heures plus tard, l’auto arrive, enfin, dans la salle d’exposition. Un homme dans la trentaine, accompagné de son fils et de son père, est venu prendre possession d’une Jetta. Il est ravi à l’idée que l’odomètre indiquera zéro, la voiture lui étant livrée sur un plateau. « Elle est 100 % neuve, vierge », s’exclame-t-il. Ce que son fils résume ainsi : « Ja, prima. »
Un guide me pilote dans le musée voisin, consacré à l’histoire automobile, où l’on peut voir notamment la Patent-Motorwagen 1886 de Benz, une Ford T de 1913, la Coccinelle de John Lennon et l’une des premières Golf GTI. Lui-même repense à sa GTI avec une nostalgie que sa rencontre fatale avec un arbre n’altère en rien.

Le lendemain, Eberhard Kittler, célèbre chroniqueur automobile allemand devenu cadre chez VW, me déroule l’histoire de Volkswagen lors d’un dîner au Chardonnay, l’un des neuf restos du groupe Mövenpick à l’Autostadt. Revenant sur ses VW favorites du passé, il s’enflamme pour la Schwimm­wagen (« auto flottante »), un véhicule amphibie. Il espère qu’on en restaurera une pour la faire naviguer sur le canal. (J’imagine  à quel point il serait étrange d’en voir une dériver près de la piscine du canal derrière le Ritz.) Repus, nous entrons dans un musée dédié aux Volkswagen. C’est ici que Choupette, cet amour de Coccinelle, vit ses vieux jours parmi une légion de minibus peinturlurés. Kittler évoque le campeur VW à toit relevable des vacances de son enfance. Mais c’est aussi ici que le sombre passé de l’entreprise se fait jour : le musée abrite le prototype de VW que possédait Hitler.


Photo : Kai-uwe Knoth Autostadt

De même, l’ancien bunker antiaérien aménagé sous l’usine n’a rien de nostalgique. L’endroit est aujourd’hui un monument à la mémoire des travailleurs forcés qui ont servi de main-d’œuvre à l’usine VW pendant la Seconde Guerre mondiale. Des Juifs amenés d’Auschwitz et des non-juifs de France et des territoires occupés d’Europe de l’Est étaient logés tout près, dans des camps de concentration. Solennelle, l’archiviste de l’entreprise, la Dre Ulrike Gutzmann, me montre des lettres déchirantes d’internés et des photos de travailleurs émaciés. « C’est important de ne pas oublier tout ça », fait-elle remarquer.

Je décompresse au café qui surplombe l’aire de jeu pour enfants du musée VW. Des tout-petits circulent en voitures à pédales ; s’ils conduisent bien et prudemment, on leur remet un minipermis de conduire. Pour les adultes, il y a un simulateur sophistiqué, qui s’arrête si le conducteur pilote sa voiture virtuelle avec trop d’impétuosité. Loin de moi l’idée de faire une chose pareille.

Revenu au Ritz, je retourne nager dans la piscine du canal. Flottant dans l’eau tiède, j’observe à travers les volutes de vapeur les cheminées de l’usine, le mur illuminé à l’arrière de l’hôtel et, dans le ciel nocturne, la lune presque pleine.

Fin surréaliste d’un voyage surréel.


Moteur... action !

 


Porsche Museum

Récemment construit au coût de 160 millions de dollars, ce mu­sée stuttgartois expose divers objets illus­trant tant les innovations du célèbre constructeur que le rôle de ses voitures au Mans. Visitez l’un des restos et re­par­tez avec un souvenir de la bou­ti­que. (Même en modèle réduit, la 997 Carrera S Cabriolet fait toujours son effet.)
porsche.com/uk/aboutporsche/porschemuseum

Mercedes-Benz World
À proximité de Londres, Mercedes-Benz World est un monde à part entière. Prévoyez une journée pour visiter ce musée qui retrace les 120 ans d’histoire de l’entreprise ou prenez place au volant d’une Mercedes pour des leçons de conduite, en piste ou non.
mercedes-benz.co.uk

Land Rover Experience
Optez pour la visite guidée de l’usine de Solihull, au Royaume-Uni, où vous as­sis­terez à tou­tes les étapes de l’as­sem­blage d’un Land Rover. En­suite, faites l’essai d’un des nouveaux mo­dè­les (ou d’un clas­si­que, si vous êtes de la vieille école) sur les im­men­ses si­tes hors route pro­po­sés, dont le po­pu­laire Jungle Track.
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