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Calgary deviendra-t-elle la prochaine capitale canadienne de la musique?

Avec un nouveau centre national de musique et plein de salles parallèles, Cowtown se transforme en une destination résonante.

Russell Jackson ; les vinyles s’entassent à Recordland

De gauche à droite : Russell Jackson en prestation au Blues Can, dans Inglewood ; à deux coins de rue de là, sur 9th Street SE, les vinyles s’entassent à Recordland.

« Merci d’être venu au resto de hotdogs le plus bruyant au monde. » Ces mots sont à peine prononcés par le guitariste que le batteur remet ça, à fond la caisse, et le guitariste se met de la partie. Leur joyeux raffut éclate dans la salle moutarde et rouge ketchup. Le resto est le Tubby Dog, et ce soir on se croirait au club : clients avalant des hot-dogs à côté de punks en liesse, cuisiniers debout au gril avec du papier hygiénique dans les oreilles. Le groupe, Cope, est de Lethbridge ; il est ici pour jouer dans la meilleure salle grand public de Calgary, qui se trouve à servir les meilleurs hot-dogs bourrés de salade de chou, de chili ou de beurre d’arachide et de confiture en ville. Des chansons comme Bed, Bath & Beyoncé résonnent dans la nuit, la ville débordant de musique autant qu’à tout autre moment de son histoire. Si les pétroliers s’inquiètent du cours de l’or noir, d’autres Calgariens repensent leur ville en nouvelle capitale canadienne de la musique, fondée sur des festivals tel Sled Island, un quartier des spectacles récemment rebaptisé et un nouveau palais du son de 191 millions, le Studio Bell.

Les murales d’Inglewood

Les murales d’Inglewood sont en vogue.

Ça n’a pas toujours été ainsi. « Dans les années 1990, tout le monde voulait partir », rappelle Dan Northfield, tourneur et propriétaire de salles de longue date. Des années durant, il a vu artistes, chefs, musiciens et amis filer à Vancouver, à Toronto ou à Montréal. Mais quand Calgary a prospéré dans les années 2000, investissant dans la culture et se défaisant de son image de ville de cow-boys, les gens se sont mis à revenir. « Les Calgariens ont dû créer leurs propres scènes, dit M. Northfield. Et on est rendus bons là-dedans. »

Le King Eddy Hôtel

Revampé une brique à la fois, le King Eddy Hôtel se rattache au Studio Bell, lui-même construit autour de la salle de spectacle.

Je rejoins M. Northfield au Palomino Smokehouse, un grill de brique rouge du centre-ville. La voix douce et les cheveux ébouriffés, M. Northfield codirige le resto et aide à programmer des spectacles au sous-sol. « Il n’y a pas de règles ici », lance-t-il à propos de l’éventail d’artistes qui se produisent dans la cave. En fait, il y en a, sur des écriteaux placés un peu partout parmi les affiches de saloon et chandails de hockey : « Pas d’homophobie, de sexisme ou de racisme... et pas d’attitude haineuse. » C’est un message de bienvenue sans équivoque ; M. Northfield hausse les épaules. L’idée est de rester authentique, dit-il, et de s’assurer que chacun (groupes, public et employés) reparte en souriant.

Wonderland ; Bob Chartier

De gauche à droite : Wonderland, de l’artiste espagnol Jaume Plensa, devant l’édifice Bow du centre-ville de Calgary ; Bob Chartier le « maire » du Music Mile.

Le Palomino est à 15 minutes à pied du nouveau temple de la musique de Calgary, le Studio Bell, et de son seul locataire, le Centre national de musique (CNM), un musée et centre d’artistes unique ouvert l’an dernier. Enjambant la 4th Street Sud-Est, l’édifice brun aux 220 000 carreaux de terre cuite fait mi-Rodin, mi-banc de piano. À l’intérieur, un tourbillon de balcons biseautés et d’escaliers cintrés relie expos organisées, œuvres d’art interactives, salles de spectacle, studios d’enregistrement et un trésor inouï d’objets musicaux. Des haut-parleurs cachés m’entraînent du piano joué par Elton John sur Tiny Dancer à la guitare ayant servi à Randy Bachman pour American Woman, en passant par des mellotrons, clavicordes, cymbalums et thérémines et la sacqueboute électronique de Hugh Le Caine, premier synthé commandé en tension au monde. Dans une cabine, je chante avec Cœur de Pirate ; à une batterie, j’apprends avec un didacticiel à jouer New Orleans Is Sinking. J’aperçois une harpe classique de 1820 aussi grande que Michael Bublé et les lunettes de soleil (celles qu’il portait la nuit) de Corey Hart.

Donald Ray Johnson ; Mandates

De gauche à droite : Le musicien primé aux Grammys Donald Ray Johnson sur scène au Blues Can ; le groupe calgarien Mandates enflamme le Palomino Smokehouse.

Je vois aussi des avis affichés çà et là : « Cet instrument est présentement utilisé par un artiste en résidence. » La fierté du CNM, c’est que sa collection est vivante. Un musicien de passage peut emprunter la guitare d’Anne Murray ou un piano vieux de 162 ans et en jouer sur place. Il peut même se brancher au deuxième plus grand élément de la collection, l’énorme studio mobile des Rolling Stones, toujours fonctionnel, qui a servi pour des albums tel Exile on Main Street. En franchir les portes battantes au célèbre logo à la langue sortie des Stones peint à la main, c’est comme entrer dans l’histoire du rock. Ça sent même comme ça devrait : tel un lendemain de fête.

Armand Cohen ; le studio mo-bile de 1968 des Rolling Stones

De gauche à droite : Armand Cohen, proprio du Recordland, un véritable mur du son ; le studio mo-bile de 1968 des Rolling Stones, avec son célèbre logo à la langue sortie peint à la main sur les portes, appartient maintenant à la collection du Centre national de musique.

Le Studio Bell marque le début du Music Mile de Calgary, un tronçon non identifié de la 9th Avenue qui va du centre-ville à Inglewood, à l’est. Ça n’a pas toujours été de beaux quartiers. Karen Anderson, guide de la visite pédestre Eat to the Beat, raconte que les videurs des boîtes de blues demandaient aux clients de laisser leurs couteaux à la porte. Armand Cohen, proprio du fabuleux dédale de vinyles Recordland, se rappelle avoir chassé des bons à rien à coups de planche. Mais aujourd’hui, c’est un quartier piétonnier animé à demi embourgeoisé, où restos gastro­nomiques à la Deane House et brasseries artisanales style Cold Garden voisinent des concessionnaires automobiles, des garages et le légendaire Ironwood Stage & Grill.

Carreaux de terracota qui adornent le Studio Bell ; un orgue du National Music Centre

De gauche à droite : Quelques-uns des 220 000 carreaux de terracota qui adornent le Studio Bell ; plusieurs bons tuyaux : un orgue de la collection permanente du Centre national de musique.

Le Music Mile est l’idée de celui qu’on surnomme son maire, Bob Chartier, inspiré par un voyage fait à l’âge de 67 ans dans des hauts lieux de la musique américaine comme Beale Street, à Memphis, et le Vieux carré français de La Nouvelle-Orléans. Depuis trois ans, M. Chartier et ses amis ont introduit des auteurs-­compositeurs dans des cafés, des chanteurs de folk dans des salons de coiffure, des groupes de garage dans des garages, des cours de ukulélé dans les rues, tout en soutenant les scènes qui ont fait du quartier ce qu’il est.

Fashionism au Palomino Smokehouse de Calgary

Le groupe Fashionism de Vancouver fait résonner son glam-punk au Palomino Smokehouse de Calgary.

La plus importante de celles-ci est le Blues Can, modeste hutte quonset qui le samedi soir semble résonner et avoir son propre microclimat. Sa gérante, Teena Wilson, se faufile entre hipsters, mamies et armoires à glace portant lunettes de soleil qui tous vibrent au son du bluesman Russell Jackson et de son groupe. « I ain’t drunk, but I been drinking », hurle-t-il, et c’est comme si les nuages avaient crevé. « On fête l’Action de grâce ici, explique Mme Wilson. C’est notre cuisine. C’est notre salon. » Ce n’est pas une métaphore ; ça n’a rien d’exagéré. Chaque visiteur se sent chez lui.

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