Voyage

Chasse aux trésors

Les îles Vierges britanniques recèlent de richesses façonnées par les aventures de pirates légendaires. À l’abordage !


Illustrations par Container

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Bien que les professeurs de yoga et massothérapeutes aient remplacé les pirates, les îles Vierges britanniques recèlent toujours de trésors.

Le chien tête en bas aurait-il fait hurler « Black Sam » Bellamy ? La question me hante pendant mon cours matinal de yoga à la villa Baraka Point, dans les îles Vierges britanniques. En haut d’une falaise donnant sur Beef Island, au large de laquelle le Prince des Pirates a fondé, à Bellamy Cay, une fruste colonie au début des années 1700, la plate-forme de yoga de Baraka Point met à profit l’atout le plus précieux de la région : ce panorama d’îlots émeraude émaillant un horizon turquoise où le ciel se fond dans la mer. La Vancouvéroise Kim Takeuchi, gérante de la propriété (mais aussi massothérapeute, cuisinière et monitrice de yoga), nous demande de respirer profondément. Assumant la posture du cadavre, je songe à tous ces loups de mer qui ont péri dans les parages.

Les promoteurs de villas et proprios de résidences secondaires (ou tertiaires) ont remplacé les boucaniers et forbans qui écumaient autrefois cet archipel d’une soixantaine d’îles et de cayes, mais l’objectif n’a jamais changé : se tailler un petit coin de paradis. Baraka Point, dans l’île de Virgin Gorda (ou « La Grosse Vierge », ainsi nommée par Christophe Colomb en 1493 parce que, de loin, elle lui faisait penser à une grosse femme allongée), décline le luxe sous toutes ses formes : piscine à débordement, centre d’entraînement, salle multi­média, spa à ciel ouvert sur la plage. Le mari de Kim, le Néo-Zélandais Aaron Seddon, fait des miracles aux fourneaux, tel ce festin sept services, savouré au flambeau près de la piscine, qui comprend, entre autres merveilles, une côtelette d’agneau au sorbet de raifort et des fettuccinis maison au homard pêché au large d’Anegada, l’île Vierge la plus au nord.

Bien que les promoteurs de villas aient remplacé les boucaniers et forbans qui écumaient autrefois cet archipel, l’objectif n’a jamais changé : se tailler un petit coin de paradis.

Aux Baths, un paradis de la plongée à Virgin Gorda, j’enfile mon masque pour explorer le récif, où nagent des chirurgiens bleus, dont des jeunes à rayures noires et jaunes, jusqu’à ce que mes doigts ratatinés aient l’air d’un corail cerveau. Une bonne partie des histoires de pirates qu’on raconte dans les îles Vierges britanniques ont un fond de vérité, mais il n’est pas facile de distinguer la réalité de la fiction. Prenez Dead Chest Island : Barbe-Noire aurait abandonné 15 de ses hommes sur ce tas de roches avec pour toute provision une bouteille de rhum. (Selon d’autres versions, il leur aurait aussi laissé une chèvre et un pistolet.)

Sur la plage de White Bay, dans l’île de Jost Van Dyke, du nom d’un corsaire hollandais du XVIIe siècle, on nous procure un Painkiller : rhum, crème de coco, jus d’ananas et d’orange et muscade grenadienne râpée. Ce cocktail a été inventé ici, au Soggy Dollar Bar, cabane sur le sable où l’on fait sécher les dollars humides sur une corde tendue derrière le comptoir. Painkiller en main, je m’approche d’un jeune homme d’Antigua, Kurt, en train de jouer au jeu de l’anneau. Suivant les sources, on vous dira que ce jeu a soit été inventé dans un bar du coin, soit en mer par des pirates du XVIIe, qui utilisaient des ossements humains. Il s’agit de balancer un anneau au bout d’une corde vers un crochet fixé à un arbre. Kurt me regarde lancer l’anneau à gauche et à droite avant d’y aller de deux conseils : « Relaxe, et donne une petite courbure à ton lancer. » Je suis ses conseils et réussis. Miracle... Je saute de joie, comme si je venais de découvrir un trésor.

À Road Town, la capitale, dans l’île de Tortola, l’entrée du musée Old Government House est ornée d’une grande photo de la reine Élisabeth II, dont les cheveux blancs et le diadème semblent jeter des éclats en direction de la boutique de cadeaux. Ermin Penn, l’historienne en résidence, me raconte l’histoire des îles Vierges britanniques. « Pendant les deux siècles qui ont suivi la venue de Colomb, en 1493, cinq ou six États européens se sont disputé le contrôle de la région : le Danemark, la Hollande, l’Angleterre, l’Espagne, la Norvège. Comme nos îles regorgent d’anses et de baies, nous avons eu plus de pirates que partout ailleurs aux Antilles. » Avec une pointe de fierté, elle ajoute : « Du moins, nous avons eu les plus célèbres. »

« Comme nos îles regorgent d’anses et de baies, nous avons eu plus de pirates que partout ailleurs aux Antilles. Du moins, les plus célèbres », raconte fièrement notre historienne en résidence.

Ce soir-là, je loge à la fabuleuse Falcon’s Nest Villa du Peter Island Resort. Malgré la déco moderne et une piscine à débordement alimentée par une chute artificielle, on y sent encore la présence des corsaires d’antan. On dit que certains des hommes de Barbe-Noire se sont noyés en tentant de gagner Peter Island à la nage, d’où les noms de Deadman’s Beach et de Deadman’s Bay. Norman Island, que je distingue au sud-ouest depuis ma terrasse privée, aurait inspiré L’île au trésor de R. L. Stevenson, dont j’ai apporté un exemplaire.

Au matin, je me rends au spa monumental, où j’ai rendez-vous avec Nir, mon massothérapeute. Ce solide jeune Israélien, arrivé ici via New York, m’administre un massage en profondeur qui me met dans un état proche de la transe. « Je ne repartirai jamais, me confie-t-il. Ici, je n’ai qu’à m’asseoir avec un bon livre ou à regarder le paysage pour être heureux. » J’approuve d’un geste en souriant béatement. Par après, somnolant au soleil près d’une autre piscine à débordement, je rêve de prendre ma retraite ici et maintenant, à 31 ans. Je me verrais bien, cache-œil noir au visage et perroquet sur l’épaule, en train d’escalader un cocotier comme un singe pour y cueillir des fruits murs, ou occupée à toutes ces choses que font les loups de mer dans leurs interminables temps libres. Un peu de yoga au sommet d’une falaise, peut-être ?


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Publié: 1 février 2009. Étiquettes: eis, Terrance B. Lettsome International Airport.

Îles Vierges britanniques

Parmi les multiples installations du Peter Island Resort qui parsèment la plus grande île privée des îles Vierges britanniques, le Tradewinds Restaurant offre un solide buffet de la mer, à ne pas confondre avec le buffet antillais servi sur la plage.
Peter Island Resort, 800-346-4451, peterisland.com

Baraka Point
est une villa privée située en haut d’une falaise, avec hutte-spa dans les arbres et cinq suites (certaines avec chambre d’enfants attenante).
Virgin Gorda, 800-969-9713, barakapoint.com

Îles Vierges britanniques

Vedette locale, Philicianno « Foxy » Callwood est autant humoriste et musicien que restau­rateur. Le week-end, son célèbre resto-bar en forme de cabane sur la plage, Foxy’s, organise un barbecue antillais et sert de sublimes côtes levées.
Jost Van Dyke, 284-495-9258, foxysbar.com

Îles Vierges britanniques

Avec toutes ces îles paradisiaques à portée de main, faites-vous marin et nolisez un bateau. Moorings dispose d’une flotte de monocoques et de luxueux catamarans, tandis que Virgin Traders, à Tortola, se spécialise dans les puissants yachts.
The Moorings 888-952-8420, moorings.com
Virgin Traders 284-495-2526, virgintraders.com

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