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Voilà un moment déjà que Gérone me tente. Les pros du cyclisme (dont Lance Armstrong) ont depuis longtemps fait de ce coin du nord-est de l’Espagne leurs quartiers généraux, à cause d’une géographie surprenante et d’un climat parfait (la cuisine et le vin catalans en prime).  Alors que ma femme Cathy et moi montons vers l’intérieur des terres après avoir laissé la route côtière entre Tossa de Mar et Sant Feliu de Guixols, un chemin spectaculaire qu’emprunte souvent la Vuelta a España (l’équivalent espagnol du Tour de France), nous comprenons aisément pourquoi. La voie est tranquille, la chaussée en bon état, avec des vues agréables sur la Méditerranée en contrebas. Nous rions même (un peu jaune) en croisant un panneau annonçant une pente de 14 %. Nous nous arrêtons au tournant suivant.

« Ça promet », laisse échapper Cathy.

C’est bien une pente de 14 %. Droit devant. Un ruban d’asphalte qui s’effile jusqu’au ciel, comme si nous étions au bas d’un tremplin de ski et regardions vers le haut. Arrivé au sommet, haletant, penché sur mon guidon, je réalise que ce que j’aime de l’Espagne (que symbolise un panneau de descente juste avant une montée) est sa totale imprévisibilité. Comme nous le découvrons pendant cette semaine de vélo, si on peut faire la sieste dans ce pays, pas question de s’assoupir.

Les routes côtières de GéroneLes routes côtières de Gérone (Photo: Dirk Guenneman / Canigou Cycling)

Je partage plus tard mes impressions avec Dirk Guenneman, de Canigou Cycling, qui nous a guidés de ses conseils d’expert pour l’itinéraire et la location de vélos. Guenneman, Allemand vivant près de Pals, s’est depuis longtemps réconcilié avec cette charmante énigme qu’est l’Espagne, et sa réponse naturelle est un simple haussement d’épaules. « C’est beau et merveilleux, et je ne vivrais pas ailleurs, explique-t-il. Mais c’est l’Espagne. »     

Ce soir-là, Cathy et moi, avec nos amis Rich et Charlotte, parvenons à se remettre de notre ascension un brin traumatisante en séjournant à La Rectoria, hôtel-boutique attenant à une ancienne abbaye près d’Olot. Nos hôtes, Roy et Garotti, sont chaleureux et la cuisine est un bonheur (tarte aux oignons confits en entrée, chorizo, dorade et mongetes de Santa Pau en plat principal, le tout couronné – ou cimenté – par un pudding caramel consistant et de la crème glacée maison). Nous nous sentons soudainement riches en entrant dans les chambres; l’ancien cloître a été parfaitement actualisé, et les poutres et maçonneries centenaires contrastent avec les éclairages modernes flamboyants. C’est un endroit où passer une semaine, pas juste une nuit.

La RectoriaLa Rectoria (Photo: Mark Torra) 

Le lendemain, nous partons sous un chaud soleil pour 70 kilomètres d’un parcours aller-retour. On y trouve des pentes plus raides, mais pour l’essentiel, la Catalogne offre aux cyclistes des collines ondoyantes parsemées de villages pittoresques, tels Ullastret et Palau-Sator. Tous ceux que nous traversons, avec leur clocher, leur place du marché, leurs charmants cafés, leurs chiens hirsutes qui aboient et leurs rues pavées, débordent de charme médiéval.

Pour midi, nous nous arrêtons dans la bourgade de Palau-Sator au Mas Pou, restaurant aménagé dans une ferme du 16e siècle joliment restaurée. Dans le Baix Emporda, les rizières abondent; en vélo, nous en avons longé beaucoup et l’on nous a souvent dit que le riz de la région était particulièrement bon pour la paëlla, fondant à l’extérieur et croquant au centre.  Ne voyant pas de riz sur la carte du Mas Pou, j’en demande.

« Pas de riz, répond notre serveur aux allures de Kevin Spacey.     

– Mais le coin n’est-il pas réputé pour son riz ?          

– Oui, répond-il en souriant. Un très bon riz.           

– Mais vous n’en servez pas ? Nous sommes entourés de riz. »

Il me fixe, les yeux plissés. « Pas ici. »

Je me rabats sur la lotte et un assortiment de légumes rôtis, me disant à quel point il semble à propos que l’Espagne nous ait donné Don Quichotte, de Cervantès, ce roman où le héros se bat contre les moulins à vent et à l’origine de l’adjectif « quichottesque », qualifiant à la fois le romantique et l’improbable.

Une fois les assiettes débarrassées, le serveur revient vers moi : « Dessert, monsieur ? Du riz, peut-être ? » Il se mord la lèvre. Nous rions tous et il me revient à l’esprit que Don Quichotte est une comédie et une tragédie.

Baix EmpordaBaix Emporda

La balade en vélo, elle, n’a rien de quichottesque. Je profite de la descente et me souviendrai toujours de ces villages qui se succèdent, de Madremanya à Corçà, le long d’étroites routes de campagne bien entretenues et avec une vue dégagée. On peut descendre en roue libre dans un élan de laisser-aller et de mouvement tellement organique, pur, que le corps en conserve la sensation pendant des heures.

Nous passons notre dernière soirée à flâner dans la vieille ville de Gérone. Sur une placette à la lueur des lampes, nous tombons par hasard sur Le Bistrot, au détour de l’intersection en Y de trois grands escaliers de pierre dans la Pujada de Sant Domenec.  Aussi cliché que ça sonne, on se croirait dans un décor de cinéma, vrai, mais avec le halo d’un mirage. Le côté improbable de cette petite place (tellement espagnole!) est tel que je m’attends presque à ce qu’un réalisateur dise « coupez », puis à voir Penelope Cruz et Javier Bardem apparaître, prendre une chaise et nous rejoindre.
C’est l’Espagne, après tout.

Rien ne me surprendrait.

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