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Je talonne Joel Gratz, skieur de compétition pennsylvanien devenu monsieur météo au Colorado, qui trace des sillons dans la Cappuccino. C’est un réveil matinal idéal, cette large piste intermédiaire serpentant parmi les pins tout au-dessus des hôtels et condos aux toits pointus de Vail, à 90 minutes à l’ouest de Denver dans les Rocheuses. La Cappuccino est si bien damée qu’on croirait que les pistes de Vail sont mises en beauté par une armée secrète d’esthéticiens des pentes.

Ces pistes soignées sont remarquables, mais avouons-le, nul skieur, assidu ou occasionnel, ne sera jamais aussi excité par un beau damage que par une fraîche poudreuse. Tout ce qu’on veut savoir, c’est quand et combien il en tombera. Ah ! être présentateur de la météo en terre de ski : prévoyez juste, et vous êtes candidat à la canonisation ; trompez-vous, et vous devriez songer à changer de nom et d’identité.

Jeremy Miller

Les fous de la planche à neige comme Jeremy Miller sont toujours à l’affût des prévisions de neige à Vail.

Parlez-en à Joel Gratz, météomaniaque de premier ordre et fondateur d’OpenSnow, un service de prévisions en ligne pensé pour les skieurs. Je suis venu au Colorado pour intégrer le savoir d’experts comme lui et me faire une idée du manteau neigeux local. Cet État est à cheval sur les plus hauts sommets de la ligne de partage des eaux ; quand des systèmes météo gorgés d’humidité du Pacifique butent sur ces obstacles rocheux en se déplaçant vers l’est, ils se déchargent sur leur versant ouest.

C’est l’idée globale. Mais émettre des bulletins précis pour une station de ski exige de creuser davantage, explique Joel alors que nous reposons nos jambes et reprenons notre souffle sur un button. Après des études en météorologie à Penn State, il a fait une maîtrise en études de l’environnement à Boulder, où l’avait mené sa passion pour le ski.

Il pensait que sa formation en météorologie serait un atout en matière de prédiction des conditions optimales de ski, et de devancement des files au télésiège. Erreur. Il a eu sa leçon à l’hiver 2005, un jour où, ses modèles climatiques préférés prédisant une faible chute de neige nocturne, il a manqué la tempête de la saison et une journée épique de 120 cm de poudreuse. Les gens du coin le savaient. Il y en avait jusqu’à la poitrine, lui a dit un ami le lendemain, dont le sourire ne cessait de le narguer.

Briar Rose Chophouse and Saloon

C’est l’apéro au Briar Rose Chophouse and Saloon au centre-ville de Breckenridge.

« Mes modèles climatiques se sont fait battre par la sagesse locale », résume-t-il. Cette désastreuse prévision l’a poussé à fouiller l’interaction entre la topographie locale et les systèmes météo. Il s’est mis à étudier divers modèles de prévision numérique du temps, à les appliquer régulièrement pour voir s’ils arrivaient aux mêmes prévisions et à rechercher les fluctuations erratiques pour visualiser l’incertitude et le spectre des prévisions. Puis, il a étudié les conditions locales, la direction des vents, l’altitude et l’orientation des montagnes.

En 2007, il a commencé à envoyer ses prévisions par courriel dans une liste appelée Colorado Powder Forecast. Celle-ci s’avérant populaire, il l’a mise en ligne deux ans plus tard. Puis en 2011, il s’est associé au météorologue Andrew Murray pour lancer OpenSnow. Comptant à présent 12 spécialistes recueillant des données météorologiques au Colorado, en Idaho, au Montana, en Utah, en Californie, en Arizona, dans le nord du Midwest, au New Hampshire et dans l’État de Washington, OpenSnow est devenu la boule de cristal du Web pour plus de 2,5 millions de férus de poudreuse.

Pour une vue d’ensemble sur le relief de Vail, et pour voir comment Joel mêle sagesse locale et modèles de prévision numérique du temps, nous prenons le Mountain Top Express, qui nous emmène à 3430 m d’altitude illico. Ma montre intelligente m’indique un temps doux de -1 °C. De son bâton de ski, Joel indique la chaîne Gore, ondoyante ligne de crête culminant à 4100 m qui s’étend du nord-ouest au sud-est au-delà de la vallée du ruisseau Gore.

Un patrouilleur de la Breckenridge Mountain Resort

Un patrouilleur de la Breckenridge Mountain Resort ouvre la voie vers Debbie’s Alley, une piste double diamant entre le Peak 7 et le Peak 8.

Voyez la vallée comme un sympathique entonnoir qui intensifie les chutes de neige locales, suggère-t-il. Sa théorie, c’est qu’en frappant la chaîne Gore, les vents du nord-ouest sont déviés au sud vers Vail, s’ajoutant à l’air déjà forcé à s’élever au-dessus de la station de ski. Et c’est cet air ascendant supplémentaire qui occasionne plus de neige que prévu dans certaines zones.

Les conditions météo sont tout aussi nuancées à Breckenridge, à 40 km au sud-est de Vail. Quand on a tracé les premières pistes de ski sur les pentes dominant la ville en 1961, les skieurs ont colonisé Breckenridge, transformant doucement la ville minière, fruste et tombant en poussière, en l’un des villages de ski les plus pittoresques du Colorado.

« On a ici ce qu’on appelle une poudreuse recyclée », explique Hunter Mortensen, patrouilleur de ski chevronné et spécialiste de la sécurité dans la neige, alors que nous montons en téléski en haut de la Horseshoe Bowl. Les vents du nord-ouest qui frappent la haute chaîne Tenmile, à l’ouest de Breckenridge, soufflent la neige des versants exposés et la déposent dans les cirques alpins du côté sous le vent.

Horseshoe Bowl T-Bar

Skiers pass a ski patrol and warming hut at the top of the Horseshoe Bowl T-Bar at Breckenridge Ski Resort.

Au sommet du téléski, nous traversons près d’un refuge aux murs de pierres de la patrouille de ski. Un des col-lègues patrouilleurs de M. Mortensen regarde par la fenêtre embuée et nous salue quand nous pénétrons dans la Horseshoe Bowl. L’entrée est minée de rochers affleurants, mais une fois cet obstacle franchi, les conditions d’enneigement s’améliorent. Dix centimètres de flocons frais recouvrent la cuvette.

« Pour 5 cm en bas, on peut avoir 25 cm en haut », affirme M. Mortensen, qui côtoie intimement le manteau neigeux et le climat de Breckenridge depuis 15 ans. « On est la seule station où les vents permettent de refaire le plein. »

Je me penche pour prendre une poignée. Il suffit d’un souffle pour disperser dans l’air des Rocheuses les duveteux cristaux. Si la neige était du vin, ce serait du champagne brut. Mes skis virent sans difficulté tandis que je prends de la vitesse vers le fond de la Horseshoe Bowl. Je me rappelle un truc que m’a dit Joel Gratz : « Je me trompe parfois, mais c’est ce qui rend la météo si fascinante. Je ne m’ennuie jamais à essayer de la prévoir. »


Où loger

The Arrabelle at Vail Square

À deux pas du service de rangement de skis au pied de l’Eagle Bahn Gondola, l’Arrabelle marie élégance d’un hôtel des Alpes suisses et fonctionnalité nord-américaine.

On a aimé Les GoPro gratuites et appli de service à l’étage 24 h.

arrabelle.rockresorts.com

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