Voyage
Cuvée prestigieuse
Avec leur vision novatrice, ces producteurs canadiens font tourner la tête d'enRoute… et des amateurs de vin.
Gerry McConnell
Copropriétaire, Benjamin Bridge Vineyards, vallée de la Gaspereau, Nouvelle-Écosse

« Je cherchais un boulot où je pourrais déguster du vin dès 8 h du matin », plaisante le dirigeant de société minière et copropriétaire de vignoble Gerry McConnell. L’an dernier, son entreprise a fait les manchettes avec le Nova 7, un blanc perlant demi-sec écoulé en 10 jours. Que la Champagne se le tienne pour dit, ce domaine néo-écossais est prêt à en découdre.
Comment êtes-vous venu à la viticulture ? Ma femme et moi venions d’emménager, non loin de la vallée, quand Hans Christian Jost (un pionnier du vin néo-écossais) a planté son vignoble. En 1999, j’ai acheté une ferme de 28 ha, avec une pente au sud, et nous avons fait des essais d’encépagement. Nous avons même planté du sauvignon blanc, pour le plus grand bonheur des experts, et nous ajoutons encore des ceps de pinot et de chardonnay.
Quels sont les qualités et les défauts de votre région ? Le climat de la Nouvelle-Écosse est un peu limite pour la viticulture. Mais tous les grands crus sont issus de régions au climat capricieux. Les vins médiocres viennent de terroirs où la vigne pousse comme de la mauvaise herbe.
Qu’est-ce qui s’en vient pour Benjamin Bridge ? C’est le premier été où nous avons la certification bio. Nos premiers mousseux produits selon la méthode champenoise sont aussi prévus pour cette année, et nous ouvrirons une nouvelle cave en 2011.
Quel est l’avenir du vin canadien ? Le mousseux de Nouvelle-Écosse. Nous savons que nous tenons un produit unique et bien typé.
Deborah Paskus
Œnologue, Closson Chase, comté de Prince Edward, Ontario

Quand Deborah Paskus a appris qu’un de ses amis plantait de la vigne dans le comté de Prince Edward, elle l’a cru fou. Peu après, pourtant, elle faisait de même. Depuis 1999, Mme Paskus élabore à son vignoble de Closson Chase des pinots noirs et des chardonnays aussi délicats qu’intenses, démontrant tout le potentiel de la viticulture en climat froid.
Quels sont les qualités et les défauts de votre région ? Notre sol, peu profond, repose sur un sous-sol de calcaire fissuré, en pente douce vers le lac Ontario. C’est idéal pour le vin, surtout le pinot et le chardonnay, qui s’expriment plus pleinement grâce à cette minéralité. Mais nos hivers sont très rigoureux. Tout le vignoble peut y passer. Chaque année, nous devons butter les ceps, une opération qu’il faut réaliser au moment opportun et qui augmente nos coûts de main-d’œuvre.
Qu’est-ce qui fait les grands vins : le vignoble ou le vigneron ? Dans le monde du vin, ce sont les vignobles qui sont renommés. Vous ne ferez jamais de bon vin sans bon raisin.
Quel est le plus grand défi de la viticulture canadienne ? Les régies des alcools pourraient nous donner un plus gros coup de pouce. Pour faire connaître nos vins, nous ne recevons pas beaucoup d’aide des provinces.
De quel vin êtes-vous le plus fière, et pourquoi ? Le chardonnay Temkin-Paskus 1997 tient encore bien la route. Il y a aussi l’Iconoclast 2005 ; les deux barriques de cette cuvée avaient tout ce que je recherchais depuis plus de 10 ans. Elles étaient si bonnes que j’ai pensé faire croire à leur disparition pour les emporter chez moi.
Randy Picton
Œnologue, Nk’Mip Cellars, vallée de l’Okanagan, Colombie-Britannique

Le domaine Nk’Mip (prononcez « Innecamip »), copropriété de la bande d’Osoyoos, s’inscrit dans un vaste projet de développement des rives du lac Osoyoos. Ouvrier forestier converti au vin « pour changer de rythme de vie », Randy Picton y travaille la vigne, plantée en partie en terre autochtone, et encourage des jeunes membres de la bande à se lancer en œnologie.
Qu’est-ce qui distingue vos vins ? Le vignoble et la diversité du terroir. Nos pinots noirs et blancs, nos chardonnays et nos rieslings viennent de parcelles graveleuses chargées en minéraux, alors que nos merlots, nos cabernet-sauvignon et nos syrahs poussent dans un sol argileux et sablonneux. Deux parcelles, à 200 m l’une de l’autre, peuvent donner des merlots aux profils aromatiques radicalement différents. Nos blancs ont aussi un caractère minéral très marqué. Rares sont les régions qui excellent à la fois dans les rieslings et les syrahs.
Qu’est-ce qui s’en vient pour Nk’Mip ? À raison de 18 500 caisses par an, nous tournons à plein. Nous nous concentrons donc sur nos meilleurs crus, ce qui implique surtout de mieux travailler la vigne, en limitant le rendement, par exemple. Nos vins haut de gamme portent le nom de Qwam Qwmt, ce qui signifie « atteindre l’excellence » dans la langue de la bande.
Que recherchez-vous dans un vin ? La complexité. Je veux avoir envie de replonger mon nez dans le verre.
Quel est l’avenir du vin canadien ? Une meilleure adéquation des cépages aux conditions climatiques. Cela nous permettra de passer au niveau supérieur.
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Sonam
Premier prix, catégorie récit.
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