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Détendez-vous sur la côte cool du Costa Rica

Côté Caraïbes, le surf and turf s’accompagne de récifs, de musique reggae et de cabanes dans les arbres… partagées avec les iguanes.

Le parc national Cahuita

Notre journaliste vise haut dans le parc national Cahuita.

Une houle turquoise déferle près du Giant Slipper, l’îlot rocheux coiffé de palmiers échevelés au large de Playa Cocles. À l’approche de la vague, je m’avance sur ma planche de surf louée, raboteuse comme la route d’asphalte qui m’a amené à la côte caraïbe du Costa Rica par la forêt tropicale. Je rame à fond, mais l’onde me dépasse indolemment. De leur côté, les experts attrapent les vagues à leur gré et m’esquivent telle une vulgaire noix de coco à la dérive, sans sourire ni affecter le mépris local qui prévaut parfois dans les spots de surf bondés. Heureusement, les mots écrits sur ma planche m’encouragent : « Todo es posible ». Peut-être tout est-il possible par ici.

Puerto Viejo ; un surfeur se donne à fond la planche à Playa Cocles

Gauche à droite : Ça roule à Puerto Viejo ; un surfeur se donne à fond la planche à Playa Cocles.

Lors d’une accalmie, je regarde dans les terres. Un amas de nuages noirs violacés écrase la cordillère de Talamanca, menaçant de pluie les montagnes au-delà des villages côtiers méridionaux de Puerto Viejo de Talamanca et Manzanillo. Des surfeurs fauchés ont été parmi les premiers touristes à s’aventurer ici dans les années 1970 et 80. Ils étaient attirés par le spot dit Salsa Brava, où la vague se brise sur un récif corallien et forme un tube parfait à un jet de pierre du bar The Lazy Mon, à Puerto Viejo. (L’eau y est tellement peu profonde que les surfeurs voient les oursins et les coraux râpeux avant de s’élancer.) Ont suivi routards et étrangers séduits par l’esprit bohème et la diversité culturelle du coin, qui voit Bribris et Cabécars autochtones se mêler aux Ticos (ces Costariciens d’origine latine). C’est sans parler du rythme coulant des Afro-Costariciens, dont plusieurs descendent de Jamaïcains établis ici à la fin du xixe siècle. Je vois vite que la distance de la capitale San José et la popularité de la côte pacifique ont aidé à préserver un air communautaire dans la région. Que celle-ci se fasse un peu ignorer est un plus pour ses habitants qui veulent sauver le littoral des complexes touristiques et des condos privés qui, me répète-t-on, caractérisent en bonne partie l’autre côte. Plus d’un résident m’a parlé du récent rejet d’un projet de marina de 400 places près de Puerto Viejo.

Un sapajou capucin ; Manuela Di lenno et Roberto Lapis

Gauche à droite : Un sapajou capucin rêve à ses singeries ; Manuela Di lenno et Roberto Lapis, proprios du Como en mi Casa Art Café.

Un autre train de vagues arrive. Cette fois, la chance plus que le talent me met près du pic. Après de rapides coups de rame, ma planche plane sur la face de la vague et j’éprouve l’enivrante force de l’océan derrière moi. Un instant, je me sens comme Laird Hamilton, même si j’ai davantage l’air d’un gringo qui n’a pas surfé depuis des lustres. Heureux de glisser sur l’écume jusqu’au rivage, je réalise que l’exercice matinal m’a donné une faim de loup.

Playa Cocles grouille de vie. Un touriste dégingandé passe, pâle comme le sable beige, en t-shirt à l’effigie d’un Che Guevara absurde avec moustache à la Dalí. J’évite une famille tica jouant au football de plage et appuie ma planche contre une fragile tour de sauveteur que le moindre coup de vent du large renverserait.

« Ça gaze, mon ? »

Je me retourne vers Misael Avalos, le souriant moniteur de surf que j’ai rencontré hier soir au Koki Beach, où il est aussi serveur. Né à Puerto Viejo il y a 30 ans, Avalos se rappelle un village somnolent n’ayant qu’un téléphone, un hôtel et quelques restos. « J’ai appris à surfer sur des planches cassées en deux et jetées par des étrangers. Puis, vers l’âge de huit ans, j’ai essayé une vraie planche de surf, précise-t-il en riant. C’est là que je me suis dit : “Ah, c’est ça, le surf !” » Le week-end, les 10 pâtés de maisons sur cette pointe entre la Playa Negra et Playa Cocles vibrent au son des concerts dans les bars tel le Lazy Mon. Les voyageurs bouffent des burgers aux lentilles bios au douillet Como en mi Casa Art Café, adresse à l’étage d’inspiration hippie et de propriété italienne d’à peine 20 places, ou vont à l’hôtel Kaya’s Place déguster une pizza cuite au four arrosée d’une blanche, d’une ale ou d’un porter au cacao et à la noix de coco de la BriBri Springs Brewery.

La boulangerie-restaurant Pan Pay de Puerto Viejo

Tranche de vie à la boulangerie-restaurant Pan Pay de Puerto Viejo.

Avalos part donner un autre cours de surf, alors j’en profite pour remonter à la source des rythmes du Stepping Razor de Peter Tosh : un haut-parleur gros comme un frigo à bière à côté du Take It Easy, une cantine de rue au barbecue fumant. Natif de Puerto Limón, le cuistot Cris Malcon, aux dreads coincées dans un bonnet rasta qui impressionnerait le Dr Seuss, me sert un jus de yucca et une montagne de riz et de poulet à la jamaïcaine. C’est assaisonné de muscade, de clous de girofle et d’« ingrédients secrets » que Malcon aurait appris d’un visiteur canadien. Se pourrait-il qu’il y ait du sirop d’érable ? Je m’assois à une table en plein air et m’attaque au poulet épicé en écoutant Malcon et ses compères discuter en patois.

Des aras de Buffon au Ara Project

Des aras de Buffon volent la vedette au Ara Project, près de Manzanillo.

Le soir venu, voulant me blinder contre la marée montante du lendemain matin sur les flots mouvants des Caraïbes, je me pose sur un tabouret à l’Outback Jack’s. Trompettes, trombones et clarinettes peints de couleurs pastel tropicales pendent du plafond, et une vieille télé à tube cathodique sur trépied côtoie un damier géant avec bouteilles d’Imperial en guise de pions. Jack Williams, le proprio australien (et grand collectionneur de cossins), est un merveilleux conteur. Des années avant de sillonner l’Amérique du Nord en tenant des kiosques alimentaires pour le festival de musique Lollapalooza, il est allé au Vietnam avec l’armée australienne et a même déjà interviewé l’ancien premier ministre du Québec René Lévesque. Je le regarde écraser une poignée de feuilles de menthe dans ce qui a plus l’air d’une salade verte qu’un mojito. Qu’importe, c’est l’antidote parfait à 90 % d’humidité. Avec un sourire satisfait, Williams me dit : « Ici, on se fout que vous soyez en planche à roulettes ou en Mercedes. » Ou sur une planche de surf cassée en deux.

Tree House Lodge ; la piscine de l’hôtel-boutique Le Caméléon

Gauche à droite : On vous livre le déjeuner au Tree House Lodge ; le bord de la piscine de l’hôtel-boutique Le Caméléon est idéal pour se plonger dans un bon livre.

Un matin sans vagues, je roule sur une route bordée d’hibiscus au sud de la maison que je loue à Puerto Viejo, en évitant les cyclistes en vélo de plage. Une vieille affiche annonçant un festival du chocolat, punaisée à un mur de la Luluberlu Art Gallery, pique mon intérêt et me donne le goût. Soudainement, le ciel explose et mes essuie-glace battent une vaine cadence dans une averse déjà apaisée à mon arrivée au Caribeans Coffee and Chocolate, une des six ou sept chocolateries de proximité situées dans les environs. Les murs ouverts du café laissent entrer la brise marine, et les quelques clients ont les yeux rivés sur leur portable. Café américain à la main, j’entre dans une chambre froide de la taille d’une penderie, tapissée de quatre appétissantes clayettes d’échantillons de chocolat gratuits. Je gravite vers le Heat Wave, un noir à 72 % de cacao local où piment et cayenne chauffent à retardement. Ma dose de caféine me propulse jusqu’à une propriété au sommet d’une piste abrupte pour 4x4 à l’arrière du café, où m’accueillent l’arôme sucré des fèves de cacao mises à sécher et une vue dégagée de la plage, des flots bleus et des pentes sauvages de la cordillère de Talamanca.

La côte caraïbe ; la galerie d’art Luluberlu

Gauche à droite : Tout le monde aime faire trempette sur la côte caraïbe ; les corbeilles passent à table à la galerie d’art Luluberlu.

M’ayant rejoint, le Floridien d’origine Jeff Ghiotto précise qu’il y a 10 ans, il se souciait plus de surf que de qualité de cacao. Le fondateur de Caribeans, Paul Johnson, l’a alors convaincu de restaurer la cacaoyère, abandonnée comme tant d’autres dans les années 1980 alors qu’un champignon mortel a failli anéantir le commerce local du cacao. Un élagage minutieux des arbres a aidé à endiguer l’épidémie, tout comme l’expertise de vétérans comme Efren Hernandez, un Cabécar dont la famille cultive le cacao depuis quatre générations, dont je fais la connaissance lors de la sortie guidée en forêt proposée par Ghiotto. « On veut garder les profits de la fabrication de chocolat dans la collectivité », affirme Ghiotto. Il me tend une fève de cacao crue, pâle, glissante et peu ragoûtante au toucher, mais étonnamment délicieuse, riche et pure au goût.

Centre-ville de Puerto Viejo

Des palmiers prennent du soleil sur la plage, au centre-ville de Puerto Viejo.

Plus au sud, vers Manzanillo, par-delà des nids-de-poule et des ponts à une voie enjambant des torrents subtropicaux, je trouve le Tree House Lodge et le Néerlandais de 45 ans Edsart Besier, autre ambitieux immigré profondément attaché à cette côte. Quand celui-ci a acquis sa terre il y a une vingtaine d’années, c’était un maigre pâturage près d’un idyllique croissant de plage. Vivant dans un autobus scolaire aménagé, il s’est mis à assainir les marécages, plantant des feuillus d’essences indigènes et conditionnant un milieu foisonnant d’orchidées, de dendrobates et de bromélias. Nous longeons un enclos où vivent 60 iguanes, parfaitement immobiles sur les branches d’un palmier éventail. C’est une partie d’Iguana Verde, une fondation à but non lucratif mise sur pied par Besier pour protéger les iguanes des braconniers. D’autres initiatives, dont le recyclage des eaux grises et un engagement à l’égard de l’embauche locale, ont valu à cet endroit la plus haute certification en tourisme durable du pays, mais après avoir vu la salle de bain de la Beach Suite, je constate qu’art et fantaisie sont d’autres maîtres-mots ici. Je ne serais pas surpris si Besier annonçait que Gaudí a signé la déco : un hippocampe en ciment crache de l’eau dans un jacuzzi, et un serpent géant mosaïqué de billes de verre vertes et bleues enlace la pièce jusqu’à une cabine de douche où l’eau chaude coule de sa bouche. « C’est censé être l’intérieur d’un oursin », explique Besier alors que la lumière du soleil filtre par les lucarnes circulaires du plafond voûté. Elles représentent les piquants de l’oursin, je suppose.

Misael Avalos, instructeur à Surf the Jungle

Misael Avalos, instructeur à Surf the Jungle, se prépare à faire des vagues à Playa Cocles.

Le hurlement des alouates déchire le silence d’après-midi de la forêt tropicale humide quand je me remets au volant pour le bout de la route, Manzanillo, à plusieurs kilomètres au sud-est. Hormis quelques restos et un bar reggae où la musique joue toujours au même volume (à fond), ça reste un village de pêcheurs endormi, à quelques pas du Refugio de Vida Silvestre Gandoca-Manzanillo. Cinq minutes de marche dans cette luxuriante réserve faunique me mènent à une plage enchâssée entre deux promontoires rocheux. Des vaguelettes lèchent le sable soyeux. Outre des jeunes mariés posant pour des portraits embarrassants, j’ai la plage à moi tout seul pour un bain de fin d’après-midi. Alors que le soleil se prépare pour son brusque départ subtropical, je repars pour Puerto Viejo. L’endroit n’a peut-être plus l’air du hameau du temps où le jeune Misael Avalos surfait sur des planches brisées, mais ça reste un endroit où la respiration de l’océan dicte l’allure de la journée.

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