Voyage

Deux villes, un seul désert

Tout le monde connaît Dubaï. À quelques kilomètres en amont, un groupe d’urbanistes de Vancouver tente de faire d’Abu Dhabi une véritable oasis.

Par Charles Montgomery
Illustrations par Andrew Holder

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Le partenariat s’annonçait tout de même difficile. Friands de climatisation et de piscines refroidies, les Émiratis consomment plus d’énergie et émettent plus de CO2 qu’à peu près n’importe qui. La « belle ossature » de la ville est en fait un réseau de quadrilatères de 1 km2 que les automobilistes traitent comme des pistes de course. Entre les tours, les stationnements sont immenses. Il n’y a pas de transport en commun. Dans les pages d’opinions des journaux, on réclame plus de stationnements et des routes plus rapides. Dans ce contexte, la devise souvent citée de Beasley, « les embouteillages sont nos amis », a tout d’un manifeste rétro.

D’ailleurs, Beasley et son équipe ont profité d’une de leurs premières rencontres avec le prince héritier pour dénoncer un projet d’autoroute à 27 voies en plein centre-ville. Le prince a donné trois mois à Beasley pour trouver une solution de rechange qui désengorgerait la ville, et moins d’un an pour tracer la voie de l’avenir. Beasley s’est empressé de réunir un groupe de planificateurs urbains des plus chevronnés pour voir comment Abu Dhabi pourrait tripler de volume sans perdre son âme.

Dubaï a beau être un paradis pour architectes, les urbanistes d’Abu Dhabi frémissent devant l’importance de ses erreurs.

La tâche était énorme, vu la demande (la main-d’œuvre étrangère forme maintenant 80 % de la population) et les excès et horreurs qu’autorise une richesse quasi illimitée. Dubaï a beau être un paradis pour architectes, les urbanistes d’Abu Dhabi frémissent devant l’importance de ses erreurs. Vus des airs, les joyaux de Dubaï sont grandioses et fascinants. Mais ils sont terriblement dysfonctionnels sur le plancher des vaches.

Prenons le cas de Palm Jumeirah, l’île artificielle en forme de palmier qui s’avance de 5 km dans le golfe au large de Dubaï. Spectaculaire vue d’un hublot d’avion. Très cool dans une brochure immobilière. Mais les branches du palmier, et leurs villas en stuc alignées au cordeau, ont tout d’une banlieue californienne. En fait, avec sa forme idéale pour créer ces embouteillages qui sont l’envers de la vie à Dubaï, Palm Jumeirah est peut-être le dernier degré de l’étalement urbain. « Un grand cul-de-sac dans la mer », a susurré l’un des urbanistes d’Abu Dhabi.

Matérialisant les esquisses que griffonnait Le Corbusier sur des serviettes en papier, chaque fonction de Dubaï a été isolée de manière à former des quartiers thématiques distincts : Media City, Business Bay, Sports City, Knowledge Village. Malgré les méga-autoroutes aux immenses échangeurs qui relient le tout, mes amis dubaïotes passent plusieurs heures par jour à contempler d’un air maussade des merveilles architecturales pendant qu’ils font du surplace dans d’interminables bouchons.

D’où la question : les villes doivent-elles d’abord échouer avant de réussir ? Une ville bâtie sur le pétrole peut-elle se donner un avenir vert ? Abu Dhabi, et non Dubaï, entend montrer la voie.

Les Émiratis, cachés sous leurs bisht et derrière leurs lunettes miroir, ont la réputation d’être très réservés. Ils ne se confient pas facilement aux étrangers. Mais l’urgence de la crise urbaine les a forcés à partager leurs craintes et leurs rêves avec de nouveaux venus.

Une ville bâtie sur le pétrole peut-elle se donner un avenir vert ? Abu Dhabi, et non Dubaï, entend montrer la voie.

La croissance d’Abu Dhabi était déjà trop rapide. Les gens s’ennuyaient du désert et de la mer. Les familles se disloquaient sous l’effet de l’étalement naissant. Voilà ce que Beasley a appris à son arrivée. Il y a quelques décennies à peine, selon Falah Al Ahbabi, les familles élargies vivaient ensemble dans des maisons regroupées autour d’une cour intérieure. « On appelait ça des fareej », m’a-t-il précisé avec un sourire nostalgique. Ce mode de vie est désormais compromis, tant à Abu Dhabi qu’à Dubaï. Ces fareej à la croissance organique n’ont plus leur place dans un contexte de développement effréné. Quand un Émirati se marie, le gouvernement lui accorde un lopin de terre, qui se trouve parfois à des kilomètres de la résidence de sa famille.

« Quand j’étais petit, je pouvais courir dans huit maisons en enfilade, m’a expliqué Al Ahbabi. Je veux que mes enfants aient cette chance. Je veux vivre près de mes frères, de ma famille. »

Abu Dhabi s’est doté d’un plan de développement jusqu’en 2030. Une demi-douzaine des disciples vancouvérois de Beasley y ont emménagé pour aider Al Ahbabi à le mettre en œuvre. Le prince héritier les a autorisés à refuser tout ce qui dévie du but vert. Quand un projet de type Dubaï arrive sur sa table, m’a raconté l’un des ex-Vancouvérois, « je sors notre plan 2030 et je dis : “Prenez le temps de lire ça et revenez nous voir.” » Ce qui demande du cran : à Abu Dhabi, promoteurs et gouvernement sont souvent indissociables.

Les gardiens du plan, telle Joanne Proft, ne prennent pas leur pied dans les formes géométriques ou les merveilles d’ingénierie. Ce qui les motive, ce sont les espaces entre les immeubles, ces carrefours de tous les jours qui définissent notre art de vivre ensemble. Ils vont découper les mégaquadrilatères du centre-ville d’Abu Dhabi, glisser les stationnements sous terre et ouvrir les routes à un dense réseau de circuits d’autobus et de trains légers.

Les rues du futur district de la capitale, où Joanne Proft et moi nous sommes arrêtés pour marcher un peu, seront plus ombragées, plus étroites, on y roulera moins vite. Abu Dhabi s’inspirera de grandes cités du monde, mais conservera son esprit arabe, m’assure Mme Proft. Surtout, cette ville essaiera de retrouver ce qu’elle a perdu : l’assise de la capitale nouvelle ne sera pas le gratte-ciel de marque, mais une version modernisée du fareej. 

Ce n’est pas facile d’imaginer un futur paysage bâti quand on est complètement enfoncé jusqu’aux chevilles dans un désert inondé de soleil, reconnaît Mme Proft. Il faut plisser les yeux et faire abstraction du grondement de l’autoroute qui mène à Dubaï.

Il faut savoir scruter le désert pour imaginer une ville. 


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Publié: 1 octobre 2008. Étiquettes: Abu Dhabi International Airport, auh.
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L’hôtel cinq étoiles Taj Palace offre un accueil sans égal au cœur de Dubaï, à 10 minutes de l’aéroport. C’est un excellent point de départ pour explorer le ruisseau de Dubaï, où des abra couverts vous transporteront entre les souks de Deira et de Bur Dubai. 
Al Rigga Rd., Deira, 971-4-223-2222, tajhotels.com

Voyez le boom immobilier s’étendre à l’infini depuis la piscine sur le toit du spa Willow Stream, qui couronne les 34 étages de l’hôtel Fairmont Dubai
Sheikh Zayed Rd., 971-4-332-5555, fairmont.com/dubai

 

 

 

 

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Bien que l’alcoolsoit interdit presque partout aux Émirats arabes unis, les hôtels, les bars et certains restaurants ont un permis pour en vendre aux non-musulmans. Le bar Skyview, situé dans une aile vitrée au sommet de l’hôtel en forme de voile Burj Al Arab, est l’endroit le plus spectaculaire qui soit pour siroter un verre. Réservations de rigueur pour visiter l’île de l’hôtel. 
Jumeirah Beach, 971-4-301-7600, burj-al-arab.com 

Quoi faire

Dans ce pays où l’architecture en met pourtant plein la vue, rien n’égale la splendeur éthérée de la mosquée Sheikh Zayed à Abu Dhabi : ses dômes en marbre blanc semblent luire dans la lumière du désert. Les non-musulmans peuvent en faire une visite guidée à 9 h et à 10 h du dimanche au jeudi.

 

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