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Une virée d'héliski dans les Bugaboos, en Colombie-Britannique

Ce que nous avons appris en faisant de l'héliski dans le sud-est de la provincei, avec un groupe de vieux routiers mordus de poudreuse.

D'héliski dans les Bugaboos, en Colombie-Britannique

L’hélico ralentit pour faire du surplace dans sa descente vers le glacier Vowell. Je contemple l’étendue glacée bleu et blanc. Là, entre ciel et terre, à travers le nuage soulevé par les pales du rotor, j’aperçois un groupe de skieurs traçant de souples S dans la neige, comme s’ils tressaient la blanche chevelure d’une déesse de la montagne. Je jette un coup d’œil aux sept autres skieurs à bord, tous âgés de plus de 65 ans, qui viennent ici depuis des décennies à l’occasion de la Nostalgia Week de Canadian Mountain Holidays (CMH), un rassemblement annuel de vétérans de l’héliski. Arborant un large sourire, ils m’annoncent que je vais goûter à la meilleure poudreuse de la planète. Mais, n’ayant jamais fait d’héliski, j’ai l’estomac noué, oscillant entre excitation et anxiété de performance.

Cristaux de neige et soleil font étinceler notre point de chute. Atteignant presque 3500 m, les sommets de granit des Bugaboos couronnent cette portion de la chaîne Purcell, à proximité de Radium Hot Springs, dans le sud-est de la province, depuis plus de 90 millions d’années. Bientôt, sous les crêtes dentelées qui s’élèvent parmi de vastes étendues de glace, nous dessinerons des traces dans la neige. Excités, nous chaussons nos skis et, un par un, sautons à la suite de notre guide, surfant sur la descente dans nos manteaux aux couleurs vives orange-vert-bleu, telle une enfilade de drapeaux de prières himalayens. Quand nous arrivons en bas de la pente, mes craintes se sont muées en une folle envie de recommencer.

Les Canadiens s’enorgueillissent d’avoir inventé le hockey, mais peu savent que l’héliski est aussi né au pays. Après la Seconde Guerre mondiale, Leo Grillmair et Hans Gmoser, deux Autrichiens, se sont installés à Edmonton puis à Calgary en quête de travail. Skis en bandoulière, ils occupaient leurs jours de congé à remonter et à grimper les montagnes de Banff, à la recherche de pentes inexplorées. Bien vite, ils se sont mis à faire des sorties guidées et cherchaient une remontée plus rapide. Les deux hommes ont ainsi loué un hélicoptère biplace, avant de fonder CMH en 1965, la première société d’héliski au monde à entraîner de braves skieurs sur des pistes jamais foulées. Les stations d’héliski se sont depuis multipliées dans le monde, mais avec 80 % du marché, la Colombie-Britannique demeure en tête, notamment grâce à sa célèbre luminosité et à l’abondance de neige qui tombe sur la chaîne Columbia, épine dorsale de la province.

D'héliski dans les Bugaboos, en Colombie-Britannique

Au Bugaboos Lodge (une robuste construction en bois qui s’est bonifiée au fil du temps : spa, gym, mur d’escalade et musée alpin occupent nos pauses), j’opte pour une côte de bœuf de choix et un cabernet de l’Okanagan avec les doyennes et doyens de la montagne, dont M. Grillmair lui-même. À 87 ans, celui-ci traverse d’un pas léger le vestiaire, se leste de ses bottes et raconte ses premières ascensions, récits truffés de skis abîmés, de cordes et de jambes cassées (la jambe, c’était en tentant d’impressionner des filles). Il skie encore, mais se limite à la poudreuse, plus douce sur ses vieux os.

Andy, un habitué de 82 ans, me raconte que cet hiver marque son 70e voyage ici. « Dans les années 1980, nous logions sur place, dans des caravanes. Je n’étais pas un grand skieur, mais tout le monde m’aidait. Ce qui est génial avec l’héliski, c’est qu’en une seule journée, ou en une seule descente, on se sert de tout ce qu’on a appris. » Quant à Brenda, une dame de l’île de Vancouver qui frôle les 75 ans et conduit une moto, elle se remémore ses débuts, en 1975. « La neige étincelait comme si elle renfermait des diamants. J’ai effectué 40 virages, sans croire ce que je venais de réaliser. »

D'héliski dans les Bugaboos, en Colombie-Britannique

On divise le groupe selon les aptitudes et les niveaux de difficulté recherchés ; je me retrouve avec les Powder Masters, skiant un peu plus lentement que ces casse-cous qui se jettent en bas des falaises et réapparaissent entre les arbres aux cimes enneigées. CMH nous fait attaquer des pistes baptisées Seventh Heaven, Powder Pig, Route 66 et Top of the World. Chaque matin, nous nous rendons à l’hélisurface avec nos skis « style ponton » (plus ils sont larges, mieux ils flottent sur la poudreuse), où Jeff Bodnarchuk, notre guide en chef, s’assure que nos détecteurs de victimes d’avalanche sont actifs. Il faut peu de temps pour apprendre comment on se regroupe à l’approche de l’hélicoptère, accroupis épaule contre épaule, un genou à terre pour garder l’équilibre quand l’hélico atterrit (la force du rotor peut vous faire basculer si vous n’êtes pas prêt). Je me suis aussi habituée aux pales qui fendent l’air en une multitude de sons hachurés, et au pilote qui pose l’engin à moins de 2 m de nous.

Nous nous rendons sur la crête Chalice, si large qu’il faut toute une journée pour la sillonner. J’amorce la descente doucement, question de m’échauffer les jambes. La piste plonge ensuite dans un profond dénivelé, puis s’aplanit avant d’entrer dans une aulnaie. Nos guides, Jeff, Kathy et JMac, respectivement en tête, au centre et en queue de peloton, nous font slalomer en virages serrés dans les sous-bois, puis dans les grandes étendues de poudreuse à découvert. Arrivés en bas, nous attendons notre transport pour la remontée de trois minutes, et réitérons de plus belle une douzaine de fois. À midi, les trois autres groupes nous rejoignent pour un pique-nique « téléporté ». Assis sous un pâle soleil, au pied de la Chalice, nous dévorons soupe, sandwichs, thé et biscuits. Est-ce à cause des endorphines post-descente, de l’oxygène raréfié ou de la vue époustouflante sur les pics rocailleux dressés dans la vallée au-dessous de nous ? Toujours est-il que j’ai la brève impression d’être en état de grâce.

D'héliski dans les Bugaboos, en Colombie-Britannique

Jusqu’à ce que… je chute. Un brin compétitive, je déteste ne pas être à la hauteur, mais à la fin mes quadriceps flanchent et je perds l’équilibre. Se relever après avoir dégringolé tête première dans la neige exige de l’huile de coude, à moins qu’on vous tende une main. Tous me disent de ne pas être si dure avec moi-même. À la descente suivante, je me mets à faire l’ange dans la neige… de la taille jusqu’au cou, car mes skis sont coincés sous un mètre de poudreuse. Aussi bien profiter du moment ! Andy m’aperçoit, opine du bonnet et me lance : « Ne te prends pas trop au sérieux, et tu skieras pour toujours ! » Ce mot évoque l’éternité. Pour l’heure, je rêve d’une IPA au coin du feu. À 16 h, nous revoici au chalet, entrechoquant des bocks et plongeant des pitas dans une trempette à l’artichaut. Nous trinquons au meilleur environnement qui soit. (Notez que les prix, à l’instar des pistes, donnent le vertige : de 6000 à 12 000 $ la semaine. Faire voler un hélico peut coûter jusqu’à 4000 $ l’heure. Mais pour ces mordus, le Graal du ski, comme ils disent, vaut le coût.)

Quand arrive ma dernière journée aux Bugaboos, j’ai l’impression d’avoir passé des vacances avec un groupe de sages grands-tantes et grands-oncles qui ont le tour de prodiguer pêle-mêle conseils de vie et trucs pour ma forme physique. « Quand je te suggère de maintenir tes bras à l’avant et de skier avec plus de vigueur, s’exclame Bob, 75 ans, c’est comme pour les autres sphères de ta vie : fonce ! » Perché au sommet d’un étroit couloir escarpé, Andy ajoute : « En vieillissant, tu voudras possiblement ajuster ta façon de skier, ou ralentir pour ne pas te mettre en fâcheuse position. » Puis il rechausse ses lunettes et s’élance, suivi de près par Brenda. Bob me fait un poing à poing, hoche la tête et plonge aussi. J’attends qu’il soit arrivé en bas avant d’aligner mes skis vers la piste. Je sais qu’il m’observe, alors je m’efforce d’imiter les fluides mouvements de Brenda. Mais l’aisance avec laquelle elle skie ne s’acquiert qu’après des années d’expérience et d’aventure. Je lâche donc prise et, à ma manière imparfaite, me dirige vers le groupe qui m’attend au pied de la montagne. On se tape main dans la main, et je jure de ne jamais envisager la retraite pour mes skis.


Ski faut savoir sur l’héliski

D'héliski dans les Bugaboos, en Colombie-Britannique

Voile blanc

Quand les ombres sont quasi inexistantes, on distingue mal les contrastes sur la neige, ce qui rend les vols impossibles et le ski difficile, parce qu’on ne sait plus repérer la piste sous ses pieds.

Snowbase

Ce programme informatique permet aux guides de déterminer l’accumulation de neige, la météo, les risques d’avalanche et plus encore, pour planifier les sorties matinales ou faire le compte rendu en fin de journée.

Fausse brèche

C’est ainsi qu’on appelle une fugitive éclaircie de ciel bleu lors d’une journée nuageuse. Elle incitera les héliskieurs à se précipiter dehors en un éclair.

Dénivelé total

Par temps clair, avec une belle visibilité (lorsque le pilote peut aisément vous mener n’importe où), vous pourriez inscrire 9000 m au compteur, ce qui équivaut au nombre de mètres skiés, en termes de dénivellation. Lors d’une journée à faible visibilité, vous pourriez devoir vous contenter de 1500 m.

Pesée de contrôle

Les guides répertorient le poids de chaque skieur, ajoutant 13 kg pour l’équipement, afin de répartir également le poids dans chaque hélico.


Les Bugaboos en toute sécurité

Arc’teryx

Sac de jour

Comptez sur la marque britanno-colombienne Arc’teryx pour concevoir le parfait sac à dos à porter sur les pentes sauvages de la province : courroies extérieures judicieusement situées qui permettent d’attacher skis et bâtons, pochettes intérieures d’accès facile pour saisir sonde, pelle et sifflet d’urgence.
 
Arc’teryx sac à dos Khamski 31, 280 $, arcteryx.com
 
Backcountry Access

Détecteur de victimes d’avalanche

À 335 g, ce détecteur de victimes d’avalanche (DVA) pèse moins qu’un sac de mélange montagnard et est l’un des plus légers sur le marché. Il fonctionne environ 250 heures et émet des signaux jusqu’à 55 m.
 
Backcountry Access détecteur de victimes d’avalanche Tracker3, 370 $, backcountryaccess.com
 
Backcountry Access

Pelle pliable

Un outil quasi indestructible, conçu avec le même type d’aluminium ultraléger et résistant que celui utilisé pour les cadres de vélo et les avions.
 
Backcountry Access pelle à neige B-1 EXT, 60 $, backcountryaccess.com
 
G3

Sonde d’avalanche

Si un coéquipier se retrouve enfoui sous 2 m de neige, insérez cette sonde pliable en aluminium dans la masse neigeuse là où des signaux d’un DVA indiquent une présence, pour circonscrire sa position.
 
G3 sonde d’avalanche Speed Tech, 69 $, mec.ca
 

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