Prix littéraires Radio-Canada
Je demande pardon à l’espèce qui brille
Deuxième prix, catégorie poésie.
PAR MARTINE AUDET
PHOTOGRAPHIES PAR OLGA CHAGOUTDINOVA

Née à Montréal en 1961, Martine Audet est l’auteure de plusieurs recueils de poèmes, dont Orbites et Les manivelles. Lauréate du Prix Piché de poésie de l’UQTR, du Prix de poésie Terrasses Saint-Sulpice de la revue Estuaire et du prix Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec, elle occupe depuis peu le poste de directrice de la collection poésie aux éditions de l’Hexagone.
Les œuvres qui illustrent ce poème sont signées Olga Chagaoutdinova, une artiste visuelle qui habite Montréal. En 2008, le magazine Canadian Art a inscrit celle-ci à son palmarès des 10 meilleurs finissants canadiens d’une maîtrise en arts. olgachagaoutdinova.com

Il n’y a plus au ciel qu’une flambée de fleurs sombres
Je parle avec des mains qui tremblent comme un orage
Sur le mur de l’absence les mots répètent leurs caresses
Je n’ai quant à moi que des lunes pour te dévêtir
– Parfum de l’endormie cœur cœur au long et froid –
J’abandonne les crimes que je ne commettrai pas
Quelques cordes pour la nuit resserrent les départs
Je tiens contre moi les spectres que tu admires
Deux nuages freinent le miracle d’une montagne
Je vois au fond du mystère la distance à franchir
Des globes éclatants s’exercent dans ma paume
Je demande à manger aux espoirs de toutes sortes
Un silence presque intérieur imagine ses morts
J’examine au passage les papiers d’un sentiment
Des musiques s’inquiètent d’une terre un peu molle
Je découpe à belles dents la méthode du revers
La dernière joute donne des anges en pâture
Je triche parfois avec les renoncements
Le miel des rivières est sans doute un présage
Je dégage une fraction du monde et ses danseurs
Des pensées occupent quelques centimètres de plus
Je caresse du bout des doigts la nuque des passants
Le jour s’écoule par le noir de l’enfance
Je suis tournée vers l’heure clémente
Les nuages se déchirent avec des intentions de beauté
Je lance dans les airs dix mille vieux souvenirs
Une explosion au cœur n’émet aucune image
Je surprends l’ombre où je voudrais dormir
Les arbres font des rires jusqu’à la cendre
Je suis seule et la nuit m’embrasse
Le territoire devient un propos de lumière
Je suspends mon corps aux poutres d’abandon
La neige me rappelle doucement au froid
Je ne crois pas au silence qui va suivre
Les lèvres gardent de parfaites indolences
Je guette en moi l’incision des fougères
Des arbres – tes poignets – secouent la noirceur
Je prends appui sur une prière peu coûteuse
Le désir du pire rencontre un vif succès
J’explore des routes qui en rejoignent d’autres
Les morts les plus lents succèdent à la neige
Je vais à peine voilée crever ce soir d’étoiles
Une innocence plane sur de mauvaises photos
Je nettoie soigneusement la table des matières
Un corps rebondit au centre du grand axe
Je monte à l’étage avec de pauvres gains
L’ombre de l’ombre est ma fumée
Je demande pardon à l’espèce qui brille
Articles populaires

Les meilleurs nouveaux restos canadiens 2008
Le pays a vu éclore plusieurs bonnes tables cette année. Voici les 10 meilleures de cette nouvelle cuvée.

Les meilleurs nouveaux restos canadiens 2009
Notre palmarès des 10 meilleures tables du pays.

La grande tournée des bars
Un verre après l’autre, notre vaillant journaliste vacille d’ouest en est, en quête des meilleurs bars d’hôtel au Canada.

Six heures vingt
Premier prix, catégorie poésie.

Sonam
Premier prix, catégorie récit.
- Publicité -