Prix littéraires Radio-Canada
Je demande pardon à l’espèce qui brille
Deuxième prix, catégorie poésie.
Dans l’épaisseur des roses ce pas est un vertige
Je saisis aux cheveux l’insomnie de ton nom
Des accessoires maintiennent le vide à l’écart
J’observe devant moi l’inconnu qui prend place
Des arbres restent suspendus à leurs nombres
Je ne sais pas qui trompe le mieux la fin de l’été
Chaque pétale chaque tige n’est qu’un pourquoi
Je me pose sur ton dos pour rejoindre la mer
Les os de mes rêves agrandissent les étoiles
Je saute les mots qui recèlent trop de blanc
Des paroles exigent plus de silence encore
Je n’échappe pas aux natures éternelles
Des matins choisissent les mille dangers du poème
Je prépare un piano qui n’atteint pas la crête
Les chevaux se retirent sans hâte des nuages
Je suis l’ordre des jours pour faire quelque chose
La lumière tombe comme une pierre plate
Je me réveille souvent au milieu des ébauches
Ouvrir les yeux soulève plusieurs vides
Je coupe les branches qui dépassent du sommeil
L’écriture demeure lisse en prévision du froid
Je soigne mes dimanches pour attirer les chiens
Le fruit offre la chair aux orgues difficiles
Je réponds à l’enfant qui me demande mon nom
Un petit banc reçoit la bénédiction des clartés
Je glisse une pièce dans la fente du poème
– Oh le beau visage oblique dans ma paume –
Je peux vouloir trembler ou répéter la faute
L’image qui précède invente l’image
Je laisse derrière moi un corps liquide et propre
Une main passe dans le fin pelage de l’attente
Je remplis des verbes d’aiguilles et de tempêtes
– Les yeux que tu fermes sont purs chemins –
Je vais sans abois ni cirque d’espérance
La lumière joue plus fort de ses entraves
Je reviens souvent aux visions de mai
Une montagne se dérobe à toute éternité
J’attends que se révèle l’odeur des lilas blancs
La beauté est poignante dont je mesure la perte
Je déroule l’impossible comme une langue
Le plus violent de l’orage fait tout juste l’affaire
Je tombe sans bruit où tombe un paysage
Une allumette se frotte à d’improbables résistances
Je choisis des animaux qui fondent sous la langue
L’expérience agace mais noircit du papier
Je nage sans y croire au-dessus des merveilles
Ton doigt parfume les meilleures perspectives
Je bats le réel d’une petite longueur
L’éphémère n’emporte rien des miroirs des écailles
Je termine les étoiles d’une pensée commune
Des retards pour mourir me servent de leçon
Je trie les éclats qui remontent à la surface
L’air à présent est chaud et rassembleur
Je n’ai pas toujours le silence qu’il faut
Quelques lignes s’élancent tant bien que mal
Je tiens compte du temps qui refuse de bouger
Des parenthèses des tirets jonchent la chambre
Je prends par la taille un besoin d’air frais
La forêt comme les lacs passent au mensonge
Je rencontre souvent ta beauté prochaine
Laisser battre les cœurs est peut-être une audace
Je ferme un nom pour finir mon verre
Le malheur tarde à chiffrer ses embâcles
Je m’assois sur un banc avec d’autres figures
Des mots se tuent n’importe où ailleurs
Je n’arrive jamais au seul don de l’écoute
Des séries ou des lois retiennent leur souffle
Je détache de l’os les mèches courtes les falaises
Quelques fines bandelettes protègent les infinis
Je parle dans la rue pour épuiser ma langue
Le sommeil s’encombre de trop de vérités
Je perds en mer l’exemple de tes mains
Un sac contient les fumées noires du premier jour
Je corrige la trajectoire des systèmes éphémères
Les chiens mordent jusqu’au-dedans du cœur
Je déplace mes fatigues pour en faire des neiges
Ton bras prolonge l’indifférence du chemin
J’éprouve parfois l’envie de toucher terre
La table est dressée d’humides feuillages
J’agite contre le vent les livres animés du pardon
Les éclats les abîmes découpent dans mes rêves
J’emmêle toutes les beautés afin que le train passe
Des voix se joignent à tes oiseaux soudains
Je prends l’envers d’un mot pour une explication
Chaque soleil forme d’infimes jardins
Je tiens ferme l’instant qui me regarde naître
Un x ou une fleur d’eau pousse dans mon cou
Je balaie les cendres à l’entrée du royaume
La sirène d’un séisme me retrouve entière
Je descends l’escalier d’une très douce fin
Des éclairages anciens donnent le coup de grâce
Je réponds à des questions où tu n’existes pas
Un bon nombre de corps n’admettent aucun pôle
Je n’ai besoin que d’un poème coupé en deux
La volonté de détruire survit aux déguisements
Je me nourris d’enfances perdues en mer
Le dernier mot d’une phrase suffit pour disparaître
Je ratisse des murmures au long des longs cils
D’imposants dictionnaires épousent un paysage
Je me couche où personne n’attend plus rien
Une série de lunes déjà pique la glace
Je fatigue mon cœur à prétendre au réel
Des fragments empêchent le corps de brûler
Je ne sais quel effroi engendre l’ellipse
Une question de lumière passe la nuit à lire
J’attends d’un chagrin qu’il répande ses alcools
Le vide soudain se retourne comme un gant
Je deviens plus intime quand la terre me recueille
Une porte se ferme sur des décors presque vides
Je calque au noir des glaces la suite du poème
Le cœur remue déjà moins bien que la lumière
Je passe la tête entre les barreaux d’une absence
Des arbres m’abandonnent à l’idée du mouvement
J’invente la nuit ne sachant comment finir
Il n’y a plus au ciel que des crochets pour les naufrages
Je coupe le son qui affole les insectes
La lumière fouille au corps des floraisons
Je vis à présent dans la chambre des cendres
Être souvent s’ajoute aux pierres
Je suis si près de l’amour
Où regarder encore ?
Members du Jury
MEMBRES DU JURY - RÉCIT

Il a publié une vingtaine de livres et remporté plusieurs récompenses, dont les prix Athanase-David et Guillevic.


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Les opinions exprimées par l’auteur ne reflètent pas nécessairement celles d’enRoute, de Spafax ou d’Air Canada. Certains lecteurs pourraient s’offenser du contenu du texte.
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Photos : Raymonde April 2000 (Geneviève LETARTE), Jean-François Gratton (Michel RIVARD), Maryse Dubois (Martine Audet)
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