Voyage
L’Éden retrouvé
Lors d’un éco-voyage au Costa Rica, notre journaliste constate que tout n’est pas perdu dans un des derniers paradis sur Terre.
« Je dois mettre mon lézard Jésus à l’eau », me dit mon fils Cormac, 7 ans, trimballant le reptile qu’il vient d’attraper. Son « lézard Jésus-Christ », ainsi nommé parce qu’il peut courir à la surface de l’eau, a coulé à pic. (Erreur sur la personne : c’était en réalité un anole terrestre.) Le lendemain, Cormac a trouvé un gecko. La queue de l’animal lui est restée entre les mains (un mécanisme de défense) et frétillait toujours tandis que le gecko filait dans la jungle méditer sur les grandeurs et misères de l’écotourisme en attendant qu’elle ne repousse.
La forêt humide représente une synthèse de l’écologisme et de ses échecs, et je souhaitais que mes enfants en fassent l’expérience directe en guise d’antidote à la civilisation. Pour un garçon de 7 ans, la civilisation, c’est accéder au sixième monde de Super Mario Bros. sur une console Nintendo. Pour ma fille de 12 ans, Justine, c’est regarder Le match des étoiles. Or la forêt tropicale est un univers éminemment sensoriel composé de moiteur et de luxuriance, de puissance et d’indifférence, comme l’a si bien décrit Gabriel García Márquez dans Cent ans de solitude, de sauterelles colossales et de cafards volants de 20 cm, de matières en décomposition ou en croissance, où tout rappelle le caractère éphémère de la vie. C’est du moins ce que j’y ai contemplé.
Mes enfants, eux, y ont vu un terrain de jeu fabuleux peuplé de fougères géantes, d’aras rouges et de singes-araignées. En débarquant du bateau, au superbe Playa Nicuesa Rainforest Lodge, ils ont aussitôt repéré un caïman de 2 m à demi submergé dans un lagon près de la plage, occupé à mâchouiller une noix de coco.
« Est-ce que ça s’apprivoise ? » demande mon fils.
Justine sort son appareil photo et s’approche de l’animal. « Chérie, je ne crois pas que... », dis-je.
« Ça va, papa », répond-elle en mitraillant son sujet.
« C’est parce qu’on ne sait jamais ce qu’ils... »
« S’il bouffe Justine, on peut le garder ? » suggère Cormac.
Dès 6 h le lendemain matin, nous partions à la pêche au vivaneau. Le Soleil chauffait déjà et à l’horizon s’attroupaient quelques pâles nuages. La ligne de ma fille s’est soudain arquée, et elle a sorti une carangue crevalle. Quelques minutes plus tard, Cormac attrapait un thazard atlantique. Au bout d’une heure, nous avions zéro vivaneau mais cinq prises qui ont été apprêtées par le chef de Playa Nicuesa, qui s’autosuffit en ressources alimentaires.
Dans l’après-midi, nous avons visité la réserve faunique Santuario Silvestre, le long de la côte. Une centaine de dauphins à long bec bondissaient en cadence autour du bateau. À la réserve, un singe-araignée marchait debout, les jambes arquées comme un vieux cow-boy ; les singes-araignées et les singes hurleurs folâtraient tandis que les capucins, des omnivores à l’intelligence vive, sautaient comme des cabris dans leurs cages.
« Il faut les tenir enfermés sinon ils dévorent les autres singes », explique Earl Crews, ex-négociant de San Francisco émigré au Costa Rica depuis 12 ans, qui dirige le sanctuaire avec sa femme, Carol. « Ces capucins sont futés. On m’a raconté des cas de piraterie routière. Un singe s’avance sur la route, le conducteur s’arrête : “Oh, comme il est mignon”. Il sort, lui donne à manger. Pendant ce temps, trois autres singes sautent dans l’auto et chipent tout ce qu’ils trouvent, nourriture, portefeuilles, téléphones, clés... »
Deux aras rouges traversent le ciel. « On en comptait jadis un million au Costa Rica, dit Earl. Il n’en reste plus que quelques milliers. » Ce dépeuplement est attribuable au commerce florissant des perroquets, mais en partie aussi à l’exposition au DDT utilisé par certaines des sociétés fruitières et à la perte d’habitat résultant de la déforestation.
Le Playa Nicuesa Rainforest Lodge, alimenté à l’énergie solaire, est un luxueux complexe qui a l’environnement à cœur : l’établissement versera un don égal au vôtre à la campagne Osa, appuyée par Nature Conservancy, pour protéger la péninsule. En plus du yoga sur la plage, des randonnées en forêt et des excursions de pêche, on organise des voyages en bateau vers le refuge faunique Santuario Silvestre, tout près.
Golfo Dulce, Golfito, 866-504-8116, nicuesalodge.com
L’hôtel Lapa Rios Ecolodge, dans la péninsule d'Osa, offre 16 chaumières dotées de planchers en bois, de douches extérieures et de vues exceptionnelles. Le complexe est situé près de certaines des meilleures plages où surfer au Costa Rica, sans compter les sentiers pour les randonnées pédestres et équestres. Renseignez-vous sur la promenade nocturne.
Playa Carbonera, 506-2-735-5130, laparios.com
À 15 minutes de l’aéroport international Juan Santamaría, les villas de l’hôtel Finca Rosa Blanca Country Inn, dignes de Gaudí, surplombent les volcans, les forêts montagneuses et la plantation de café bio de l’hôtel. L’excellent restaurant propose une cuisine des plus simples composée en grande partie de produits de culture biodynamique, achetés auprès d’une coop locale.
Santa Bárbara de Heredia, 506-2-269-9392, fincarosablanca.com
Les installations du téléphérique Pacific Rain Forest Aerial Tram, près de Jacó, au bord de l’océan Pacifique, accueillent un jardin médicinal et une exposition de serpents. Du côté de l’Atlantique, le service propose de visiter la canopée et de parcourir en tyrolienne quelque 90 hectares en bordure du Parque Nacional Braulio Carrillo.
866-SKY-TRAM, rfat.com
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Sonam
Premier prix, catégorie récit.
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