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Une virée végane à Las Vegas

À Vegas, tout est plus grand que nature, même la scène gastronomique végétalienne.

Las Vegas

L’excès est roi (ou président ?) à Las Vegas, l’oasis du désert Mojave aux margaritas sans fond et aux burgers de 225 g garnis de macaroni aux six fromages. Les autres fois où j’y suis allée, pour des congrès, des voyages de presse ou les noces d’amis quétaines, le chemin des brunchs de côtes de bœuf et de gaufres au poulet était pavé de bonnes intentions. Mais cette fois, j’y suis par choix et je me réjouis : Las Vegas est devenue excessivement végane.

Voulant tout goûter, sitôt dans ma voiture de location, je tape Pizza Company dans Waze. Cette pizzeria (où petits pains à l’ail avec sauce ranch végétalienne = miam !) joint les rangs de la beignerie culte Ronald’s Donuts, du Panacea (au burger végétalien à deux étages haut de 25 cm) et de bien d’autres restos pour omnivores qui nourrissent désormais (à satiété) les végétaliens. Selon le magazine VegNews, Las Vegas est la neuvième ville végane des États-Unis, mais au contraire de Los Angeles ou de Portland, on n’y met pas l’accent sur la santé. C’est le versant décadent du végétalisme ; ici, le rôle principal des légumes est d’imiter les plats- réconfort américains les plus frits et hyperglucidiques. Après tout, qui vient à Vegas pour des smoothies verts ?

C’est peut-être à Steve Wynn qu’on doit cette vague végane : le magnat féru d’alimentation végétale exige un menu végétalien dans tous les restos des établissements Wynn et Encore. Précisant être végétalienne à l’hôte du buffet du Wynn, je suis traitée en rock star, avec présentation par le chef en personne des nombreux plats pour herbivores au menu et boule de beurre végétal pour mes petits pains au romarin et au citron. Des entreprises locales comme Vegans, Baby poussent aussi les restos à offrir des mets végétaliens… et à Vegas, s’il y a un acheteur, tout le monde est vendeur. Pas étonnant que 152 restos végétaliens soient à ce jour répertoriés sur le site HappyCow.

Las Vegas végane

À pied, dans la foule de joyeux buveurs diurnes, faire les 2,5 km du Strip entre le Luxor et le Flamingo peut prendre des heures. Il est toutefois possible d’apercevoir un semblant de vie quotidienne dans cette ville étalée et cuite au soleil à moins de 10 minutes en voiture de Las Vegas Boulevard. Les bonnes choses (bref, la bouffe) se trouvent ici dans les mails, telle la minichaîne de service à l’auto Vege-Way (le pendant végétalien d’In-N-Out Burger), où six voitures font la queue quand j’y passe un mardi. La dense et juteuse boulette aux 10 ingrédients, dont soja, chou et riz (et une pincée de muscade ?), trône sur un pain brioché grillé sans œufs, mariage idéal de moelleux et de croquant, badigeonné de mayo. Et le poulet popcorn : ciel ! De petites boules dodues de pâte frite élastique autour de tendres et savoureuses pépites à base de soja.

Perchée sur mon tabouret à la grande table en bois de grange du VegeNation, dans le quartier branché des arts du centre-ville, à 15 minutes du Strip, je hume les effluves des assiettes de mes voisins : bonjour, tacos aux jaquiers. Je me suis creusé l’appétit à faire le tour des galeries et à côtoyer dans maintes friperies de jolies filles à lunettes, sans soutien-gorge et arborant des tatouages de bon goût ; on jurerait Williamsburg ou le Mile End, à Montréal. Hésitant pour la suite, je débute par les petits pains Bao Wow, divins et douillets nuages au cœur sucré-salé de tofu vapeur et de shiitakés sautés. Je me décide pour un bol de gnocchis façon timbale de poulet, un régal de petits pois éclatant sous la dent, de carottes croquantes, d’oignons translucides et de lamelles de champignons de Paris s’ajoutant aux tendres boulettes de pomme de terre et aux cubes fibreux de « poulet » à base de soja en sauce crémeuse (mais pas trop riche, vu sa base au chou-fleur). Le bonheur.

Je ne saurais dire ce qui m’a réveillée à 4 h avec l’envie d’aller au casino de l’hôtel (j’ai gagné 284 $), mais je sais que le brownie dévoré ensuite en regardant Bob l’éponge dans mon très grand lit m’a permis de fêter mes gains de riche façon. Je l’avais pris pour emporter il y a quelques jours à la fabrique végétalienne de brioches à la cannelle Cinnaholic et l’avais oublié au minifrigo. Avec son épaisse croûte chocolatée craquante de cristaux de sucre et son cœur de fudge fondant, c’est une métaphore de ma relation avec cette ville surréaliste : il m’a fallu 10 ans pour faire une brèche, mais maintenant que je suis en plein péché, je ne veux plus partir.

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