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Au-delà de South Beach: Pourquoi visiter les quartiers artistiques de Miami

Dans les quartiers mouvants de Miami, tout est possible : gratte-ciels instantanés, restos mobiles végétaliens, art vaudou… même des licornes.

Je fréquente Miami depuis 1987. D’une fois à l’autre, tout y est si différent que ça me rappelle un des premiers surnoms publicitaires de la ville : Magic City (hop, transformation !). Bien sûr, vu sa longue et pittoresque histoire riche en barons de la finance et en trafiquants, la « magie » peut aussi être une allusion au pouf ! des capitaux de placement partant en fumée. Mais pour un visiteur dont le principal souci est l’humidex, il y a plus que jamais à explorer loin du phare aveuglant qu’est South Beach.

Faena Miami

De la façade au salon, la faune et la flore abondent au Faena Hotel, à Miami Beach.

Mid-Beach : Faena Arts District

Depuis son inauguration en novembre 2015, on a dit du Faena Hotel de Miami qu’il était prestigieux, fastueux, extravagant et outrancier, et je suis plutôt d’accord. Ma position s’explique : je suis sur la banquette centrale du Pao, le resto à voûte dorée de l’hôtel, juste sous le piédestal où se dresse une licorne d’or de 6,5 millions de dollars sculptée par Damien Hirst. J’ai en main le cocktail maison, The Myth (vodka Absolut Elyx, noix de coco, ananas, gingembre et liqueur de cerise), servi dans un gobelet à tête de licorne que j’ai peine à soulever. Bientôt viendra une entrée, l’Unicorn, un pudding de maïs sucré grillé et d’oursin servi dans son test à piquants.

Aussi élevés que soient les prix au Faena Hotel (à 25 $, le cocktail se sirote lentement), ma dépense est dérisoire à côté du 1,2 milliard de dollars déjà investi dans le Faena Arts District. Repensé par le promoteur argentin Alan Faena, le projet vise à transformer six pâtés de maisons du quartier Mid-Beach de Miami, en pleine expansion dans les années 1950 mais délaissé depuis. L’idée a fonctionné à Buenos Aires, où Faena a revalorisé avec succès une zone portuaire désaffectée, Puerto Madero, au début des années 2000.

Cette fois, le plan est encore plus grandiose. C’est évident sous le soleil d’après-midi, alors que je fais le tour avec ma guide pour tout ce qui touche Faena, Julia Kaufmann, une jeune Germano-Brésilienne élancée parlant cinq langues. Occupant les deux côtés de Collins Avenue entre les 32e et 36e rues, le Faena Arts District est prêt à accueillir hôtels somptueux, condos de luxe, boutiques haut de gamme et restos fabuleux, ainsi qu’un centre d’arts signé Rem Koolhaas, qui érige aussi un stationnement aérien dernier cri (le deuxième stationnement d’un starchitecte en ville, après celui de Herzog & de Meuron sur Lincoln Avenue). Faena, qu’on ne voit qu’en complet et chapeau blancs, appelle ce style d’aménagement « alchimie urbaine ». Les propriétés sont à divers stades d’achèvement : les marteaux--piqueurs creusent, les grues hissent. Quelques touristes passent, en route vers la plage ou pour reluquer un peu plus loin le Fontainebleau (où le début de Goldfinger a été tourné), l’une des rares attractions de Mid-Beach avant que Faena ne s’y installe.

Oursin et pudding au mais

Oursin et pudding au maïs forment un couple surprenant au restaurant Pao.

Nous passons devant les Faena Park (le stationnement), Faena House (les condos) et Faena Forum (le centre d’arts) en chemin pour le joyau qu’est le Faena Hotel (oui, les sept édifices portent le nom de Faena). Alors que nous montons les marches de l’entrée, un univers de luxe nous attend : le hall d’entrée, qui n’a rien de banal, est une « cathédrale » avec colonnes dorées à la feuille et huit murales pleine hauteur, également truffées de feuilles d’or. Mes yeux cherchent le plus célèbre résident de l’hôtel, le gigantesque mammouth doré de Damien Hirst situé sur la plage (un vrai squelette de mammouth, trempé dans l’or). Et eurêka, je l’aperçois, luisant au soleil dans sa cage vitrée tout au fond de la cour, créature d’outre-temps prête à être domptée avec une perche à égoportrait.

L’hôtel offre bien plus: les chambres, toutes rouge et bleu ; le Library Lounge, avec ses livres anciens et son velours rouge ; le théâtre, habillé sur les conseils de Baz Luhrmann d’une couleur que j’appellerais rouge Moulin Rouge (sauf qu’il s’agit d’une teinte appartenant exclusivement à Faena), où un spectacle de cabaret intitulé C’est Rouge mêle des éléments du Cirque du Soleil, de Cats et d’Esther Williams ; le service spécialisé de majordomes ; et j’en passe. Je soupçonne toutefois que je ne suis pas le seul chez qui le mammouth a fait la plus forte impression. Il n’y a pas à dire : c’est une destination géante.

Wynwood Yard, Miami Beach

Depuis une dizaine d’années, Wynwood aligne les projets.

Midtown : Wynwood Yard

Puis il y a Wynwood. Cet ancien désert urbain (pauvreté écrasante, chômage massif) est devenu depuis 10 ans le Wynwood Arts District, de riches visionnaires et Art Basel ayant ouvert la voie. À ma dernière visite, en 2010, il était déjà mondialement connu. Artistes et galeries ne pouvaient plus se permettre les loyers du coin, et les connaisseurs parlaient de son apogée au passé. Il restait pourtant des zones douteuses, vestiges du no man’s land d’avant. Aujourd’hui, un samedi après-midi, le coin est une trépidante zone commerciale en plein air, aux murs couverts de graffitis. Des barbus maigrichons poussent des landaus près de papas nourris au grain du Midwest ; adeptes véganes du yoga et femmes au foyer à bout magasinent côte à côte sacs à main recyclés et lunettes équitables ; bien sûr, chacun veut un smoothie, un latte, une bière artisanale. Reste que l’énergie est indéniable, peu importe qu’on qualifie le tout de revitalisation cruciale ou d’élitisation honteuse. (Le débat est d’actualité dans cette ville aux prix immobiliers parmi les plus élevés et aux salaires parmi les plus bas des États-Unis. D’ailleurs, quelques minutes à bavarder dans la file pour un jus pressé à froid m’apprennent que chaque côté a ses partisans.)

Mortar & Pistil, Miami

Rencontre à ciel ouvert au Mortar & Pistil à Wynwood Yard.

Peu ont plus d’enthousiasme que Della Heiman, dont je fais la connaissance au Wynwood Yard, un carrefour de restos mobiles ouvert en novembre 2015. Munie d’un MBA de Harvard, celle-ci a visité 100 adresses avant de louer quatre lots qui sont devenus une pépinière de cuisines éphémères. « Mon but était de rendre le végétalisme  plus ludique», dit-elle alors que j’engloutis un bol de dalé, plat d’inspiration mexicaine avec haricots noirs, riz brun, fromage aux noix de cajou et salsa verde. Me retournant pendant qu’elle parle à toute vitesse, je cligne des yeux dans le soleil et distingue quatre restos mobiles, un bar appelé Mortar & Pistil, un salon de thé en plein air délabré mais étrangement élégant et une talle de fines herbes. L’ensemble du Wynwood Yard est vert et un peu bancal (dans le bon sens du terme), et je me promets de revenir pour une de ses fêtes.

King Serge, Little Haiti, Miami

King Serge fait monter une murale à Little Haiti.

Nord-Est : Little Haiti

À la Yeelen Gallery, Karla Ferguson est heureuse de me montrer ses dernières rénos. Ex-avocate en droits civils, Mme Ferguson avait une galerie dans Wynwood avant de s’installer dans Little Haiti en 2011. Me sachant canadien, elle me montre une œuvre de Tim Okamura, d’Edmonton, qui aime peindre Afro-Américains et autres minorités dans des cadres urbains. « La commercialisation est la principale raison pour laquelle j’ai quitté Wynwood, déclare Mme Ferguson, originaire de Jamaïque. Tout tournait autour de la fête : les jeunes venaient pour boire, pas pour réfléchir. » La mission de sa galerie, me dit-elle, est de raconter des histoires de la collectivité, des immigrants haïtiens ayant fui Papa Doc dans les années 1960 aux militants LGBT et contre la brutalité policière d’aujourd’hui.

Yeelen Gallery, Miami

Karla Ferguson, de la Yeelen Gallery, partage les histoires de la collectivité.

Non loin se trouve le vaste atelier du célèbre peintre et sculpteur Edouard Duval-Carrié. Conteur d’humeur facile, celui-ci a vécu dans de nombreuses villes, dont Montréal, avant de s’établir à Miami il y a 15 ans. Tandis qu’il me montre des œuvres sur lesquelles il travaille (une grosse tête en papier mâché qu’il vient de terminer ; une toile inspirée du panthéon vaudou africain qui représente en partie, suggère-t-il, l’innocence du dieu des guérisons), nous parlons de la transformation du quartier. Quand il y a emménagé, il a dû s’opposer aux bulldozers et à l’expulsion ; maintenant il est célèbre, ainsi qu’un ambassadeur de la collectivité. Et l’évolution se poursuit. L’autre jour, raconte-t-il, un architecte et une équipe de jeunes spéculateurs sud-américains avec « des sommes colossales » sont venus, ayant acheté 13 ha dans Little Haïti. « Ils disent avoir à cœur l’intérêt de la communauté, dit-il en souriant. Mais qu’en est-il vraiment ? »

Ma première impression romantique de Miami remonte aux années 1980, à une table en terrasse à l’hôtel Edison d’où je zyeutais au soleil le beau monde et la scène art déco de South Beach qui s’apprêtait à éclater. Cette fois-ci, lorsque je tente de rouler sur Ocean Drive à partir de South Pointe, je suis coincé dans un bouchon, j’avance de trois rues en 10 minutes, puis je renonce. Certains rêves ont la vie dure, les licornes n’existent pas vraiment et on ne peut enfermer la magie dans une bouteille. Mais à Miami, ça n’empêche pas les gens d’essayer. Les voir échouer ou prendre leur envol fait partie du plaisir.

Nouveaux horizons : Leah Arts District

À 30 minutes de South Beach, Hialeah est une ville ouvrière à forte population cubano-américaine qui s’est ouverte aux arts : alors que dans Wynwood les prix immobiliers s’envolent, le Leah Arts District est une zone subventionnée où les artistes peuvent vivre et travailler. « On a toujours ri de Hialeah, mais les jeunes comme moi, la deuxième génération, veulent en être fiers », déclare ma guide JennyLee Molina alors que nous longeons en voiture des rangées d’entrepôts et de magasins couverts de murales graffitées par des artistes tels Trek6 et Kazilla. « On ne voulait pas être encore le dindon de la farce, alors on a attiré les meilleurs artistes de rue qu’on a pu. »

Le cœur de ce mini-Wynwood de 10 rues est le Flamingo Plaza, prisé pour ses friperies, ce qui, à l’instar des fêtes de quartier, est un bon indice d’une zone prometteuse. Autour du Flamingo Plaza poussent espaces de travail, ateliers et au moins une microbrasserie (Unbranded), qui devrait ouvrir l’an prochain.

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