Voyage

Les États partent en pop

Ville natale d’Andy Warhol, Pittsburgh prend la place qui lui revient au cœur de l’Amérique pop.

Par David McGimpsey
Photos par Dan Monick

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Photos de Dan Monick; (Football) Reanna Evoy

Je m’approche du Heinz Field, stade des vénérés Steelers de Pittsburgh, habillé de pied en cap aux couleurs de l’équipe adverse. Le temps est frais, mais le soleil brille, ses reflets sur l’Allegheny faisant rutiler tous les ponts jaunes qui rayonnent du centre-ville. Un peu in­quiet des mauvais traitements auxquels je m’ex­pose en débarquant en terre des Steelers af­fu­blé de l’uniforme des Giants de New York, je fends la foule de fiers-à-bras occupés à faire la fête et à caler des bières Iron City dans le sta­tionnement envahi d’une épaisse fu­mée de sau­cisses polonaises grillées. Si certains insinuent haut et fort que mon costume leur rappelle les tenues d’entraînement de Richard Simmons, la plupart des gens me sou­haitent sim­plement bonne chance. Un type m’of­fre même de partager son steak de gibier ma­riné, « di­rect de la montagne », comme il m’ex­plique en relatant sa partie de chasse.


Le Pop Art est né de choses aussi simples que la lueur de l'enseigne Equitable Gas qui trône sur le South Side de Pittsburgh.

Au confluent de trois rivières à l’ouest de la Pennsylvanie, Pittsburgh est une ville ouvrière, chargée d’imagerie prolétaire. Ce n’est pas pour autant la sordide métropole désindustrialisée qu’on pourrait imaginer. Malgré sa taille, ses quartiers ont des airs de petite ville, bourdonnant d’une fièvre estudiantine qui rap­pelle Boston ou Austin. Le siège des Steelers et du ketchup Heinz a également vu naître le personnage de « Rosie la Riveteuse » et le presque aussi fictif Andy Warhol. C’est la capitale de la culture populaire américaine. Bien que le pop art et ses innovations soient aujourd’hui associés à la vie mondaine new-yorkaise, ses origines sont plus visibles sur les éta­gères des magasins de la ville natale de Warhol que dans les lumières stroboscopiques du défunt Studio 54. Le pop art est né dans les couleurs vives et les lignes attrayantes des pro­duits commerciaux, dans des choses aussi simples que la forme d’une bouteille de ketchup ou la lueur de l’enseigne Equitable Gas qui trône sur le South Side de Pittsburgh.

Même si les aciéries ont toutes fermé leurs portes et que la ville s’est re­nip­pée avec une profusion de nouveaux bars à martini, Pittsburgh goûte plus la bonne soupe Campbell que l’interpréta­tion que Warhol en a donnée. Fidèle à ses modestes origines ou­vriè­res, elle est le cœur palpitant de la culture américaine à l’état pur. Au-delà d’un bar qui annonce carrément « les meil­leurs bloody mary en ville », on peut y trouver toutes les bonnes cho­ses de la vie : confiseries, magasins de jouets, kiosques à gy­ros… et l’assurance que tout est meilleur avec du ketchup Heinz. Je pars allègrement à la découverte de la ville que George Washington baptisa Pitts-boro, mais qui reste pour moi le meilleur endroit où savourer un sandwich au poisson de 500 g.

Votre appréciation de l’expo que le Senator John Heinz History Center consacre au ketchup Heinz dépendra de votre ca­pa­cité à écouter en boucle Anticipation, de Carly Simon. Moi, je trouve cet endroit tout à fait inspirant. Saisi d’une fringale de fri­tes aussi impérieuse que les envies de jarres à biscuits de Warhol (collectionneur passionné d’objets kitsch), je quitte ce sanc­tuaire de la tomate et sors marcher, en cette pre­mière journée de mon séjour, dans le fameux Strip District, où une zone de restos et de marchés improvisés a poussé parmi les anciens entrepôts et docks fluviaux. Armé d’une pile de vieilles bédés de Lassie dénichées à Eide’s Entertainment (un im­mense hangar rempli d’antiques bédés, livres, disques et ar­ti­cles de collection), je passe goûter la vraie saveur de Pittsburgh au resto d’origine de la chaîne Primanti Bros.

Cette sandwicherie a depuis longtemps popularisé la tradition culinaire (connue des Belges de longue date) qui consiste à servir les frites dans le sandwich. Génial. Tout en trempant dans la célèbre sauce tout usage de Heinz quelques frites tombées dans l’assiette, je planifie mon prochain re­pas. De­puis des mois, je rêve d’une visite chez Wholey’s, un gros­siste alimentaire célèbre pour ses sandwichs au poisson. Il faut sa­voir que les sandwichs au poisson sont une religion dans la val­lée de l’Ohio depuis l’époque où le vendredi était jour mai­gre, et que les meilleurs sont ceux de Wholey’s. D’où ma com­munion au bien nommé Whaler (« le baleinier »), un colossal pain à sandwich débordant de monumentales tranches de pois­son frit qui suffirait à nourrir une famille de quatre… ou un fan des Steelers. Décidément, je suis au pays des petits bonheurs.

 

Je me réjouis en secret de ce que personne n’a encore inventé un cocktail à base de ketchup.

Je suis convaincu qu’appartenir à la classe ouvrière ne se voit pas à la crasse sous nos ongles, mais plutôt à notre pro­pension à invectiver un écran de télé. En soirée, je sors renouer avec cet aspect de mes origines dans le South Side, de l’autre côté de la rivière Monongahela, plus précisément dans les boîtes de nuit d’East Carson Street. Je regarde les matchs de fin de soirée dans quelques tavernes pennsyl­va­nien­nes aussi classiques qu’ini­mitables, comme le White Eagle Inn, avec son bar en fer à cheval et son juke-box hip-hop, et le McArdle’s Pub, avec son bar en fer à cheval et son vidéo­bowling. J’en profite pour inspecter la vaste panoplie de temples dédiés aux ailes de poulet et aux pichets de bière grâce aux­quels la vie vaut la peine d’être en­du­rée, pour finir dans la cha­leur et la suavité d’un bar au dé­cor exotico-polynésien où l’on est allé jusqu’à mettre au point un drink inspiré des Joyeux nau­fragés. Accoudé au bar, je me réjouis en secret de ce que per­sonne, à ma connaissance, n’a encore inventé un cocktail à base de ketchup.

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Publié: 1 juin 2009.

Pittsburgh

Sis dans le Fulton Building, édifice centenaire restauré avec soin, le Renaissance Pittsburgh et son hall niché dans un atrium de 9 m de haut redonnent brillamment vie au passé. Et l’hôtel est si près du Heinz Field qu’on pourrait presque assister à un match des Steelers depuis certaines de ses chambres.
107 6th St., 800-468-3571, marriott.com

Pittsburgh

Nulle virée gourmande n’est complète sans un Whaler de chez Wholey’s… ou tout autre délice mitonné par un de ces restos populaires.

Doubleday’s Famous Burgers 121 6th St., 412-281-3653
Fat Head’s Saloon 1805 E. Carson St., 412-431-7433,
fatheads.com
Max’s Allegheny Tavern 537 Suismon St., 412-231-1899
Original Hot Dog Shop 3901 Forbes Ave., 412-621-7388
Primanti Bros 46 18th St., 412-236-2142,
primantibros.com
Wholey’s Fish Market 1711 Penn Ave., 888-946-5397,
wholey.com

Les œuvres iconinques de l’Andy Warhol Museum sont branchées à même le courant pop de Pittsburgh, tout comme les hallucinantes installations interactives du Mattress Factory. Pour revenir sur terre, ajoutez une visite du musée Heinz à votre itinéraire.

Andy Warhol Museum 117 Sandusky St., 412-237-8300, warhol.org
Mattress Factory Museum 500 Sampsonia Way, 412-231-3169,
mattress.org
Senator John Heinz History Center 1212 Smallman St., 412-454-6000,
pghhistory.org

Retombez en enfance dans la foule de confiseries, de magasins de jouets et de librairies de bédés en ville.

Betsy Ann Chocolates
, plusieurs adresses,
betsyann.com
Eide’s Entertainment 1121 Penn Ave., 412-261-0900,
eides.com
Fudgie Wudgie 2306 Penn Ave., 877-998-0388,
fudgiewudgie.com
Groovy! Pop Culture Emporium 1304 E. Carson St., 412-381-8010,
groovypop.com

La construction du Heinz Field, domicile des Steelers, a nécessité 11 000 t d’acier, en hommage aux célèbres aciéries de Pittsburgh.

100 Art Rooney Ave., 412-323-1200,
steelers.com

 

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