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Los Angeles à vélo

Laissez le volant et empoignez un guidon pour mieux saisir Los Angeles à 15 km/h.

Groupe de cyclistes pédale dans Griffith Park

Un groupe de cyclistes pédale dans Griffith Park, un lieu prisé pour ses parois rocheuses et ses points de vue. (Photo : Brad Torchia)

Le ruisseau Ballona serpente sur 10 km dans le sud-ouest du comté de Los Angeles, et à vélo sur la piste cyclable qui le longe je découvre la ville et son quotidien de l’intérieur : des filles qui jouent au basket sur les terrains derrière la Culver City High School ; les arrière-cours des Mar Vista Gardens, un ensemble de logements publics des années 1950 sillonné de cordes à linge ; un couple âgé déjeunant sur une terrasse idéale à l’ombre des palmiers (bonjour, maison de rêve). Le ruisseau s’élargit, l’air devient plus salin, la berge de ciment se fait envahir par les arbustes et la végétation. Dans la zone humide de Ballona, un grand héron décolle à mon passage et je me retrouve soudain entourée d’eau : à ma droite, Marina del Rey, le plus grand port de plaisance artificiel au monde ; à ma gauche, le ruisseau Ballona (qui fait presque 100 m de large ici) ; droit devant, le Pacifique dans son immensité. Je pédale vers l’océan jusqu’à un virage serré pour une passerelle enjambant le ruisseau, où je fais une pause. Mangeant une orange assise sur un parapet, je jouis du soleil matinal et d’une pointe d’autosatisfaction : 20 km avant le déjeuner, pas mal. Un autre cycliste s’arrête et me salue de la tête. Détail sympa : à L.A., tous les cyclistes vous saluent ou vous demandent comment ça va. Le mec lit dans mes pensées : « Il n’y a pas de meilleur endroit, pas vrai ? »

Quelques jours plus tôt, survolant l’agglomération durant la descente vers LAX, je n’aurais jamais cru voir la ville à une échelle aussi humaine. (Et le terrain plutôt plat est une autre heureuse surprise.) Explorée sur deux roues, la célèbre mégalopole se résout en collectivités distinctes reliées par un groupe croissant de cyclistes tenaces, 350 km de nouvelles voies cyclables, l’odeur omniprésente du café frais et plus de boutiques de beignes que j’aurais cru.

Neutra VDL Studio and Residences

On plante le décor aux Neutra VDL Studio and Residences, à Silver Lake.

Sur place, ma première halte est au Wheelhouse, un tout nouveau café-boutique et centre communautaire axé sur le vélo, situé dans l’Arts District, le quartier à l’ouest du centre-ville nommé en l’honneur de la classe créative qui a repris et transformé ses bâtiments industriels décrépits dans les années 1970. Les proprios de ce nouveau repaire branché sont Chase et Tami Spenst, dont les grands sourires trahissent leurs origines du Midwest. À son arrivée à L.A. il y a 10 ans, ce jeune couple a trouvé difficile de s’adapter à la culture automobile de la ville, mais se mettre au vélo ici n’a pas été facile non plus. Avant, « seuls les maniaques se déplaçaient à vélo. CicLAvia a tout changé », me dit Chase. L’événement, inauguré en 2010 et inspiré du Ciclovía de Bogotá, lors duquel des rues de L.A. sont fermées aux voitures et ouvertes à tout le reste, a créé un espace pour les cyclistes et rappelé aux résidents que le vélo était une option. Chase et Tami se sont donc remis en selle, apprenant du coup à mieux connaître (et aimer) L.A. « Ce n’est plus un désert de béton, explique Chase. Désormais, je vois plutôt 88 villages agglomérés. Et puis, c’est presque impossible d’être de mauvaise humeur à vélo. »

T-shirt de les Los Angeles Wheelmen

Les Los Angeles Wheelmen parcourent le sud de la Californie depuis 1945.

Voilà un avis que partage Art Palacios, propriétaire-exploitant de LA Cycle Tours, mais peut-être pas ses parents. « Ils ne comprennent pas vraiment mon entreprise. Pour eux, on fait du vélo entre le boulot et la maison. Pourquoi en faire par plaisir ? »

Art devrait leur faire faire une de ses excursions. Nous passons l’après-midi à rouler au centre-ville, cet ancien no man’s land qui connaît un énorme renouveau depuis 10 ans. Notre sortie est un voyage dans le temps, débutant près d’Olvera Street, dans la plus vieille partie du centre-ville, où nous faisons une boucle autour de la plaza du Pueblo de Los Ángeles, pour se terminer dans South Park, un nom si nouveau qu’Art affirme qu’il ne veut rien dire pour ses parents. Pour eux, ce quartier s’appelle « le marécage », un terme si parfait pour un roman noir qu’il me semble entendre Philip Marlowe me murmurer d’une voix saccadée de le rejoindre là-bas à minuit.

Tami et Chase Spenst, au Wheelhouse, dans le Arts District.

Ça roule avec Tami et Chase Spenst, au Wheelhouse, dans le Arts District.

Nous passons le plus clair de notre temps dans l’Arts District, telle une toile tridimensionnelle de 1,5 km de largeur que nous sillonnons en tous sens, de stationnements en ruelles. En chemin, Art indique de jolies œuvres crues d’artistes de rue d’ici et d’ailleurs : les paysages couleurs de sorbet de Kim West ; les façades aux teintes saturées de pierreries de la légende locale Risk ; la Peace Goddess de Shepard Fairey qui domine le quartier du mur au-dessus de la boutique-­phare de la marque locale de design Poketo. Au coin de 7th Place, Art s’arrête net et désigne une porte de garage ouverte : « C’est le studio de Retna. » Il parle à voix basse, tant par respect que par discrétion : l’artiste, dont l’écriture caractéristique peut être vue aux Wynwood Walls à Miami, dans la campagne 2013 de Louis Vuitton et sur la boutique Nike de Las Vegas, n’aime pas trop les voyeurs. Fascinés, nous l’observons, de l’autre côté de la rue, peindre ses immenses lettres noires (mi-hiéroglyphes, mi-caractères gothiques, avec une touche d’arabe et d’hébreu) tandis que les autos filent sur Santa Fe Avenue comme si de rien n’était.

Des fanas de vélo se réunissent tous les mercredis pour l’événement hebdomadaire L.A. River Camp Coffee

Des fanas de vélo se réunissent tous les mercredis pour l’événement hebdomadaire L.A. River Camp Coffee.

Un après-midi, je roule vers l’est sur Sunset Boulevard, non loin du magasin d’électronique où travaillait Elliott Smith. Près du réservoir qui donne son nom au quartier de Silver Lake, la pente de plus en plus raide me ralentit, mais c’est une série de merveilles rétromodernes qui freine mon élan. Abandonnant mon vélo (et toute bienséance), je zyeute les luxueuses propriétés : tout n’est que fenêtres, formes rectilignes, terrasses panoramiques et toits en porte-à-faux. Ces collines abritent la Neutra Colony, ensemble de 10 bijoux d’architecture, tout poutres et verre, signés Richard Neutra entre 1948 et 1962. Érigées discrètement sur ce tronçon de Silver Lake Boulevard, ces maisons constituent un musée d’architecture de calibre mondial. On trouve aussi dans certains coins de l’Arts District des œuvres d’artistes de rue émergents ou illustres, mais on passe à côté si on roule à plus de 15 km/h.

Rayons solaires

Rayons solaires.

Sous un ciel rose et pourpre flamboyant, je sors rouler à l’aube dans Koreatown. Après une chaîne déraillée et quelques culs-de-sac, j’atteins la piste cyclable du fleuve Los Angeles et file vers le Sunnynook River Park, point de rencontre de la bande du L.A. River Camp Coffee, un groupe de mordus de cyclisme et de café qui se réunit chaque mercredi matin. Je ralentis quand je vois trois gars qui plissent les yeux sous leur casquette de vélo, attirail à café à leurs pieds. L’un des trois dit : « Tire-toi une roche », avant de passer aux présentations : « Moi, c’est Ray. Et voici Ray et un autre Ray. » Ray no 1 blague, mais le mal est fait. Ray no 2 m’offre du café (chacun est censé apporter le sien, mais je me fie à la bonté de ces étrangers ; au moins, j’ai ma tasse) tandis que Ray no 1 me tend un quartier d’orange « bio cueillie ce matin » et que Ray no 3 explique que d’habitude il y a plus de monde à cette heure. Sur ce, un barbu roule jusqu’à nous. Ray no 3 : « Voici notre valeureux chef. »

Art Palacios de LA Cycle Tours se sent pousser des ailes

Lorsqu’il est question de vélo, Art Palacios de LA Cycle Tours se sent pousser des ailes.

C’est Errin Vasquez, cerveau de ce rendez-vous depuis deux ans. L’idée lui est venue lors d’une virée de VPS au Minnesota, une année en mars. Dans cette excursion, cet Angelin d’origine a particulièrement aimé la pause-chocolat chaud dans un relais pour motoneigistes : ralentir, s’arrêter, prendre le temps. De retour sur les berges du fleuve Los Angeles, 5, 10, 20 cyclistes arrivent, tous partants pour une pause, que ce soit avant d’attaquer une éreintante montée dans Griffith Park ou de se rendre au travail. Tout ce beau monde se mêle dans un amalgame naturel de lycra et de tenues urbaines, discutant de balades passées, de blessures nouvelles ou de rendez-vous de la veille, tandis que j’adopte une nouvelle devise de vie lue sur un autocollant apposé sur la bouteille d’eau d’une participante : « Pas de Garmin, pas de règles. » Deux des Ray parlent des sorties offertes par la myriade de clubs cyclistes en ville, dont beaucoup accueillent les visiteurs : le Wolfpack Hustle aime se donner à fond, le Sins and Sprockets vise le plat, le mollo et le pépère, et le Passage Ride sort le cyclisme des sentiers battus (avec tunnels, escaliers et collecteurs d’eaux pluviales à la clé). En repartant pleine de suggestions de restos et de trajets, j’entends Ray no 1 dire au groupe : « Merde, faut juste rouler. » Je n’ai pas le contexte, mais n’en ai pas besoin.

Quatre roues motrices : Los Angeles vue depuis Griffith Park

Quatre roues motrices : Los Angeles vue depuis Griffith Park. (Photo : Brad Torchia)

À mon dernier soir en ville, tous les adages cyclistes appris ces derniers jours me reviennent en tête quand une crevaison et un cellulaire à plat conspirent à me gâcher la soirée. Mais après une petite rustine d’un étranger (le cyclisme fait vraiment ressortir le meilleur des gens) et une brève recharge dans un IHOP, je ne tarde pas à foncer sur la voie cyclable désignée de Venice Boulevard, distançant le bouchon de circulation. Et je roule vite ; c’est euphorique. À cette allure, avalant les kilomètres, je dompte la mégalopole. Filant à côté des voitures, j’entends des bribes d’une bande sonore typique de la Californie du Sud : Sublime, Red Hot Chili Peppers, Guns N’ Roses. Un monsieur en débardeur assis avec style sur son siège banane me demande si je passe une belle soirée et me recommande un resto de burgers sur Fairfax. « Oui, il n’y a pas de meilleur endroit, me dis-je. Et je suis d’excellente humeur. » À L.A., merde, faut juste rouler.


Équipé pour rouler

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