Plus tôt cette année, Karl Lagerfeld a repoussé les frontières du concept de la mode aéronautique en présentant la collection printanière de Chanel à bord d’un faux avion de luxe de 250 places. Les hôtesses de haut vol habillées par le grand couturier à l’imagination fertile portaient des ensembles incarnant le raffinement suprême des années 1960 dans toute la palette des bleu ciel. Les créations du défilé étaient sans commune mesure avec les sobres uniformes qu’endossent aujourd’hui les agentes de bord canadiennes, car dans l’environnement professionnel d’un véritable avion, la haute couture doit céder sa place au sens pratique. Il n’en demeure pas moins que mode et travail peuvent faire bon ménage. Comme baromètre d’une époque, c’est une image qui vaut mille mots.

1938

En 1930, une fois que l’avant-
gardiste Ellen Church convainquit Boeing Air Transport de l’embaucher comme hôtesse de l’air, cette infirmière de l’Iowa enrôla sept de ses collègues. Pour souligner leur professionnalisme, on procura aux Original Eight de sévères uniformes, avec une cape en laine aux poches assez profondes pour contenir un tournevis et une clé à main (indispensables pour arrimer au plancher les sièges des 
passagers !). Manifestement, ces premiers uniformes respiraient la fonctionnalité et traduisaient l’esprit industrieux de l’aviation de l’époque.

Quelques années plus tard, l’utilitarisme prime au moment de l’embauche des Canadiennes Lucile Garner Grant et Pat Eccleston par TCA. Le dynamique duo était habillé d'un tailleur à deux boutons en gabardine de laine conçu par Mme Grant et fait sur mesure par le couturier le plus réputé de Vancouver. Dans le temps, le transporteur affirme qu’une hôtesse de l’air doit évoquer pour les passagers « une bonne fille plutôt qu’une femme fa­tale ». Strictement professionnels, ces costumes ne sont ni féminins ni aguichants. Mme Grant dessinera aussi le prochain uniforme officiel des agentes de bord de TCA : un ensemble jupe et tailleur bleu marine avec blouse blanche, ou chandail au cou pour les temps froids, avec gants blancs assortis. Comme les jeannettes, les hôtesses étaient toujours prêtes. D’ailleurs, leur sac de bord était pourvu de l’improbable contenu Alka-Seltzer, cigarettes et allumettes !

1941

Durant les années de guerre, c’est Tip Top Tailors qui concevait et fabriquait les uniformes des hôtesses, 
lesquels adoptent un look de plus en plus militaire. Le fonctionnel règne en maître : bleu marine en hiver, gris en été. Conformément aux exigences de l’époque, les hôtesses participent à l’effort de guerre et ne portent pas de bas : le nylon étant rare, il servait d'abord et avant tout à la fabrication des parachutes.

Après avoir servi dans le Corps 
de santé royal canadien pendant la 
Seconde Guerre mondiale, Maxine Bredt (qui, à 92 ans, réside maintenant à Hudson, au Québec) a travaillé à TCA comme hôtesse de l’air de 1946 à 1949. Elle se rappelle affectueu­sement une jeune passagère qui allaitait. Alors que les voyageurs et membres de l’équipage débarquaient de l’avion en Islande, le bonnet de Mme Bredt a été emporté sur la piste par un violent coup de vent. Tout en continuant d’allaiter, la maman courut sur l'aire de trafic pour rattraper l’objet volant identifié. La nonagénaire a conservé son bonnet en souvenir de ses années de service, lorsqu’elle réconfortait avec du thé et des biscuits ses passagers blancs comme des draps dans les zones de turbulences.

1953

Au cours des années 1950, alors que le voyage en avion se démocratise, les postes d’agentes de bord se multiplient et, grâce à l’optimisme ambiant, on véhicule une image raffinée et énergique de la fonction. Bien qu’il n’y ait jamais eu de pénurie de jolies jeunes femmes sveltes pour briguer le poste, il n’en reste pas moins que ce n’était pas un boulot de tout repos. Comme le raconte Dorothy Rye Horton, hô­tesse à Air Canada en 1954-1955 : « Il nous fallait suivre les directives et toujours porter une gaine. Les filles de­vaient avoir l’air élancé dans leur tunique-cardigan bleu marine (bleu plus pâle, l’été) sur une jupe droite. »

Avec l’éveil des années 1960 se dessine un nouvel intérêt pour la mode. L’Italien Emilio Pucci marie le pop et le ludique en concevant un casque rond en plastique servant à abriter les coiffures des hôtesses par temps venteux. Ce look futuriste s’inscrit dans le courant de design moderne qui déferle alors.

En 1964, Air Canada demande à Michel Robichaud, couturier québécois formé à Paris (très en vogue, il habillait la princesse Grace de Monaco et Elizabeth Taylor), de redorer le blason de ses 700 agentes de bord. Sous le signe de l’élégance sobre, ses costumes gris-vert (dont les jupes trapèzes conféraient une liberté de mouvement) étaient taillés dans un lainage ingénieusement traité pour prévenir l’électricité statique. Seuls bijoux, un discret insigne d’Air Canada sur le chapeau et une petite broche au cou, signés par le joaillier Maurice Brault de Montréal, qui comptait la reine mère parmi sa distinguée clientèle. Air Canada décrira le chic de cette tenue en ces termes : « L’élégance sans prétention d’une jeune fille habillée pour une sortie au restaurant. »

1969

À la fin des années 1960, le féminisme prend du galon. Cette nouvelle ère d’émancipation va de pair avec un penchant pour la mode avant-gardiste. On injecte alors des couleurs vives dans la garde-robe des membres d’équipage féminin : veste croisée rouge pompier, l’hiver ; imperméable léger, bleu électrique, l’été. Les « minirobes » trapèzes (pas si minis, seulement un brin au-dessus du genou), déclinées en rouge ou en bleu ou encore en blanc éclatant, font un peu penser à Cardin ou à Courrèges.

1973

En 1973, Air Canada (souscrivant à l’égalité d’accès à l’emploi) encourage davantage l’individualité en proposant à ses agentes de bord des tenues agencées : un uniforme rouge, bleu, blanc, brun ou beige de 51 éléments, qui permettaient jusqu’à 300 combinaisons vestimentaires, œuvre du couturier montréalais Léo Chevalier, qui déclarait : « Il m’a toujours semblé injuste que des milliers de femmes soient confinées à une seule tenue. » Le climat jovial des années 1970 bat son plein, et, avec l’arrivée des Boeing 747 dans le parc aérien d’Air Canada, certaines agentes de bord embrassent des tenues plus flyées : pantalons à pattes d’éléphant soyeux, vestes et châles rose pâle ou bourgogne défilent sur le pont supérieur en même temps qu’on y offre champagne, caviar et cocktails et même quelques pas de danse. En 1978, le style des uniformes est de nouveau simplifié, en parallèle avec l'arrivée en plus grand nombre d'agents de bord masculins.

2012

En 2004, la designer Debbie Shuchat s’inspire de la haute couture rétro pour concevoir l’uniforme toujours en vigueur aujourd’hui à Air Canada. Et si on s’amusait à imaginer le look de demain ? Étant donné que le personnel de bord se retrouve sous toutes les latitudes, pensons à des tenues quatre-saisons thermorégulatrices… Ou encore, pour éviter l’excédent de bagage en cabine, imaginons un seul uniforme, autonettoyant, confectionné en néotissus qui changeraient de textures et de couleurs ! En matière de tenues de vol futuristes, il est facile de laisser libre cours à l’imagination. Regardez Karl Lagerfeld.

Pour consulter d'autres grands moments de l'histoire d'Air Canada, visitez 75.aircanada.com.