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Remai Modern, le nouveau musée d’art à 85 millions de dollars de Saskatoon

La nouvelle galerie moderne de Saskatoon abrite 405 gravures sur linoléum de Picasso et espère bien devenir une des meilleures destinations au monde où admirer l’Art indigène.

Remai Modern

Boîte d’art : rendu de l’édifice moderne signé Bruce Kuwabara. (Rendu : gracieuseté du Remai Modern)

L’odeur au sous-sol de la Mendel Art Gallery est un mélange (étourdissant, mais pas désagréable) de peintures, de vernis, de métaux et de bois, parfums qui ne représentent qu’une fraction des plus vastes réserves d’art public de Saskatoon. La plupart des 7500 œuvres de la galerie reposent dans des cercueils en bois gros comme des berlines, isolés, matelassés, bouclés, empilés et prêts à partir. Une radieuse toile d’Alex Janvier est destinée au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa. Un Lawren Harris s’en va à Toronto. Mais la quasi-totalité fera un saut par-delà un coude de la rivière Saskatchewan Sud jusqu’à son immense nouvelle demeure, le Remai Modern, musée d’art à 85 millions de dollars paré à devenir le MoMA du Canada une fois inauguré en octobre.

C’est du moins l’audacieux espoir de son directeur fondateur, Gregory Burke, qui m’a invité à visiter ce qui est peut-être déjà l’édifice le plus emblématique de Saskatoon. (Avant même que débute sa construction, le bâtiment signé Bruce Kuwabara a reçu en 2011 un prix d’excellence du magazine Canadian Architect.) J’y vais à pied en 15 minutes depuis la Mendel (maintenant fermée) pour rejoindre M. ­Burke, qui porte un t-shirt où « The End of the World » est écrit en texte inversé à lire avec un miroir. Burke me fait visiter le volume vitré en porte-à-faux qui se serre contre son voisin, le Persephone Theatre. Le plafond de 12 m en chêne blanc renvoie l’écho feutré de perceuses et de mètres à ruban qui se rembobinent, et des ouvriers à gilet orange mettant les touches finales portent des plinthes de 3,7 m sur chaque épaule. Le résultat final sera un fin hommage aux Prairies : un empilement plat et long de boîtes ressemblant à d’anciens silos-élévateurs couchés, avec des murs vitrés donnant une stupéfiante sensation d’ouverture. Une grande partie du Remai est composé d’espaces libres, dont un atrium commun se déployant autour d’un énorme foyer.

Gregory Burke

Gregory Burke, directeur du Remai Modern, qu’on inaugure le 21 octobre. (Photo : gracieuseté du Remai Modern)

Nous gravissons un long escalier où est gravé le mot « Bienvenue » dans les six langues des Premières Nations en Saskatchewan. Selon M. Burke, un Néo-Zélandais à la voix douce, le Remai (prononcez Rémi) souhaite être une destination mondiale de premier plan en matière d’art autochtone, qu’il veut inscrire dans le continuum de l’art contemporain international au lieu de le confiner dans les galeries. M. Burke garde le secret sur les expos inaugurales, mais annonce la première canadienne d’une rétrospective de l’artiste cherokee Jimmie Durham ainsi qu’une présentation controversée du maître plasticien Thomas Hirschhorn. (Les explicites méditations de Hirshhorn sur la censure, commandées pour le site web du Remai, ont déjà beaucoup choqué.) La seule constante du Remai sera une vitrine de 405 linogravures de Picasso, la plus grande collection au monde, offerte par la philanthrope éponyme Ellen Remai.

Alors que les expos étaient souvent des expédients à la Mendel (vu sa taille insuffisante, ses ascenseurs inadéquats et sa climatisation déficiente), le Remai est un musée ultramoderne à température contrôlée et au budget conséquent, capable de présenter à peu près tout ce qui s’est fait au siècle dernier. Beaucoup voient Saskatoon comme un lieu aberrant où établir le plus important centre d’art contemporain du pays (quasi cinq fois plus grand que le Museum of Contemporary Art Toronto Canada, dont l’ouverture est prévue au printemps 2018). Mais M. Burke, un ex-vidéaste qui a marqué de son empreinte la prestigieuse Govett-Brewster Art Gallery en Nouvelle-Zélande, voit une parenté entre les deux. «  La Saskatchewan est née dans le modernisme du xxe siècle », me dit-il alors que nous nous trouvons au quatrième étage, devant un panorama de Saskatoon et de sa promenade riveraine rénovée (naguère un dépôt de charbon). « Elle est devenue une province au moment où Picasso commençait à explorer le cubisme. » Le grand artiste devrait donc être à l’aise dans cette institution de 12 000 m2.

Remai Modern l'atrium

Point de rencontre : l’atrium accueillant du musée. (Rendu : gracieuseté du Remai Modern)

Qu’une ville de 250 000 habitants croie qu’elle pourra faire tout ça témoigne de sa confiance en soi. Saskatoon est à troquer ses couleurs rurales et socialistes. C’est encore une ville délicieusement débrouillarde pleine de gens d’action, oui, mais aussi de fonceurs et de yuppies ouvertement capitalistes. Un nouveau désir des petits plaisirs de l’existence est en évidence dans Riversdale, un ancien quartier moche qui abrite aujourd’hui boutiques de déco et bars à jus sur lesquels donnent les grandes fenêtres du Remai.

Plus tard, M. Burke m’invite à l’Ayden Kitchen & Bar (un des Meilleurs nouveaux restos canadiens de 2014) pour des plats consistants et des conversations animées avec des artistes telle Marie Lannoo, ravie d’avoir enfin une institution assez grande pour abriter les rêves artistiques de Saskatoon. « La ville semble arrivée à maturité », me confie Mme Lannoo. Avec sa délicate blouse rayée à la Beetlejuice et ses enfilades de bracelets, elle se démarque comme une boutique Prada dans un champ de blé. Mais cette peintre abstraite originaire d’Ontario vit ici depuis plus de 40 ans et rêvait de ce moment. « C’est quelque chose qu’on sentait se préparer. Les gens sont maintenant prêts à renoncer à ce qu’ils auraient pu avoir dans un grand centre pour semer quelque chose ici. Ce n’est pas la taille qui compte ; c’est l’étincelle. » Côté population, sans doute, mais en matière d’ambition, la taille compte bel et bien. Et à en juger par le Remai, les arts visuels dans cette ville sont en voie de laisser une empreinte durable.

950 Spadina Cres. E., Saskatoon, remaimodern.org

 

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