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Quoi faire à Varsovie en Pologne, capitale tendance

Entre un bar dans un ancien monument soviétique et les enseignes lumineuses de l’ère de la guerre froide du Neon Muzeum, Varsovie assume de brillante façon son rôle de capitale.

les architectes Marta Frejda et Michał Gratkowski à leur resto, Serwus.

Bouchées doubles : les architectes Marta Frejda et Michał Gratkowski du studio MFRMGR remettent la zapiekanka au goût du jour à leur resto, Serwus. (Photo : Gunnar Knechtel)

Vodka tonic à la main, j’enchaîne les courbettes pour rejoindre les fêtards vêtus de jeans filiformes, de vestes déconstruites et de lunettes surdimensionnées qui se déhanchent énergiquement au son de la musique électronique. Tout ça est parfaitement normal (on est vendredi soir, après tout), sauf que la piste de danse est décorée de fresques néoclassiques, de lustres et de colonnes de marbre qui inspireraient normalement à parler à voix basse plutôt qu’à faire la fête et à commander un autre verre. Cette soirée tonitruante a lieu au Bar Studio, un des clubs fréquentés par les jeunes professionnels de la ville, qui occupe une aile du Palais de la Culture et de la Science de Varsovie, reliquat de l’architecture socialiste réaliste de l’ère soviétique. « Cadeau » de 3288 pièces offert par Staline au peuple polonais (mais réalisé à leurs frais), l’immeuble déchire l’horizon avec sa tour coiffée d’une plus petite ornée d’une horloge que l’on peut entrevoir aux quatre coins de la ville. Des magistrats ont songé à le camoufler en construisant des gratte-ciels tout autour, mais faire disparaître une tour de 42 étages est loin d’être évident. Au lieu de ça, on y danse aujourd’hui toute la nuit, sorte de revanche sur l’époque difficile de sa construction.

le musée de l’Histoire des Juifs polonais

Le musée de l’Histoire des Juifs polonais est une fenêtre sur le passé de cette communauté. (Photo : Gunnar Knechtel)

Je me réveille péniblement le lendemain et peste contre ma dernière vodka tonic de la veille. J’aurais pu chercher longtemps mon hôtel : l’immeuble restauré, perdu au milieu d’une rue bordée de restos et de bars du quartier historique ´Sródmie´scie, est plus que discret. Ne comptant que quatre « chambres » (d’immenses appartements dotés de parquets originaux de la fin des années 1910 et de hauts plafonds que j’arrive à contempler une fois que j’ai trouvé mes lunettes), l’Autor Rooms est une rareté dans cette ville où toute propriété privée a été réquisitionnée et subdivisée en minuscules logements après la Seconde Guerre mondiale. Bien qu’il tranche avec le bar d’hier, l’endroit témoigne de la même réalité : celle des lieux chargés d’histoire que la nouvelle génération de Varsoviens rend excitante à visiter. Même avec une légère gueule de bois.

le Palais de la Culture et des Sciences ; le déjeuner est servi au bar Charlotte.

Gauche à droite : Le déjeuner est servi au bar Charlotte; véritable tour de force, le Palais de la Culture et des Sciences s’élève à 237 m dans le ciel de Varsovie 

« Il y a ici un désir de transformer ce qu’on a jadis imposé au peuple, pour en faire quelque chose de vivant », lance Lucy, la gérante à l’accueil, en me servant pain frais, twaróg (un fromage blanc plus proche du cottage) et gruau de millet, un mélange énergisant qui me met d’attaque pour la journée. Je termine mon café en arpentant la salle à manger lumineuse, où je repère plusieurs clins d’œil à l’âge d’or du design polonais des années 1950 à 70. Récupérée à la bibliothèque nationale, une ancienne horloge se dresse tout près de chaises ovales en velours vert ayant appartenu au Grand Hotel (maintenant le Mercure). C’est sans compter les portes françaises dotées de panneaux en miroir qui décuplent l’espace et reflètent les bâtiments voisins. En les regardant de cette façon, j’ai l’impression de me trouver devant une courtepointe de styles architecturaux.

Musée et cie.

En haut à gauche, puis dans le sens horaire : Les tubes de l’heure au Neon Muzeum ; derrière le rideau se cache l’atelier de la boutique Thisispaper ; un coin du quartier Praga ; l’entrée du Musée de l’Histoire des Juifs polonais.

Au détour d’un entrepôt en brique rouge du quartier Praga, je constate qu’un autre pan de l’histoire est mis en lumière. Ce coin jadis négligé porte maintenant le surnom de Soho Factory, inspiré à la fois de la renaissance du quartier new-yorkais et du célèbre studio d’Andy Warhol. Ici, anciennes usines de motocyclettes, cartoucheries et salles des machines abritent aujourd’hui galeries d’art, firmes d’architecture et ateliers de création de mode. Mon regard se pose sur de gigantesques lettres formant le mot « Hermes » (non pas la marque de luxe mais celle d’un ancien magasin à rayons) appuyées contre la façade du Neon Muzeum, où un guide m’explique que la photographe Ilona Karwi´nska et le graphiste David S. Hill y exposent une centaine d’enseignes lumineuses créées surtout à la fin des années 1950. À l’intérieur, j’arpente les allées sombres de ce hangar éclairé uniquement par les néons multicolores imaginés par les meilleurs designers, architectes et chimistes à une époque où, faute de pouvoir ouvrir ses frontières, la Pologne faisait voyager l’imaginaire en utilisant les néons commerciaux comme moyen d’expression artistique. Encore aujourd’hui, l’effet se fait sentir : les noms exotiques se succèdent ici et là, un Szanghaj rose fluo me transportant en Chine tandis que la police de caractères western du Restauracja Ambasador me donne subitement envie de revoir un film de Sergio Leone.

Jakub Sobiepanek et Michał Włoch et l’église de Tous les Saints.

Gauche à droite : En recréant le fauteuil RM58, Jakub Sobiepanek et Michał Włoch font leur place dans le monde du design ; une statue du pape Jean-Paul II devant l’église de Tous les Saints.

En traversant le parc Rydza-Śmigłego, sur la rive ouest de la Vistule (le fleuve qui sépare la ville en deux), je tends l’oreille pour essayer d’entendre l’écho lointain de la musique qui émerge du Syreni Śpiew, l’un des bars les plus prisés en ville (ça tombe bien, le nom signifie « chant de la sirène » en polonais). De loin, on dirait un bloc de béton qui flotte dans le paysage. À l’intérieur, les murs plaqués bois et les ampoules à filament nues (modernité oblige) qui pendent du plafond lui donnent un petit air de cale de bateau.

auto de police et Serwus

Gauche à droite : Une ancienne voiture de police, place de la Constitution; Conçu pour évoquer les étals des marchés polonais, le Serwus est un resto qui a du chien. (Photo: Gunnar Knechtel (Serwus))

C’est la première fois que je visite un bar avec la mission d’essayer une chaise. Et pour ne pas rater mon coup, je m’y prends avant l’ouverture : pendant que les employés terminent leur mise en place pour la soirée, je m’installe près de la fenêtre dans un RM58, un fauteuil monocoque aux formes arrondies d’un noir luisant. Quelques minutes plus tard, Jakub Sobiepanek et Michał Włoch me rejoignent et s’assoient littéralement sur ce qui a fait leur réputation. En 2012, les deux partenaires de la firme Vzór ont commercialisé ce fauteuil iconique, imaginé par Roman Modzelewski pendant la guerre froide, en le recréant à partir d’un des croquis originaux. « La Pologne est l’un des plus importants exportateurs de meubles au monde, mais elle est surtout reconnue pour la production d’autres grandes marques comme Vitra ou Ikea, me dit Jakub. Nous voulions redonner leurs lettres de noblesse aux ouvriers et créateurs polonais en lançant des objets comme ce fauteuil. » Au fur et à mesure que le bar se remplit d’une foule jeune au style impeccable qui investit rapidement le plancher de danse, nous nous calons de plus en plus dans leurs fauteuils. Heureusement, ils ne sont pas que design ; ils sont aussi plutôt confortables.

Le quartier historique de Varsovie

Gauche à droite : Après la Seconde Guerre, le quartier historique de Varsovie a été reconstruit en copie-conforme à l’original ; l’architecture contemporaine du Złota 44 contraste avec celle de son voisin, le Palais de la Culture et des Sciences.

La conversation m’a creusé l’appétit et je quitte Jakub et Michał pour aller prendre une bouchée au Solec 44, croisement entre une salle de jeu sans prétention et un resto de haute cuisine. Il faut de l’œil pour repérer ce resto adjacent au chemin de fer. Je grimpe finalement un escalier et Aleksander Baron, graffiteur devenu figure de proue de la nouvelle cuisine polonaise, m’accueille avec sa partenaire Katarzyna Federovicz. Le chef doit sa réputation à son utilisation d’ingrédients provenant de petits producteurs locaux (une façon de faire novatrice à Varsovie) avec qui il fait lui-même affaire, n’hésitant pas à parcourir le pays en entier pour trouver la farine parfaite ou le fromage idéal, comme le chèvre Łomnicki, qu’il se procure près de Jelenia Góra, à la frontière tchèque. Je prends place à l’une des tables tandis que mes voisins goûtent une mise en bouche composée d’un jaune d’œuf intact délicatement sauté dans la graisse d’oie, puis carbonisé et servi comme un macaron. À l’arrière, quatre clients boivent une bière à de grandes tables en se disputant une partie de Kraków 1325 AD, un jeu de société dont l’objectif est d’imposer sa loi dans la capitale polonaise du Moyen Âge. Quant à moi, pour affronter le regard de mon entrée, une tête de carpe accompagnée de beurre fumé que vient de me servir Baron, je prends une seconde gorgée de Młody Ziemniak Vineta 2014, une vodka subtile, aux notes terreuses et riches, faite de jeunes pommes de terres provenant de la Podlachie, à la frontière avec la Biélorussie et l’Ukraine. Comme si Baron jouait à Iron Chef, la carpe est l’ingrédient secret du menu dégustation de ce mois-ci ; on la retrouve donc dans tous les plats jusqu’au dessert. À ce stade, la dégustation de vodkas de Katarzyna me donne assez de courage pour non seulement envisager le caviar de carpe frit accompagné de miel de framboise et de lichen des rennes, mais aussi pour en redemander.

Le Neon Muzeum

Au pied de la lettre devant le Neon Muzeum dans Soho Factory.

En rentrant à l’hôtel, j’aperçois au loin l’horloge du Palais de la Culture et de la Science qui trône sur la ville tel un énorme gâteau de mariage. Je réalise alors que la seule façon de ne pas la voir, c’est de grimper au sommet. Je passe l’une des massives portes de l’immeuble et je monte dans un minuscule ascenseur manœuvré par une employée à l’air austère. Au sommet, sur l’immense terrasse qui cercle l’édifice baigné de lumière verte, la ville entière s’offre à mon regard. Il y a l’église Saint-Augustin, ultime rescapée du ghetto de Varsovie après la Seconde Guerre, où d’innombrables immeubles se dressent désormais au-dessus des ruines. Il y a aussi la tour Złota 44 de l’architecte américano-polonais Daniel Libeskind qui, fière comme une torche olympique, semble défier le Palais. Après quelques minutes à regarder la ville briller dans le vent, il est temps de regagner le bar du premier étage, où la fête bat son plein encore une fois ce soir. à supposer qu’elle ait jamais cessé de battre. 


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