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Une randonnée à Hong Kong : les meilleurs sentiers nature en ville

En périphérie du brouhaha de la métropole, découvrez une campagne en voie de réensauvagement.

La plage de Long Ke

Endroit idéal pour la pêche et l’apnée, la plage de Long Ke fait des vagues.

«Si on va trop vite ou que vous avez besoin d’une pause, dites-le », insiste Miriam Lee, à quelques pas devant, alors que nous gravissons un escalier soigneusement dallé de pierre. Je pèse le pour et le contre dans mon esprit vidé par l’effort : d’un côté, je suis en vacances, en mauvaise forme et pas pressé ; de l’autre, je suis un Canadien, un intrépide du dimanche qui hisse ses sacs dans les Rocheuses et la chaîne Côtière en été. Je ne vais pas prier des citadins hongkongais de ralentir pour souffler. Nous continuons donc notre pénible ascension et bientôt les broussailles et arbustes se raréfient de chaque côté du MacLehose Trail, sentier hongkongais de 100 km, et une pagode se profile. « On va sûrement s’arrêter ici », me dis-je. « Selon lui, on devrait continuer », lance Mme Lee en parlant de notre guide, un dénommé Tom. (Celui-ci refuse de me révéler son nom de famille ou de poser pour une photo, s’étant éclipsé du boulot.) « Il y a une plus belle vue là-bas. »

MacLehose Trail

Une partie du MacLehose Trail s’étirant sur 100 km.

Bien sûr, Tom a raison. Après la pagode, la crête que nous suivons se met à descendre en serpentant jusqu’à un promontoire rocheux flanqué de plages désertes aux eaux bleues. Nous faisons halte pour admirer le paysage, à peine le temps de laisser passer un groupe de touristes japonais en casquettes à couvre-nuques battant au vent. Après 20 autres minutes de descente, nous foulons le sable de Long Ke. D’environ 250 m de large, c’est la plus grande des deux plages vues tantôt. Des campeurs ont planté une tente (la plage est un des 13 sites de camping le long de ce sentier qui traverse d’est en ouest les Nouveaux Territoires), et des randonneurs d’un jour piqueniquent sous les pins en gardant un œil prudent sur un taureau sauvage qui traîne dans le coin. Environ 500 bovins sauvages errent dans ce parc boisé. « Ils descendent du bétail de fermes abandonnées », m’explique Mme Lee. Taureau ou pas, j’enlève bottes et vêtements, sauf mon caleçon, et entre dans le clapotis des vagues. L’onde est fraîche et limpide, libre des déchets qui flottent sur les plages du delta de la rivière des Perles, à l’ouest. Mais le plus épatant, c’est que, dans cette cité-État notoirement saturée de 7,5 millions d’habitants, je suis le seul à l’eau.

Une marche en famille au Plover Cove Country Park

Une marche en famille au Plover Cove Country Park, dans les Nouveaux Territoires d’Hong Kong.

Je suis venu à Hong Kong pour explorer le côté sauvage de l’ex-colonie britannique. Il y a près de 30 ans, j’ai eu un avant-goût des espaces verts de Hong Kong lors d’une escale au retour d’une virée postuniversitaire en Asie du Sud-Est. Des compagnons de dortoir à l’auberge de jeunesse où je logeais m’ont invité à un piquenique dans les montagnes. Je me rappelle avoir pris plusieurs moyens de transport (métro, traversier, bus de tailles diverses) jusqu’à un charmant parc au bord d’un lac. Depuis, je me suis toujours demandé combien d’autres paisibles lieux sauvages se trouvaient ici.

Une randonneuse dans le village de Lai Chi Wo

Le sacré et le profane : une randonneuse dans le village de Lai Chi Wo.

Cette fois-ci, pas de nature vierge : les collines, déboisées par manque de combustible pendant la Seconde Guerre mondiale, sont en voie de réensauvagement, et l’on n’échappe jamais complètement au smog des usines continentales. Mais je redécouvre les avantages de la périphérie de Hong Kong comme destination de plein air. Grâce à l’étendue du réseau de transport en commun, je peux m’isoler à moins d’une heure du centre-ville et marcher d’un endroit à l’autre sans revenir sur mes pas. (Créé dans les années 1970, le réseau de parcs est sillonné de sentiers qui ont dans certains cas plusieurs siècles, vestiges de villages désertés quand l’agriculture à petite échelle a cessé d’être rentable.) Et avec tant de lieux où se repaître, même hors des sentiers battus, je n’ai pas à traîner mon lunch.

La section 1 du MacLehose Trail

Une plage à soi : des étendues sablonneuses visibles de la section 1 du MacLehose Trail.

Repartis randonner après ma baignade, nous sommes entourés de théiers en fleurs, de papillons et de chants d’oiseaux. Notre excursion matinale prend fin au barrage est du réservoir High Island, chef-d’œuvre d’ingénierie dont les murs en remblai de roches relient le continent à un groupe d’îles en ceinturant les anciens fonds marins pour former un réservoir d’eau douce surélevé. En attendant un taxi, nous arpentons la partie du site qui rejoint la côte. Ici, des colonnes de basalte parfaitement hexagonales s’élèvent à 100 m au-dessus de la mer, rappel du fait que l’est de Hong Kong représente la caldeira d’un volcan géant qui a explosé il y a 140 millions d’années. J’essaie d’imaginer la force de la remontée de lave rencontrant la puissance de refroidissement de l’océan, qui a pétrifié cette forêt de colonnes rocheuses.

La plage de Big Wave Bay est bondée d’oiseaux rares

La plage de Big Wave Bay est bondée d’oiseaux rares (dont cet ara jaune et bleu).

Le lendemain, en quête d’histoire un peu plus humaine, je marche jusqu’à Lai Chi Wo, un village hakka encore (à peine) habité dans le nord-est des Nouveaux Territoires, près de la frontière chinoise. Hakka signifie « familles invitées », en référence aux vagues de migrants qui ont fui des guerres au nord pour s’établir il y a 300 ans sur les terres vacantes peu fertiles près de Hong Kong. De nos jours, nombre de Hakkas sont réinstallés à Londres et ailleurs en Europe du Nord, mais l’hiver ils reviennent invariablement à leurs demeures ancestrales, pour la plupart des maisons de deux étages en stuc, cordées dans une enceinte d’environ 100 m2 seulement. Je discute avec un homme en vêtements de travail élimés qui tente de réparer l’entrée d’eau de sa maison familiale. « La ville nous alimente en électricité, mais pas en eau », explique-t-il en désignant d’un geste le réservoir à proximité. « Nous avons notre propre système de puits. »

Des randonneurs en pause au Fook Lee

Des randonneurs en pause au Fook Lee.

Au sortir du village, alors que je me retourne pour admirer son rempart chaulé, un coureur en lycra avec bâtons de marche et sac-gourde surgit de l’arche principale. Puis, un autre. Bien vite, des groupes entiers de coureurs de raids sportifs me dépassent telle une rivière en crue cherchant son chemin autour des édifices. L’ultramarathon North Face 100 est en cours, mais à défaut d’une signalisation claire les coureurs font leur propre chemin jusqu’au fil d’arrivée. Moins pressé, j’ai le temps de faire halte au Fook Lee, un resto familial au milieu d’un marais. Par chance, on est samedi : l’endroit ouvre seulement le week-end, puisqu’il y a trop peu d’achalandage en semaine pour justifier son ravitaillement en bateau ou à pied. Je m’attable à la terrasse ombragée, qui se remplit vite de randonneurs dont quelques-uns parlent anglais, mais la plupart cantonais. Je commande un dîner à la hakka : un délicieux flanc de porc cuit à feu doux en sauce copieuse, avec nouilles et feuilles de patate douce.

Des bornes dans le Plover Cove Country Park

Des bornes dans le Plover Cove Country Park.

Le dernier jour, pour échapper à l’habituelle congestion routière du centre-ville, je prends un traversier du quartier Central de l’île de Hong Kong à l’île de Lamma. Ma guide, Yammy Tam, m’apprend que Hong Kong comprend quelque 200 îles, dont 40 % sont habitées. Lamma, la troisième derrière l’île de Hong Kong et Lantau, compte 6000 habitants, mais aucune voiture. Au bout d’à peine 40 minutes, le catamaran nous dépose à Sok Kwu Wan (ou Picnic Bay), et soudain les bruits de moteur brillent par leur absence. Nous déambulons sur des chemins pavés dans des villages tranquilles, des bananeraies, et des tombes raffinées au feng shui parfait. Sur les plages vierges, seul bouge un pêcheur en chaloupe, parmi les aboiements occasionnels de chiens avachis. Je n’entends que mon souffle tandis que nous montons par une série de chemins en lacet sur la crête qui fait la longueur de l’île. Au sommet, une superbe vue de la mer de Chine méridionale piquée de cargos s’étend en silence à nos pieds.

Le village de Sok Kwu Wan, sur l’île de Lamma

Le village de Sok Kwu Wan, sur l’île sans voiture de Lamma, est à 40 minutes de traversier du quartier Central de Hong Kong.

Nous continuons vers le nord et traversons toute l’île pour gagner la jetée du traversier à Yung Shue Wan. Mi-délabré, mi-embourgeoisé, ce village étendu (notre point de départ pour retourner dans Central) est devenu un havre pour semi-retraités, surtout pour ces Occidentaux qui n’ont pas de meilleur endroit où aller. Les rues étroites sont bordées de maisons et de boutiques en rangs serrés, dont certaines couvertes de plantes grimpantes en fleurs. Ayant une demi-heure à tuer avant l’arrivée du traversier, Mme Tam et moi prenons place à l’une des terrasses pour siroter une bière en regardant la baie scintiller au soleil d’après-midi. Des milans noirs tournoient dans le ciel avant de piquer dans la mer, d’où ils émergent avec de petits poissons dans leurs serres. Dans moins d’une heure, nous serons dans la jungle de béton. Mais ici et maintenant, le rythme est lent et la vie est belle.

3 détours qui le valent

1

Passez à Sai Kung en route pour Long Ke et le MacLehose Trail. Ce charmant village maritime abrite le principal pavillon d’accueil du Hong Kong Global Geopark, où l’on peut en apprendre davantage sur les formations volcaniques de la région.

geopark.gov.hk
 

2

La saison des pluies, d’avril à octobre, est le moment idéal pour visi­ter les chutes du Sheung Luk Stream. Le court détour près de la Section 2 du MacLehose Trail est ponctué de jolis points d’eau parfaits pour la baignade.

3

Troquez votre matériel de rando contre un vélo pour grimper les sentiers de roche volcanique du Tai Mo Shan, plus haut sommet du territoire. Le Friendly Bicycle Shop loue des vélos de montagne sur l’île de Lantau.

18 Ferry Pier Rd., Mui Wo, 852-2984-2278

Petit précis de randonnée

Dans les années 1970, l’administration coloniale britannique a commencé à ajouter des centaines de sentiers panoramiques au réseau de vieux sentiers près de Hong Kong. Les plus longs se font par sections ou sac au dos sur plusieurs jours.

Le livret Great Outdoors Hong Kong, offert sans frais à l’office de tourisme de Hong Kong, comprend des cartes et décrit comment se rendre aux principaux sentiers de randonnée et pistes cyclables. discoverhongkong.com

Les panneaux des sentiers sont en chinois et en anglais, et les toilettes ne sont jamais loin. Les sentiers les plus fréquentés ont aussi des bornes numérotées aux 500 m.

Depuis 30 ans, l’Oxfam Trailwalker a lieu en novembre. Des équipes de quatre ont 48 heures pour faire les 100 km du MacLehose Trail en marchant ou en courant. oxfamtrailwalker.org.hk

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