Voyage

Rhapsodie bavaroise

Auf wiedersehen, Berlin ! Dans la ville industrielle de Munich, où l’art et l’architecture sont mus par l’industrie, tout devient possible.

Par Charlene Rooke
Photos par Anna Rosa Krau

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Une poignée de visiteurs, manteaux et châles jetés à la hâte sur leur tenue de soirée, font prudemment le tour de la chose. Ça évoque un squelette. C’est vaguement nordique, avec ces glaçons qui font penser aux crocs d’un yeti de bédé. Les gens circulent rapidement, d’une part parce qu’on gèle, mais aussi parce qu’un préposé attend leur sortie avant d’en laisser entrer d’autres, pour éviter que la bête fonde sous l’effet de notre chaleur corporelle. Composé d’environ 2000 l d’eau congelée, l’objet est pourtant étrangement dynamique, la courbure et la torsion de ses os de glace créant une impression de mouvement.

Je suis dans l’entrepôt frigorifique d’une vaste galerie munichoise de design contemporain, désarçonnée par une œuvre de l’artiste danois Olafur Eliasson. Your Mobile Expectations est d’autant plus curieuse qu’elle a été parrainée par BMW, qui enrichit ainsi sa collection de voitures d’art, à laquelle Alexander Calder et Andy Warhol ont déjà contribué et qui compte cette sculpture sur glace modelée sur la voiture à hydrogène H2R.

Aux puristes qui trouveraient indigeste ce mariage de l’art et du commerce, Eliasson répond : « J’étais heureux de me pencher sur un objet de la vie quotidienne. Ce serait arrogant de dire non à BMW sous prétexte d’avant-gardisme. » On imagine mal pareille attitude éclairée dans les galeries réputées de Berlin, où vit actuellement Eliasson.

Mais c’est la cristallisation du sentiment qui règne aujourd’hui à Munich. Politiciens et médias locaux emploient la formule « Portables et culottes de cuir » pour désigner la nouvelle injection d’énergie créatrice (souvent par les grands noms de l’industrie, comme ici BMW) dans la culture d’entreprise bavaroise traditionnelle. Cette nouvelle mentalité est perceptible partout en ville. Chez les industriels allemands, c’est à qui se dotera du siège social à l’architecture la plus avant-gardiste, à l’image du nouveau et spectaculaire BMW Welt. (Pour ne pas être en reste, Mercedes-Benz s’est doté d’un grand QG vitré aux allures de mégadistributrice de voitures.) C’est peut-être un cliché, mais on prête aux marques allemandes les mêmes valeurs (innovation, extrême efficacité et grand savoir-faire) qu’aux arts appliqués tels que le design et l’architecture.

Au SiemensForum, un musée des sciences conçu par Richard Meier et géré par le géant de la haute technologie Siemens, un propos étrange mais rafraîchissant m’amène à revoir ces stéréotypes sur la culture allemande. Le narrateur d’un film de présentation, énumérant les qualités nécessaires à l’innovation, mentionne la paresse (le désir de se faciliter la vie) comme moteur de la création. Toutes ces grandes terrasses bondées de branchés sirotant un café ou étirant la pause repas prennent soudain tout leur sens.

Karim Habib, concepteur canadien chez BMW, vit à Munich depuis plus de 10 ans. Un soir qu’on prenait un verre au Tabacco (un de ces petits bars sympas qu’on appelle Kneipe), il m’a peint ce portrait : « Il y a quelques années, les endroits intéressants à fréquenter se sont mis à se multiplier. Aujourd’hui, le spectre des choses à faire est plus large. »

En dépit de quelques manifestations de libéralisme (comme la section nudiste de l’Englischer Garten, poumon vert niché le long de l’Isar), un je ne sais quoi a toujours empêché Munich, aux belles blondes circulant sur des vélos proprets, d’être aussi excitante que Berlin, plus branchée sur la culture urbaine. Mais les choses évoluent. On pourrait même dire que les Munichois ont mis au point leur propre version du cool bavarois. Alors qu’il n’y a pas si longtemps le costume traditionnel n’était plus porté que par ironie à la Hofbräuhaus ou pendant l’Oktoberfest, j’ai vu, par un dimanche ordinaire, des familles entières parader fièrement au centre-ville en Lederhosen et en Dirndl. On sait qu’on assiste à la renaissance de l’artisanat local quand une des boutiques les plus courues en ville est celle du conseil bavarois des métiers d’art, où de robustes sacoches de cuir côtoient des sacs feutrés au dessin épuré de Macharten et des écharpes en dentelle de feutre découpée au laser. La biodynamie, populaire en Allemagne dans les années 1920 et longtemps étiquetée grano, est devenue le fin du fin, non seulement dans le secteur du vin, mais aussi dans celui des produits de bien-être, comme ceux de la marque allemande Just Pure, dont la boutique, fleurant bon la citronnelle et autres huiles essentielles, est située aux galeries marchandes Fünf Höfe (« les cinq cours »), qui sont en soi un symbole de renouveau. De tels espaces aux cours communicantes, brillantes remises en valeur de bâtiments anciens qui autrement seraient passés au pic du démolisseur, voient le jour partout.

Aux Fünf Höfe, les architectes suisses Herzog & de Meuron ont redonné un air de jeunesse à un vieil ensemble immobilier en installant des rideaux métalliques aux airs de cotte de mailles et une galerie de plantes. Reliant des espaces perdus parmi des commerces, la Maximilianhöfe attire aujourd’hui la faune élégante qui achète chez Escada et D&G, s’éclate au P1 et se régale à l’Eisbach Bar & Küche et au Brenner Grill, telle cette superbe femme élancée au crâne rasé que j’y ai aperçue un soir fendant la foule, vêtue d’un short, d’un chandail décolleté à la Flashdance et de bottes de cuir aux genoux.

Dans Hans-Sachs-Strasse, rue bourgeoise du quartier Glockenbach, j’admire dans la vitrine de l’atelier de cuir Antonetty le travail de surpiqûre sur un blouson rouge, aussi méticuleux que la finition des sièges de cuir sur mesure à l’usine BMW Individual. (« Ici, chaque employé est un artisan de haut niveau. C’est la tradition, en Bavière », m’a expliqué Chris Bangle, concepteur en chef chez BMW.) Tout près de là, au resto Essneun, la cuisine bavaroise est repensée dans une perspective internationale à coup de plats tels qu’une soupe au chou bleu avec kangourou et menthe. Et au Manufactum, vénérable magasin où l’on trouve de tout, de la cafetière à espresso au vélo pliable, les Munichois s’emparent des créations allemandes avec toute la ferveur d’un peuple qui se découvre amoureux de sa culture.

Mon pèlerinage architectural m’entraînant en banlieue de Munich, où se dresse l’Allianz Arena, un stade de football à l’aspect de beigne gonflé qui change de couleur selon l’équipe qui y joue, je demande à mon guide pourquoi cet ovni est si admiré dans le monde. « Mais parce qu’il est exquis », me répond-il, incrédule, avec cette ardeur qui s’exprime partout à Munich aujourd’hui. (Cet accès de fierté serait imputable, selon certains, à la tenue ici de la Coupe du monde de football de 2006.) L’avant-gardiste Museum Brandhorst, dont la charpente minimaliste en forme de boîte revue par le Bauhaus est striée façon Paul Smith de lames de céramique colorée, est carrément fantaisiste. N’est-il pas ironique que, 75 ans après que les nazis eurent accusé d’antigermanisme les modernistes de l’école Bauhaus, cette approche excentrique de l’architecture soit si florissante ?

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Publié: 1 mars 2009. Étiquettes: franz josef strauss airport, muc.

Munich

Le Cortiina Hotel s’inscrit dans la nouvelle tendance munichoise d’hôtels design à échelle humaine. On s’y sent comme chez soi, en partie grâce au copieux buffet-déjeuner de charcuteries et fromages fins, de pain de campagne et de muesli maison.
Lederstrasse 8, 49-89-2422-49-0, cortiina.com

Avec ses chambres évoquant diverses étapes de ses 158 ans d’histoire, le Bayerischer Hof est une institution munichoise. L’un des six bars de l’hôtel, le nouveau Falk’s Bar (nommé en mémoire de l’ex-proprio Falk
Volkhardt), propose de nombreux excellents cocktails.
Promenadeplatz 2-6, 49-89-2120-0, bayerischerhof.de

Munich

Munich offre un vaste éventail de bonnes tables, du grill sympa au bar à vins branché. Au Tantris (deux étoiles Michelin), goûtez un plat de gibier avec crème de truffes du Périgord et Schupfnudeln (nouilles aux pommes de terre). Ou peut-être que les superbes cocktails au whisky du Tabacco vous attireront davantage. Faites votre choix parmi ces établissements sélects.

Bar Tabacco Hartmannstrasse 8, 49-89-22-7216, bartabacco.de
Brenner Grill Pasta Bar Maximilianstrasse 15, 49-89-45-2288-0, brennergrill.de
Café Restaurant Park Ludwig Klopstockstrasse 10, 49-89-3221-1766, cafe-ludwig.net
Eisbach Bar & Küche Marstallplatz 3, 49-89-2280-1680, eisbach.eu
Essneun Hans-Sachs-Strasse 9, 49-89-2323-0935, essneun.com
Tantris Johann-Fichte-Strasse 7, 49-89-361-9590, tantris.de

Munich

Reconnue autant pour son savoir-faire industriel que pour ses musées et son architecture, Munich propose aux amateurs d’innovations une gamme infinie de lieux à visiter et de boutiques où se perdre.

Allianz Arena49-89-699-310, allianz-arena.de
Antonetty Lederwerkstatt Klenzestrasse 56, 49-89-269-129, antonetty.de
Bayerischer Kunstgewerbe-Verein (Boutique du conseil bavarois des métiers d’art), Pacellistrasse 6-8, 49-89-2901-470, kunsthandwerk-bkv.de
BMW Welt Am Olympiapark 1, 49-18-0211-8822, bmw-welt.com
Englischer Garten À l’est de Schwabing, 49-89-3866-6390
Haus der Kunst Prinzregentenstrasse 1, 49-89-2112-7113, hausderkunst.de
Herz-Jesu-Kirche Lachnerstrasse 8, herzjesu-muenchen.de
Jewish Center St. Jakobs-Platz 16, 49-89-2339-6096, juedischeszentrumjakobsplatz.de
Just PureFünf Höfe, Maffeistrasse 6, 49-89-2420-5888, justpure.com
Manufactum Dienerstrasse 12, 49-89-2354-5900, manufactum.de
Petuelpark À l’est de la route Knorrstrasse-Belgrade, petuelpark.de
Pinakothek der Moderne Barer Strasse 40, 49-89-2380-5360, pinakothek-der-moderne.de

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