Voyage
Rythme de croisière
Mi-fous, mi-touristes, certains parcourent leur itinéraire au pas de course. Bienvenue aux destinations-marathon les plus courues.
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En ce dimanche matin de mai 2008, nous formions un groupe de touristes assez imposant sur la place de la Confédération, à Ottawa. Numéros d’identification épinglés sur la poitrine, 3026 d’entre nous se sont mis en route à 7 h pile, menés par une équipe de guides kényans super qualifiés. Empruntant la rue Wellington, fermée à la circulation automobile par les autorités, nous avons rapidement enfilé les incontournables : la Colline du Parlement et la Tour de la Paix, la Cour suprême, l’édifice de Bibliothèque et Archives Canada.
À ma première visite dans la capitale nationale, j’approchais ces monuments du fédéralisme en poussant des oh ! et des ah ! Mais pas question de prendre des photos. C’était mon premier marathon, et les rapides Kényans, à la hauteur de leur réputation de lièvres de la course de fond, creusaient leur avance.
Oui, un itinéraire pédestre de 42,2 km peut sembler une façon inutilement rigoureuse de découvrir une ville. Pourtant, chaque année, des hordes de voyageurs en forme et indépendants combinent ainsi sport et vacances pour visiter ce qu’il est convenu d’appeler des destinations-marathon.
Inscrire une épreuve physique éreintante au cœur d’une escapade de fin de semaine demande stratégie et organisation. J’avais choisi Ottawa pour son parcours : un tracé relativement plat (idéal pour les débutants) jalonné des principaux points de repère de l’histoire du Canada ; un détour par le Québec ; l’ancien premier ministre Jean Chrétien, tasse de café en main, nous saluant depuis l’allée de sa demeure de Rockcliffe Park ; et un dernier effort de 5 km le long du superbe canal Rideau. C’est un marathon touristique dont les modèles sont ceux de Rome et de Paris, où un monument magnifique vous attend à chaque coin de rue.
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L’automne dernier, j’ai fait le trajet de Paris (où j’habite) à Dublin pour mon deuxième 42,2 km. Trotter sur cette distance lors du dernier lundi d’octobre dans une ville côtière située à presque la même latitude qu’Edmonton exige un brin de folie. (Ma femme, sous une pluie battante : « Y a pas un marathon à Honolulu ? » Pour la millième fois, oui. En décembre. Nous irons un jour, promis.) Remarquez que l’entêtement du marathonien à courir après la douleur tient déjà de l’obsession et probablement du délire.
Si les paysages font le charme d’Ottawa, c’est l’ambiance qui fait celui de la pétillante Dublin. L’an dernier, les organisateurs du « marathon sympa » ont attiré 11 700 coureurs, dont plus de 5000 d’au-delà de la verte Érin. Ce qui n’est rien, par rapport aux plus de 30 000 paires de jambes qui martèlent le bitume de Michigan Avenue au marathon de Chicago. À Berlin, l’ancêtre des marathons monstres, quelque 40 000 coureurs franchissent le fil d’arrivée à la porte de Brandebourg.
Sans conteste, Dublin passe le test de la surcharge glucidique du marathonien. Entre les trois plats de pommes de terre servis au pub O’Neills, sur Suffolk Street, et le chocolat chaud garni de guimauves du Butlers Chocolate Café, on peut être certain que ses muscles à contraction lente auront fait le plein d’énergie au jour J. Lors de mon souper d’avant-course à la nouillerie japonaise Wagamama, Niamh, notre serveuse, a appris que je faisais le marathon le lendemain matin. (C’est dur de ne pas s’en vanter.) Elle a alors redoublé de gentillesse, revenant à plusieurs reprises avec un plateau chargé de cinq verres d’eau, un pour ma femme, quatre pour moi.
Dans la foulée, je vais à l’automne poursuivre sur cette lancée gastronomique avec une course au cœur du vignoble bordelais. Le Marathon du Médoc offre la totale : un parcours jonché d’une cinquantaine de châteaux, des coureurs costumés, des feux d’artifice et une bouteille de médoc pour chacun à la ligne d’arrivée. Les Français prennent leur entraînement au sérieux, mais considèrent le jour de la course comme un tour de la victoire plutôt que comme un examen final. Lors des petites compétitions régionales, les préposés aux postes de ravitaillement proposent chocolat, vin et fromages. À la fin des courses les plus décadentes, les concurrents armés de courage et d’estomacs d’autruche peuvent même s’envoyer une ou deux huîtres fines de claire.

Peu importe le marathon choisi, une chose ne change pas : il faut arriver à la faire, la fichue course. Non loin de l’arrivée, à Dublin, je me suis mis à répéter ce mantra bouddhiste emprunté au romancier et coureur de fond japonais Haruki Murakami : « La douleur est inévitable. La souffrance est optionnelle. » Parvenu à la hauteur du Trinity College, j’ai eu droit à un concert de cloches à vache des Dublinois m’encourageant jusqu’à la ligne d’arrivée.
De retour à notre gîte, je me suis fait couler un bain chaud pour y plonger, fourbu, puant et couvert de sueur séchée. Ma femme s’est laissée choir près de la baignoire avec deux cartons de morue-frites rapportés d’un comptoir local. Penché sur le rebord du bain, j’ai dévoré un des repas les plus gratifiants de ma vie.
Après ma sieste, j’ai été engloutir quelques chopes de Guinness. Ce n’était peut-être pas la meilleure façon de m’en remettre, mais je m’en foutais. Phidippidès, le premier marathonien, est mort au terme de son sprint de 39 km entre Marathon et Athènes, en 490 avant J.-C. Moi, j’étais toujours vivant. Et en vacances.
Marathons
Avec ces marathons qui auront lieu au cours des prochains mois, les coureurs qui veulent voir du pays trouveront chaussure à leur pied. À vos marques ! Prêts ? Partez !
Ottawa 24 mai, ncm.ca
Médoc 12 septembre, marathondumedoc.com
Berlin 20 septembre, real-berlin-marathon.com
Chicago 11 octobre, chicagomarathon.com
Dublin 26 octobre, adidasdublinmarathon.ie
New York 1er novembre, ingnycmarathon.com
Honolulu 13 décembre, honolulumarathon.org
Rome mars 2010, maratonadiroma.it
Paris 11 avril 2010, parismarathon.com
Boston 19 avril 2010,bostonmarathon.org
Londres avril 2010, london-marathon.co.uk
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Sonam
Premier prix, catégorie récit.
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