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Se mettre en mode estival en Saskatchewan

Mettant à profit les lacs et les rivières de la Saskatchewan, notre reporter découvre que cette province a beaucoup de liquide.

Du plaisir à la planche sur le lac Waskesiu

Du plaisir à la planche sur le lac Waskesiu, dans le parc national de Prince Albert, au centre de la Saskatchewan.

«Faut pas arrêter de ramer. Vous serez bien plus à l’aise. » Sur le miroir bleu-vert de la rivière Saskatchewan Sud, Marcus Storey nous donne, à mes filles et à moi, notre première leçon de planche à rame. Alors que défilent les rives arborées du centre-ville de Saskatoon en ce matin de semaine chaud et paisible, les conseils de notre prof à rastas et à la barbe en broussaille tiennent plus de la leçon de vie que du truc pour garder l’équilibre. Mes jumelles de 10 ans, vite acclimatées à la rivière, ravivent une dispute dans une partie de planches tamponneuses. Storey et moi nous propulsons en avant pour ne pas nous faire emboutir et pour jouir du doux courant. « J’adore cette vue », dit-il quand nous passons devant le parc à jets d’eau River Landing, où un marécage filtre le ruissellement, et l’avancée rectangulaire de la Remai Modern Art Gallery, qui doit ouvrir l’an prochain. « Comme on marche quasi sur l’eau, on l’apprécie d’une tout autre façon. On voit la ville, et soi-même, sous un nouveau jour. »

Mes filles et moi passons la semaine en Saskatchewan, en quête de coins où prendre le frais sous le brûlant soleil d’été. Le sud de la province, avec son blé à l’infini, est réputé plat et sec. Pourtant, là où il y a du relief, il y a de l’eau, comme en témoigne cette fissure qui canalise les eaux de fonte des Rocheuses et serpente dans Saskatoon pour aller se jeter dans le lac Winnipeg. Et, découvre-t-on vite, les gens des Prairies chérissent leurs oasis, donnant aux habituels rituels (comme d’aller à la rivière par beau temps) un côté décontracté propre au surf.

Le courant passe sur la rivière Saskatchewan Sud

Le courant passe sur la rivière Saskatchewan Sud, qui traverse Saskatoon.

Pour un aperçu plus traditionnel de la Saskatchewan Sud, nous sortons à 20 minutes de la ville avec Cliff Speer, voyagiste expert et propriétaire de la CanoeSki Discovery Company. Nous aidons à descendre son canot de 5,5 m par un sentier boueux jusqu’à la berge semi-sauvage. Encaissée, la rivière semble ici plus verte et limpide ; les bancs de sable, imprévisibles, éloignent les hors-bords. Un faucon tournoie dans le ciel ; le feuillage des peupliers frémit sous la brise et imite le chant de l’eau courante. Assises sur des sacs étanches au milieu du canot, Maggie et Daisy s’emparent de courtes pagaies, prêtes à accélérer notre retour à Saskatoon, pour mieux profiter de la piscine de l’hôtel. Speer, lui, n’est pas pressé. « Quand on traverse la province par la Transcanadienne, dit-il depuis la poupe, on voit les plaines, mais il y a bien plus. La topographie offre beaucoup de relief. Ralentissez pour mieux voir. »

Un plat des crêpes du Drift Café de Saskatoon

On fait tout un plat des crêpes du Drift Café de Saskatoon.

Suivant ce conseil, le lendemain matin nous faisons halte au Drift Café. Ce repaire parsemé de chaises-hamacs, à l’ouest du centre-ville de Saskatoon, est géré par Storey et sa famille à côté de leur boutique spécialisée Escape Sports. (Pensez monocycles, sangles d’équilibrisme, disque-golf… et planches à rame.) Nous prenons place sous un palmier en pot, entourés d’ananas, et je commande une crêpe arrosée de crème fraîche aux avocats et aux jalapenos noircis. Bob Marley aidant, on se croirait dans un club tropical. Au Vista Lounge situé à l’étage, aux bar et accessoires artisanaux en teck et en bambou et au menu d’inspiration méditerranéenne proposant aubergines et poivrons cultivés sur le toit, des portes de garage s’ouvrent sur un balcon panoramique d’où l’on voit la rivière à quelques rues. Je pourrais passer la semaine à siffler des cocktails à la pastèque ici.

Hormis le ciel immense, les longs et tardifs couchers de soleil septentrionaux et cette affabilité des gens qui partagent de vastes espaces, l’été en Saskatchewan est un voyage dans le passé. Après une visite à la ferme familiale d’un ami, où œufs au vinaigre, bortsch et pierogi maison avec confiture de petits fruits font notre dîner sous un orme, nous filons sur des autoroutes à deux voies parmi les champs de canola jaunes et les aigrettes virevoltantes de peuplier vers une imperceptible brèche à l’horizon. Après un tournant, nous descendons à pic dans une vallée glaciaire où, tel un mirage, surgissent un lac et un village.

Toutes voiles dehors sur le lac Little Manitou

Toutes voiles dehors sur le lac Little Manitou, non loin de Watrous.

Manitou Beach, au bord du lac Little Manitou, attire les touristes en plein sud de la Saskatchewan depuis le début du xxe siècle, quand ses eaux curatives rivalisaient en popularité avec les sources thermales de Banff. En 1837, dit-on, trois braves cris, fiévreux et varioleux, auraient bu de cette eau riche en minéraux et s’y serait baignés pour se réveiller guéris au matin. Alimenté par une source, le lac, riche en sodium, en magnésium et en potassium, est comme une petite mer Morte dans les Prairies. On flotte. Dans les années 1920, il y avait deux bassins, quelques hôtels et restos ainsi qu’un service ferroviaire depuis quatre villes. À déambuler dans la rue principale (resto à burgers avec crèmerie à la plage, taverne et magasin de souvenirs pas loin, hôtel avec spa en face), c’est comme si rien n’avait changé, sauf les trains qui ne passent plus.

Maggie, Daisy et moi descendons au Manitou Springs Resort, déposons nos sacs et filons aux bains thérapeutiques, une piscine intérieure grande comme un gym qu’alimente l’eau du lac chauffée à 38 °C. Les sels chauds irritent les éraflures que les filles se sont faites à cueillir des framboises à la ferme de mon ami et la pâle lumière bleu-vert que réfléchit la surface de l’eau est loin d’avantager la pâleur de ma peau, alors nous repartons dare-dare à la plage, où nous nageons dans l’eau fraîche jusqu’à un quai flottant. Une mystérieuse corde s’enfonce dans l’eau ; nous tirons dessus. Attaché au bout, un balai à poils raides émerge : nettoyer le quai est l’affaire de tous, campagne oblige. Sur la grève, une foule bigarrée (motards tatoués, huttérites à grands chapeaux, touristes japonais) se trempe les orteils et pose pour des photos. Mes filles barbotent dans l’eau peu profonde tandis que je fais la planche, les bras en croix, et que je ferme les yeux, passant près de m’endormir sur les flots.

Après une journée à Manitou Beach, manger au Burger Buoy

Immersion totale : après une journée à Manitou Beach, quoi de mieux qu’un burger et un lait frappé ?

Le charme vieillot de Manitou Beach dépasse ses rivages. En haut de la côte, à Watrous, le village d’entrée qui, de la route, mène à la station thermale, 150 rutilantes voitures dynamisées et anciennes sont garées en épi sur Main Street, pour la plus grande expo automobile en Saskatchewan rurale. Maggie et Daisy choisissent leurs préférées (une Mustang cerise décapotable et une Cadillac rose), avalent hot-dogs et beignes et s’assoient dans une Nova 1962 gonflée portant un autocollant de God Speed Ministry. « On sort Dieu de l’église », explique l’aumônière Irena Broadfoot, propriétaire de la voiture avec son mari, Andy, « et on le met sur la piste de course. »

Je reprends une dose de spiritualité à 30 minutes de route au sud, en marchant dans les herbages de la plus vieille réserve ornithologique d’Amérique du Nord, celle du lac Last Mountain, halte migratoire pour plus de 280 espèces. Les filles examinent des pierres et pourchassent les papillons alors que je patauge dans les vagues d’herbes vertes et dorées, baigné de chants d’oiseaux. Du haut d’une tour d’observation, nous apercevons un vol de pélicans d’Amérique planant au-dessus d’une mosaïque de marécages. Ces oiseaux, parmi les plus lourds à pouvoir voler, travaillent parfois en équipe, à ramener les poissons vers le rivage pour se nourrir. Nous nous émerveillons de leur envergure dinosaurienne et de la stabilité de leur vol. Mais il fait plus de 30° et le vent aux effluves de trèfle nous assèche la peau. Nous trouvons donc refuge sur un bloc de granit à l’ombre d’un tremble solitaire. Ayant fait le plein du chant des criquets, nous repartons nager au lac Little Manitou.

Danceland, à Manitou Beach

Des sacs de toile remplis de crin de cheval amortissent les chocs sur la piste de danse du Danceland, à Manitou Beach.

« Je me baignais ici quand j’étais un têtard », me dit Millie Strueby, la septuagénaire propriétaire du Danceland, une salle de bal aux airs de grange bâtie au bord du lac en 1928, quand nous sortons de l’hôtel dans le crépuscule doré, à 21 h. Des lampions gros comme des citrouilles sont suspendus à des chevrons en sapin de Douglas au-dessus d’une scène où Elvis et Hank Snow, insistent quelques anciens, ont jadis chanté. Le groupe de ce soir est polyvalent (polka, country, swing, mais « pas de musique de sourds », dixit Mme Strueby) pour faire vibrer la piste déjà souple. C’est que, sous le parquet en érable, quantité de sacs de toile remplis de crin de cheval amortissent les chocs pour la soixantaine de paires de vieux genoux et pour les bambins qui courent en tous sens. (Le crin de cheval se trouvait en abondance au début du xxe siècle, pas les chirurgiens spécialistes du genou.) On a érigé très peu de ces salles dans l’Ouest canadien, et c’est l’une des dernières. Une fillette blonde en jolie robe vient parler aux jumelles, qui se font entraîner dans une folle partie de tag avec une bande d’enfants. « L’eau détend, commente Mme Strueby, et nous, on recharge les batteries. »

La vie de chalet aux Kapasiwin Bungalows, à Waskesiu

Faites la vie de chalet aux Kapasiwin Bungalows, à Waskesiu.

Dans la forêt boréale vallonnée du parc national de Prince Albert, à deux heures et demie au nord de Saskatoon, le fossé temporel se creuse. À Waskesiu, petit lotissement sur le grand lac éponyme, la vaste plage de sable est bordée d’adresses indispensables (une boulangerie animée aux meilleurs prix que j’aie vus depuis des lustres, un débit de coupes glacées pour petits et grands, un magasin d’alcools provincial bien fourni) et des panneaux brun et jaune familiers et rassurants de Parcs Canada. Les enfants se promènent et circulent à vélo pieds nus et sans surveillance, comme leurs aïeuls dans les années 1950. Notre douillet chalet d’une pièce aux Kapasiwin Bungalows date de cette époque, charpente et mobilier provenant d’arbres abattus sur place. Sirotant une bière à la terrasse après que les filles ont détalé vers une aire de jeux entourée de pins, je pourrais être dans n’importe quel boisé du Nord, sauf qu’ici la tranquillité est assurée. Les habitués y réservent d’ailleurs leurs vacances deux ans à l’avance.

« Vous connaissez le vieux dicton ? » me demande Bryn Wendelborg, propriétaire au moment de notre séjour, le lendemain matin : « Des enfants heureux font des parents heureux. » Mais un enfant finit par vouloir se défouler. Même une balançoire peut devenir une arme quand des jumelles passent trop de temps ensemble. À un centre d’attraction à la sortie du parc, nous enfilons casques et baudriers et grimpons une échelle jusqu’à une plateforme de bois dans les arbres. Accrochés à un câble aérien, nous glissons dans un canyon de mélèzes et de bouleaux, nos poulies sifflant comme des moulinets se dévidant à toute allure. Vus à 12 m de haut et à plus de 40 km/h, même les tourbières et les étangs de castors ont l’air exotiques. « Ce n’est pas qu’une poussée d’adrénaline, déclare Jori Kirk, d’Elk Ridge Eco-Adventures. La tyrolienne change votre vision de cette forêt. C’est loin d’être unidimensionnel. »

La relaxation coule de source à Manitou Beach.

La relaxation coule de source à Manitou Beach.

Les filles et moi avons droit à une autre dose d’adrénaline en après-midi. Nous louons des planches à rame et, pour éviter la houle du lac Waskesiu, suivons un grand héron sur un ruisseau peu profond couvert de nénuphars. Quand nous virons de bord, les nuages gris qui menaçaient se transforment en orage. Nos planches luttent dans les déferlantes, mais le conseil de Marcus Storey nous permet de tenir ferme en souquant vers le quai. Faut pas arrêter de ramer.


ARTICLE CONNEXE : 6 choses à faire à Saskatoon et Manitou Beach

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