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Séjour à saveur d’ Oregon

On prend la route pour goûter au terroir qui a fait la renommée gastronomique et viticole de Portland.

Portland, Oregon

Vous n’avez pas goûté aux myes de l’un des six Mo’s de la région ? Passez à leur succursale à l’aéroport de Portland.

Aéroport international de Portland 0 kilomètres
« J'ai chassé le faisan près de Bend, bu du whisky à Sisters et cueilli des champignons à Corvallis. J'adore cet État. Je te le dis, c'est du tout cuit ! » fait Meredith en lançant sa valise dans le coffre de notre auto rouge cerise. Notre plan est simple : écumer la côte de l'Oregon depuis Portland, où je suis venue rencontrer mon amie, l'auteure Meredith Erickson, qui a cosigné un livre de cuisine sur une table locale, Le Pigeon: Cooking at the Dirty Bird, et qui en toute chose culinaire me fera profiter de ses lumières. Le Portland des fermiers urbains, des bouilleurs de kombucha et des mangeurs de cantines de rue se nourrit au riche terroir orégonais. Des obsédés autodidactes élèvent, récoltent et pêchent délicat crabe dormeur et crémeuses huîtres salines, ou cherchent la truffe dans de brumeuses forêts de conifères. Mus par la passion, et non le profit, ces fondus ne sont souvent qu'à une petite heure de route de la ville. Une fois à bord, nous dressons notre itinéraire ; le premier arrêt est prévu.

Olympic Provisions

On fait le plein à Olympic Provisions avant de prendre la route.

Northwest Portland 23 kilomètres
Un soleil orange brûlé glisse sur l'horizon tandis que nous nous garons devant Olympic Provisions dans Northwest Portland. Attablées sur le trottoir, quelques familles avalent charcuteries et poulet rôti dans un décor d'usines qu'on convertit peu à peu en restos et cafés. Meredith, qui travaille avec Olympic Provisions à la parution d'un livre pour l'automne, commande un menu pique-nique : dans un sac fait main, pâté de porc aux pistaches, saucisson sec à l'ail et au poivre noir, saucisson d'Arles (porc et sel) et, pour faire descendre le tout, pinot noir Crowley Willamette Valley 2012 (pour info, Willamette rime avec « boule à mites » et non « ringuette »). « Crowley fait du pinot du Nouveau Monde comme dans la vieille Europe : complexe, mais subtil », affirme Meredith, alors que nous chargeons nos victuailles dans l'auto, avant de mettre le cap au sud.

La charcuterie Olympic Provisions

À qui sont ces saucissons ? La charcuterie offre aussi salami sans porc, ganache de chocolat noir, fruits confits, spiritueux et mélanges d’épices.

McMinnville 88 kilomètres
À Matello Wines, à trois coins de rue au nord de la rue principale (au N.E. 3rd Street, pour être précis), Marcus Goodfellow nous reçoit dans sa salle de dégustation. « Nous avons trois règles », dit-il en versant de sa microproduction, un pinot gris, minéral mais fruité. « Nos cépages, pinot, chardonnay, riesling et pinot gris, proviennent tous du nord de la Willamette ; nous ne travaillons qu'avec des propriétaires récoltants ; nous n'avons pas recours à l'irrigation. » Ce modus operandi, à l'image de la philosophie locale de production à petite échelle sans intermédiaire, est au vin ce que les locavores effrénés amoureux de la débrouille sont à Portland. Après avoir goûté à ses élégants pinots, nous repartons avec un pinot rosé de 2013, un floral fruité à la robe tirant sur le rouge, et filons sur le toit du McMenamins Hotel Oregon, pour décider de notre prochaine destination. Pompettes (notre dégustation s'est faite l'estomac vide, et nous sirotons une Ruby Ale à la framboise de l'Oregon), nous regardons l'obscurité gagner les arbres et les toits tandis que Goodfellow nous parle du Nick's Italian Cafe, tout près. Lauréat d'un prix James Beard, le restaurant existe depuis 1977. « Pendant longtemps, c'était le seul en ville. Les producteurs de vin y ont toujours pris leurs repas. »

Lincoln City

Avec trois boutiques-écoles de surf, deux studios de verre soufflé et un institut culinaire, Lincoln City fait classe à part.

Nous avons vite fait de repérer sa devanture vitrée peinte à la main sur la rue principale bordée de quelques jolis peupliers et d'impeccables bâtiments du début du siècle dernier (les lecteurs du magazine Parade ont classé McMinnville au second rang des villes à la plus belle rue principale, derrière Collierville, au Tennessee). Nous trouvons une table parmi la clientèle familiale et commandons pizza poire-gorgonzola, spaghettis carbonara, charcuterie maison et cheeseburger. (Dans l'Oregon viticole, nul ne se formalise d'un hamburger à la carte d'un resto dit de cuisine nord-italienne.)

Meredith Erickson dans une Ford Falcon

Meredith Erickson prend le volant d’une Ford Falcon rouge pompier.

Lincoln City 171 kilomètres
Au matin, nous faisons le plein de caféine dans une cahute à expresso aux bardeaux colorés et à l'enseigne au néon, une de ces baraques avec service au volant aussi bien intégrées au décor orégonais que le douglas vert ou le brouillard côtier. « Café et débardeurs ont toujours fait bon ménage, m'explique mon amie. D'où crois-tu que Stumptown Coffee Roasters tire son nom ? » Portland a été baptisé Stumptown (« ville aux souches »), en raison des coupes qu'on y pratiquait au milieu du XIXe siècle, bien avant la création de la grand-maman des chaînes de cafés branchées. Aujourd'hui, les Twin Perks, Cowgirls ou autres cabanes avec barista en bikini pullulent dans les États de l'Oregon et de Washington (à mon grand dam, seule l'enseigne « Espresso » semble qualifier la nôtre).

Netarts

C’est le temps des cerises sur la baie de Netarts.

Au sud de Lincoln City (dont le slogan est « là où essayer de nouvelles choses ! »), nous faisons une halte au belvédère du cap Foulweather, pour y boire le paysage. Nous jetons l'ancre au Local Ocean Seafoods de Newport, le resto surplombant le quai où pêcheurs de thon et de crabe déchargent leurs prises. Une armée d'ados prennent notre commande d'huîtres, de poisson frit au panko avec frites et de crabe dormeur au beurre. Remplissant nos verres d'eau entre deux bouchées, ils montrent le quai chaque fois que nous leur demandons : « Ça vient d'où ? »

Une cahute d'expresso à l'Ecola State Park

Une cahute d’expresso à l’Ecola State Park.

Baie de Netarts 236 kilomètres
Nous reprenons la route au gré du vent. Il nous mène à un stand de bois dont le lettrage orange du panneau « saumon fumé » a la couleur de la chair du poisson et des cheveux de la vendeuse ; puis à un autre, où un dénommé Kenny vend des cerises charnues et juteuses à souhait. Nous découvrons une confiserie de tire colorée aux mille et une saveurs emballée à la manière de bonbons dans du papier ciré, une pratique inchangée depuis le XIXe siècle. Nous nous arrêtons le long de la baie de Netarts déserte pour explorer sa flèche, un long cordon de sable appelé Netarts Spit qu'arpentent les pêcheurs de palourdes à marée basse. Une Ford Falcon décapotable rouge vif en parfait état de 1965 passe par là et nous ne pouvons résister à l'envie de grimper dedans, avec l'accord de sa cordiale propriétaire, Jenny-Lee, une hôtesse de l'air de la ville voisine de Tillamook. Nous hurlons de rire en immitant Thelma et Louise, au son des déferlantes.

Haystack Rock, Cannon Beach

Bien visible de la côte, Haystack Rock est le plus célèbre attrait naturel de Cannon Beach.

Cannon Beach 312 kilomètres
Après une nuit à Cannon Beach (on dirait les Hamptons avec ses galeries et ses agences immobilières de luxe), c'est l'heure d'un pique-nique gourmet. Indian Beach, qu'on rejoint à pied par le stationnement de l'Ecola State Park, est bordée de falaises, de forêts et de récifs. Les douglas et les épinettes de Sitka sont couverts d'une mousse vert électrique, des surfeurs en combinaison noire luisante sont étendus comme des étoiles de mer sur des galets gris de la taille de balles de baseball, et des couples en pantalons de randonnée assortis marchent main dans la main. Voilà deux jours que nous gardons nos emplettes au froid dans des frigos d'hôtel : cheddar mi-fort orange citrouille Tillamook sur baguette et huîtres obèses de la baie de Yaquina. Nous finissons le sac d'Olympic Provisions avec le pinot Crowley Willamette et nous demandons si le rouge de nos joues est dû au soleil ou au vin.

La planche - Portland, Oregon

À fond la planche ! 

Astoria 354 kilomètres
« C'est tellement Goonies ! » hurlons-nous en chœur dans Astoria, la ville au passé ouvrier où a été tourné le film culte des années 1980. Cet ancien repaire de pêcheurs et de bûcherons est prisé de Portlandais trentenaires à la recherche de tranquillité. L'endroit n'a guère changé depuis que Mikey, Choco, Data et Bagou ont tenté d'empêcher la démolition de leurs demeures : l'eau, les quais, les rues escarpées aux maisons victoriennes et de bardeaux des années 1920, certaines impecs, d'autres s'effritant et tombant en ruine.

Un pique-nique à Cannon Beach

Un pique-nique de calibre Olympic (Provisions) à Cannon Beach.

Le resto Albatross & Co., sur 14th Street, situé à deux rues du fleuve Columbia, est aussi dans le ton, avec son décor tamisé de brique nue et de douglas vert de récupération. « C'est plutôt une taverne ici », dit le chef-propriétaire tatoué et coiffé d'une casquette, Eric Béchard, en déposant des huîtres de la baie de Netarts et leur mignonnette, un cocktail de crevettes au maïs soufflé, des œufs mimosa au crabe et des saucisses sur bâtonnet de presque 30 cm. Le natif de Montréal, qui possède aussi le resto de la ferme à la table Thistle, à McMinnville, est un pro du cocktail : le Lightship #50 (eau-de-vie de pomme, absinthe, cidre, amers) et le Primrose (gin, Aperol, vermouth doux) nous font tomber de sommeil dès 22 h.

La côte à Lincoln City

La côte à Lincoln City offre une vue présidentielle de l’océan Pacifique.

Elsie 415 kilomètres
Au Camp 18, sur la route 26, en mordant dans mon fondant au thon, je pense à cette affirmation de James Beard qui dit que le sandwich est « un des grands arts américains ». Sur le trajet du retour vers Portland, d'où venait Beard, nous nous sommes arrêtées dans la petite ville d'Elsie. Le Camp 18, tout de lustres en bois de cerf, de sculptures d'ours dansants, d'effluves de café filtre

et de kielbassas frites, sert une version sur pain au levain chaud rôti et beurré à la perfection. Collante et généreuse en fromage (encore du cheddar Tillamook), elle a la trempe des souvenirs d'enfance. Sur le menu, il est écrit que le propriétaire, Gordon Smith, a entrepris la construction de l'endroit au début des années 1970 et abattu lui-même chaque arbre utilisé pour bâtir ce vaste chalet en bois rond dont la poutre faîtière de 26 mètres serait « la plus longue aux États-Unis ». Noyées de beurre et nageant dans le sirop d'érable, les gargantuesques et ultramoelleuses flatcars de Meredith (les « crêpes », en argot de bûcheron) ont aussi du répondant. On se fait presque mal à essayer de les finir.

La Southeast Division Street

Portland 512 kilomètres
La Southeast Division Street a peut-être la plus grosse concentration de bonnes choses à manger dans une seule rue au pays. Il y a le Pok Pok, un thaï sensationnel, et son petit frère, le Sen Yai, qui se spécialise dans les nouilles, la crémerie « de la ferme au cornet » Salt & Straw et le Southeast Wine Collective Tasting Bar. À l'Ava Gene, qui sert une cuisine d'inspiration romaine où le légume est roi (Duane Sorenson, le fondateur de Stumptown Coffee Roasters, en est propriétaire), nous prenons place sur une banquette de cuir sous son luminaire de petites suspensions pour prendre ensemble un dernier repas doux-amer.

Se ravitaillant auprès de 35 producteurs orégonais (un compteur indique le nombre de livres de fruits et légumes achetés localement, 39 800, aux dernières nouvelles), Joshua McFadden crée de croustillantes combinaisons salées-sucrées de céleri aux amandes, de dattes au reggiano, de linguines d'épeautre al dente aux tendres haricots romains tachetés de rouge et de poutargue débordant d'umami. La boucle est bouclée : ici aussi, un obsédé fait de l'or avec ce jardin d'Éden qu'est l'Oregon.


Des cocktails au Albatross & Co. à Astoria

Au Albatross & Co, à Astoria, accompagnez vos beignets de germon avec un cocktail, comme le Primrose (en haut à gauche), le Rival # 7 (à droite) ou l’Alsternixe (en bas à gauche).

Carnet de voyage

01 Voyez les attraits de l'Oregon, des origines du Pittock Mansion aux points de vue les plus photogéniques (et les moins fréquentés) sur le mont Hood, avec les visites personalisées d'America's Hub World Tours. (americashubworldtours.com)

02 Clubs de cuir, clientèle influente : la Multnomah Whiskey Library change des petits bars de Portland. Allez-y tôt en semaine (seul un membre peut réserver) et essayez un de ses 800 whiskys. (multnomahwhiskeylibrary.com)

03 À Astoria, Sara's Old Photos est un dépôt de vieilles photos (le nom le dit) retraçant le riche passé de la ville en matière d'exploitation forestière, de conserverie de poisson et d'activités maritimes. (Ouvert le mercredi de 10 h à 14 h, 800 Commercial St., 503-325-7969)

04 Régalez-vous de moules fumées avec aïoli aux fruits de mer ou de truite grillée à la crazy water (un bouillon de tomates épicé) à la Woodsman Tavern (propriété de Duane Sorenson, fondateur de Stumptown Coffee), à Portland, où box de bois foncé avoisinent murs olive ornés de paysages du Pacific Northwest. (woodsmantavern.com)


Salishan Lodge de Gleneden Beach

Où loger

Quand le brouillard glacial se lève (eh oui, au printemps, même en été), le foyer au gaz de votre chambre au Salishan Lodge de Gleneden Beach est une bénédiction. Allumez-le et admirez le vert émeraude du golf bien tondu descendant doucement jusqu'aux vagues déferlantes.
salishan.com

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