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Séoul : surprenante destination écolo en Asie

La capitale de la Corée du Sud verdit la jungle urbaine par la culture des parcs postindustriels, les toits verts et les fermes urbaines publiques.

Seoul eco travel - Namsan Park

La nature prend le dessus au parc de Namsan.

Ça peut sembler paradoxal, mais je suis venue à Séoul, mégapole de plus de 10 millions d'habitants, pour me rapprocher de la nature. Durant mon jogging matinal au parc de Namsan, version séoulienne du Grouse Grind de Vancouver, je cours avec précaution dans des sentiers qui serpentent et bifurquent parmi les grands pins, laissant derrière moi une source minérale qui jaillit du flanc granitique de la montagne et des mares couvertes de nénuphars.

Seoul eco travel - concrete spaces

D’arbre en arbre, Séoul troque le béton pour la verdure.

Mais ce n'est pas le parc le plus grand et le plus fréquenté en ville qui retient vraiment mon attention. Ce sont des endroits comme les petits boisés le long des autoroutes et la large bande de verdure qui borde le fleuve Han, qu'apprécient les cyclistes vêtus de lycra filant trois fois plus vite que la circulation. Séoul redonne de précieuses étendues à la nature (pas mal pour une ville deux fois plus densément peuplée que Mexico) ; là où ce n'est pas vraiment possible, la ville fait cohabiter verre, acier et béton avec arbres, herbes et cours d'eau. Presque partout où je pose les yeux, je vois de la végétation : terrains vagues industriels convertis en parcs, potagers publics poussant sur des immeubles de bureaux et toits verts servant de salons communautaires, tel celui qui s'étale sur le monument de l'heure, le Dongdaemun Design Plaza and Park, signé Zaha Hadid. Hyperindustrialisée et branchée sur les TI, la capitale de la Corée du Sud a décidé, il y a 15 ans, de jauger son succès à l'aune d'une croissance verte. Pour les gens qui, comme moi, s'intéressent au mouvement des villes biophiles, qui prône l'intégration de la nature à l'esthétique urbaine, Séoul fait figure de leader.

Seoul eco travel - Seonyudo Park

Au parc de Seonyudo, ancienne usine de traitement des eaux sur une île du fleuve Han, au centre de Séoul, les vieux bassins de filtration sont envahis de nénuphars, et ce qui reste de la station de pompage et des réservoirs désaffectés est couvert de plantes grimpantes. Oiseaux (et bambins) pataugent dans les ruisseaux limpides qui sillonnent le parc. En fait, les Séouliens de tout poil (des groupes d’ados en uniforme scolaire aux femmes d’âge mûr promenant leurs bichons havanais immaculés) aiment pendre le frais dans les dédales de sentiers. Pour une vue panoramique, rendez-vous aux belvédères ou vers l’arche du pont Seonyugyo.

« Séoul est très feng shui », me confie Chang-Hyun Lee en indiquant une carte historique de la ville dans son bureau d'angle avec vue sur un coteau verdoyant de Greater Gangnam. Le président du Seoul Institute, organisme public-privé chargé du projet écologique de la Ville, me donne un petit cours sur ce qui a poussé les moines bouddhistes à établir ici la capitale de la dynastie Choson, à la fin du xive siècle ; la couronne de montagnes au nord et le fleuve Han au sud offraient l'harmonie nécessaire aux humains. Mais le développement industriel fulgurant du milieu du xxe siècle a laissé près de la moitié de Séoul asphaltée et bétonnée. « On rêvait en gris, dit Lee de sa voix de baryton. Il faut maintenant passer au vert. »

Seoul eco travel - World Cup Park

C’est dur à croire, mais le parc de la Coupe du Monde était le site d’enfouissement de la ville. Il comprend cinq parcs sur 3,5 km2, dont le parc du Ciel (ou Haneul), couvert d’une prairie de hauts roseaux de Chine, variété native à épis plumeux. On y pique-nique en famille à l’ombre de plateformes surélevées aux toits de bois finement sculptés. Coupez à travers les herbes et vous atteindrez la lisière du parc, où admirer le fleuve Han et le centre-ville. Ou assoyez-vous dans le Bowl Full of Sky, un observatoire à ciel ouvert, et écoutez le murmure des insectes et le gazouillis des oiseaux alors que le soleil descend sur Séoul.

Curieuse de voir comment les choses évoluent, j'ai rendez-vous avec Gildong Moon, de la Green Bureau Parks and Landscape Planning Division, à l'hôtel de ville, immeuble de verre bleu qui s'avance telle une vague au-dessus de l'ancien hôtel de ville. Nous empruntons les canyons de gratte-ciels du quartier financier et administratif jusqu'à la place Cheonggye, où le son de l'eau jaillissante s'élève au-dessus des bruits de la rue. Nous sommes arrivés à la source du Cheonggyecheon, un cours d'eau de 5,8 km qui coule au centre-ville. Ce premier projet publicisé de renaturalisation de la ville a demandé de démanteler une autoroute surélevée, de dégager le ruisseau recouvert d'asphalte et de réintroduire arbres et poissons. J'aperçois un éclair orangé dans l'eau : une carpe. Le bali-bali (vite-vite) s'évanouit. Des couples se promènent main dans la main, des employés bien sapés circulent sur leurs vélos de ville. Lorsque nous passons près d'une chute, Moon s'arrête. « C'est la clim », rigole-t-il.

Seoul eco travel - Buk Seoul Museum of Art

Dans le nord-est de Séoul, résidents et touristes grimpent la verte colline où se dresse le Buk Seoul Museum of Art, quand ils ne prennent pas une pause contemplative dans le jardin sur le toit de l’immeuble, dont la salle lumineuse abrite des collections artistiques et culturelles ; un mur végétal annonce l’entrée du musée. Inspiré par le marais roselier qui se trouvait jadis à cet endroit, le complexe muséal de 17 000 m2 a remporté d’importants prix en architecture et en écologie pour avoir créé un lien entre les gens, l’art et la nature dans un quartier autrefois surtout connu pour ses tours d’habitation à haute densité.

Ayant rapidement pris l'habitude locale de me réfugier dans les parcs au moment le plus chaud de la journée, je me rends en métro dans le quartier Ttukseom, où se trouve la forêt de Séoul, une zone verte de 160 ha au confluent du Han et du Jungnangcheon, composée de cinq parcs. Ancien terrain de chasse de la famille royale, le lieu est ensuite devenu une usine d'épuration des eaux, puis un hippodrome et un terrain de golf, avant que la Ville décide d'en faire un parc public. Les citoyens ont participé à la conception et même à la plantation de différents végétaux. J'ai convenu une visite de la forêt avec deux des plus importants urbanistes de la ville. Le pensif Kangoh Lee est directeur général du Seoul Green Trust, tandis que le frisé Kyung Jin Zoh est professeur d'architecture paysagère à l'université nationale de Séoul. Les deux siègent au conseil de stratégie Green Growth et cherchent à mettre en contact et à faire interagir les citadins avec la nature.

Seoul eco travel - Cheonggyecheon Stream

Le premier grand projet de Séoul redonnant à la nature son droit de cité a débuté par le démantèlement d’une autoroute surélevée à quatre voies ; le cours du Cheonggyecheon, interrompu et enseveli sous la chaussée pendant des dizaines d’années, a été rétabli deux ans plus tard. Des carpes et des dizaines d’autres espèces de poisson y nagent désormais, le long d’un corridor luxuriant passant sous 22 ponts, tandis qu’abeilles et papillons volettent et se posent sur les fleurs d’une végétation qui se densifie en allant vers l’ouest. Inspirés par cette transformation inouïe, les citoyens de tout Séoul veulent revitaliser leurs ruisseaux et rivières.

Tandis que nous marchons du côté d'un jardin communautaire et d'un verger public, Lee raconte que les Coréens ont un héritage agricole vieux de 5000 ans. « Planter, cultiver et être en contact avec la nature, c'est dans mon ADN », affirme-t-il. Zoh ajoute qu'il a grandi dans un quartier où chaque famille avait un potager ; trois générations vivant sous le même toit cultivaient une bonne partie de la nourriture familiale. « Mais nous avons perdu une grosse part de notre culture et de nos traditions en nous urbanisant trop rapidement », explique Lee.

Seoul eco travel - Dongdaemun Design Plaza

Signé Zaha Hadid, le Dongdaemun Design Plaza and Park est coiffé d’un tapis de verdure.

L'époque où les villes étaient conçues pour l'industrie est en voie de s'éteindre ; urbanistes et architectes paysagistes repensent désormais l'espace urbain pour les gens qui y vivent. D'où la présence, ici dans la forêt de Séoul, de terrains de basket, d'une volière à papillons et même d'un parc animalier aux cerfs dodus qui se pressent contre la clôture de leur enclos quand des familles s'approchent de la distributrice de nourriture en granules. « Notre objectif, c'est d'avoir des parcs et des espaces verts à 10 minutes de marche pour chaque Séoulien », dit Zoh. C'est aussi ce que les bonzes du xive siècle avaient en tête.

ARTICLE CONNEXE: Où séjourner et quoi faire à Séoul, en Corée du Sud 

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Louis Cournoyer

Mardi, 7 juillet 2015 08:47
Excellent article sur Séoul qui donne envie d'y aller
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