À la loupe

Sports experts

Ces travailleurs de l’ombre, obnubilés par la météo, préparent le terrain aux plus importantes épreuves sportives mondiales.

Par Adam Elliott Segal

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Gérard Tiquet

Responsable des courts au stade Roland-Garros, site des Internationaux de France, Paris

Photo : Christophe Saïdi

On ne s’étonnera pas d’apprendre que Gérard Tiquet, qui soigne la terre battue de Roland-Garros depuis 16 ans, cultive pommes de terre et laitues dans sa cour. « Il faut sentir la terre. On s’occupera mieux d’une terre battue si on sait s’occuper d’un jardin », résume Tiquet, qui arrose, retourne et nivelle la surface en prévision des Internationaux de France, disputés fin mai. Pour le court central, dont la souplesse est prisée par les joueurs européens (dont Rafael Nadal, quadruple gagnant à Roland-Garros), Tiquet étale 80 t de calcaire mélangé avec de l’eau et de la brique. Il applique ensuite 2 t d’argile rouge, sous forme de brique pilée, et prie pour que le soleil brille et fasse sécher le tout. La pluie ralentit le jeu (la balle rebondit moins bien sur une terre détrempée), tandis qu’un temps chaud et sec l’accélère. Et le vent ? En 2006, il soufflait si fort qu’il a presque emporté la moitié de la couche argileuse. Lors d’un match, Nadal a même demandé qu’on rajoute de la terre battue, ce que le responsable des courts et les arbitres ont refusé sans ambages, car il aurait fallu arroser, ce qui n’est permis qu’entre les parties. « Si on arrose trop, la terre colle à la balle, explique Tiquet. Et les joueurs se plaignent. Avec 15 000 spectateurs, la tension est forte. »


Lindsay Durno

Directeur des opérations, Parc olympique de Whistler

Photo : VANOC / COVAN (Whistler)

« Quand on fabrique de la neige, le cauchemar, c’est d’avoir du temps doux et humide », confie Lindsay Durno. C’est pourtant dans ces conditions qu’il doit faire respecter les normes olympiques aux tremplins de Whistler. En effet, la vallée Callaghan, en Colombie-Britannique, reçoit environ 15 m de gros flocons humides par année. Idéale pour les fondus de poudreuse, cette neige ne plaît pas aux sauteurs, qui veulent des pistes « lisses comme un billard ». Il faut une surface parfaitement unie pour réussir un envol à 95 km/h, et bien ferme pour ne pas caler à l’atterrissage. Durno utilise donc le seul système frigorifique permanent pour tremplin au monde, qui fait circuler du glycol à -13 °C sur les côtés de chaque piste, pour les maintenir à une température constante. S’il neige durant les compétitions, une équipe déneigera la piste d’élan avec des souffleuses portables ; pour la piste de réception, elle effectue des descentes en dérapage pour compacter la surface. « Mais s’il neige trop fort, l’épreuve est arrêtée, affirme Durno. La sécurité des athlètes prime. »


George Brown

Responsable du parcours et du domaine au Turnberry Golf Club, hôte du British Open en 2009, Ayrshire, Écosse

Dans le livre de Michael Corcoran Duel in the Sun, le golfeur Ben Crenshaw qualifie le légendaire parcours de Turnberry, en Écosse, de « bruni ». George Brown le prend comme un compliment. En été, cet intendant de terrain réduit l’arrosage au minimum (l’excès d’irrigation des parcours nord-américains favorise l’effet rétro, qui empêche la balle de trop rouler une fois tombée dans l’allée) et laisse pousser fétuque, agrostide et autres graminées. Le climat écossais, capricieux, détermine l’état des allées. « Jouer ici, c’est chaque fois différent », dit Brown. Il intervient donc le moins possible. En dépit de pluies abondantes l’automne dernier (c’était tellement humide, dit-il, que « même les goélands s’en allaient à pied »), les golfeurs n’ont jamais cessé d’affluer, couvrant le terrain de boue. Mais le parcours sera sec bien avant le British Open, en juillet, et Brown tondra alors les verts à la hauteur réglementaire en tournoi de 4 mm. (La moyenne est normalement de 6 mm.) À 71 ans, il compare son propre jeu à ses amours : « Je ne suis pas aussi performant qu’avant, mais j’aime encore m’essayer. »


Dan Craig

Directeur des opérations des amphithéâtres de la Ligue nationale de hockey, Amérique du Nord

Demandez à Dan Craig quelles sont les conditions idéales pour un aréna de hockey, et il vous débitera sa liste. « La température dans l’édifice doit être entre 15 et 17 °C et l’humidité entre 40 et 44 %. La glace devrait être maintenue entre -6 et -7,5 °C. Les joueurs préfèrent une surface dure et vive, très lisse. Si les patins glissent bien, la rondelle n’en glissera que mieux. » Pour obtenir une glace dure et lisse, Craig commence par former trois minces couches en arrosant à l’eau chaude la surface de jeu, maintenue sous le point de congélation grâce au glycol ou au chlorure de calcium circulant dans une tubulure sous la glace. Il applique ensuite une couche de peinture blanche qu’il recouvre d’environ 2,5 cm de glace (soit une trentaine de couches). La surface est ensuite aplanie jusqu’à ce qu’elle soit lisse. « Après, on arrose à chaque match et à chaque entraînement. » Ces « resurfaçages », comme il les appelle, demandent jusqu’à trois couches, toujours en arrosant à l’eau chaude, pour minimiser la formation de bulles d’air, qui rendent la glace plus friable. Ce maître de la glace né à Jasper, en Alberta, adore son boulot. La preuve ? Chez lui, à River Falls, au Wisconsin, il lui arrive de se lever deux fois par nuit pour arroser la patinoire dans sa cour. « L’été, je dors », conclut-il.


Découvrez l’homme qui prépare le turf de Churchill Downs, site du derby du Kentucky.
enroute.aircanada.com/churchilldowns

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Publié: 1 avril 2009.

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