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Une classe de maître avec des artisans de Vienne et de Munich

Une tournée d’ateliers entre Munich et Vienne, avec le plus artisanal des galeristes canadiens.

Ateliers Munich

Dans le sens horaire : Glassworks Poschinger ; Carl Auböck ; Nymphenburg Porcelain ; Lobmeyr

Dans la manufacture de porcelaine du château de Nymphenburg, à Munich, 75 artisans fabriquent statues et vaisselle à la main, comme aux débuts de ce studio, il y a près de 300 ans. L’air absorbé et les doigts habiles, ils façonnent l’argile sur des tours actionnés par un ruisseau voisin, assis à d’immenses fenêtres, chaque fleur, plume ou arc éclairé à la lumière du jour.

La manufacture est un des quelques ateliers vieux de plusieurs générations aux environs de Munich et de Vienne à appliquer à la lettre des procédés d’avant la technologie moderne. Mon guide est le marchand de meubles Stephan Weishaupt, propriétaire d’Avenue Road, qui a des salles d’exposition à Toronto, à Vancouver et à New York. Né et ayant grandi à Munich, celui-ci visite la région presque chaque mois en quête de porcelaine, de laiton, de tissus d’ameublement et de cristal.

Nombre d’ateliers sont gérés par la cinquième ou sixième génération d’une même famille, explique Weishaupt. « Ils ont mis des siècles non seulement à développer mais à peaufiner leurs techniques, dit-il. D’abord pour des maisons comme celles de Habsbourg et de Wittelsbach, et maintenant pour les marchés mondiaux. » Voici quatre de ses ateliers préférés.


Glassworks Poschinger

Fragile équilibre : les verriers de Poschinger façonnent des coupes et la base de la convoitée table Bell dans leur atelier.

Glassworks Poschinger

La Table BELL est une étonnante création, une délicate tour de verre sur laquelle repose un énorme et lourd disque de métal. Conçue en 2012 par le Munichois Sebastian Herkner, elle doit être assemblée avec beaucoup de précision, sinon elle bascule et se fracasse. C’est un objet vedette à Avenue Road et une de ses composantes essentielles est produite chez Poschinger, un atelier de verre soufflé fondé il y a 450 ans dans une vaste grange au toit de bois dans les Alpes bavaroises.

Au centre du lieu trône un imposant four de brique aux portes en fer noir. Son importance est manifeste : il est installé sur une plateforme, comme sur la scène d’un théâtre. Il est d’ailleurs assez spectaculaire : quand on ouvre ses portes, sa gueule rougeoie d’un feu ardent, le verre en fusion bouillonnant à 1200 °C.

Autour du four, une demi-douzaine d’hommes roulent et soufflent le verre au bout de cannes d’acier de 2,5 m, tandis qu’un terrier nommé Linus leur court entre les jambes. Ils soufflent le verre dans des moules sculptés dans du hêtre, bois qui résiste à la chaleur, et se servent de spatules de bois pour faire disparaître les imperfections. Ils doivent donc non seulement compter sur une bonne paire de poumons, mais aussi sur leur habileté, afin que chaque face soit parfaitement droite, lisse et de niveau.

Moosauhütte 14, Frauenau, Allemagne, 49-099-269-4010, individual-glass.com

Carl Auböck

Les dinandiers font des pieds et des mains chez Carl Auböck.

Carl Auböck

Carl Auböck II est un des secrets les mieux gardés du design moderne du milieu du XXe siècle. Formé au Bauhaus, il a repris la ferronnerie de son père en 1929 et l’a illico aiguillée vers l’esthétique de son temps. Puis, Carl III s’est lié d’amitié avec Charles et Ray Eames et a collaboré avec la maison de couture Hermès, l’architecte Josef Frank et le designer d’ameublement George Nelson.

L’atelier est maintenant entre les mains du petit-fils Carl Auböck IV, un coléreux qui raconte volontiers des histoires raillant les éminents contemporains de son grand-père. « [L’architecte viennois] Oswald Haerdtl vivait de café et de cigarettes, me confie Auböck IV, et il est tombé raide mort à son bureau. » Les murs de l’atelier sont couverts de liège, les établis ont pris de l’âge et l’endroit résonne du martèlement du métal. « Il n’y a plus personne qui cisèle le métal, déclare Auböck IV. Le bruit assourdissant rend fou. »

Les objets d’Auböck sont impeccables. Une petite main en laiton, par exemple, aux doigts bizarrement filiformes, fait un presse-papier curieusement séduisant dont la popularité ne se dément pas depuis plus d’un demi-siècle. « Je suis si ému par l’éclat du laiton sous les feux du couchant, précise Auböck. Pour moi, c’est de la poésie. »

Bernardgasse 23, Vienne, 43-152-366-3120, werkstaette-carlauboeck.at

Lobmeyr

Le studio Lobmeyr à Vienne est reconnu pour ses objets fins en cristal et en verre faits main.

Lobmeyr

Lobmeyr a été fondée en 1823 pour fournir verrerie et lustres finement ciselés à la cour des Habsbourg. La monarchie ne règne plus sur l’Autriche (ses palais sont désormais de somptueux musées ouverts au public), et Lobmeyr s’est depuis diversifiée. Première cristallerie à utiliser les ampoules électriques d’Edison dans ses luminaires, l’entreprise a collaboré avec de grandes institutions, dont le Metropolitan Opera de New York. « Lobmeyr est extraordinaire, assure Weishaupt, car c’est un des rares endroits où tout se fait encore à la main. »

L’histoire crève les yeux dans ce studio, une remise trapue couleur pêche au cœur de Vienne. À l’extérieur, vases, chandeliers et verres à vin raffinés ornent les fenêtres à guillotine aux moulures noires. À l’intérieur, l’escalier de pierre a été foulé par tant de pieds qu’il a l’air moelleux, se creusant en son centre tel du beurre fondant. Partout, les machines (des burins à laiton qui sèment sur tout le plancher une fine poussière de métal évoquant les étincelles que produirait une fée dorée) ont l’air plus vieilles que bien des artisans.

L’entreprise fabrique encore des objets traditionnels, dont des verres à jus à motif de papillons (chaque aile est unique), ainsi que des pièces plus avant-gardistes, dont un dôme vitré abritant des échantillons de semences menacées par les changements climatiques. « Le cristal est incroyablement mince, précise Weishaupt, mais il est si robuste qu’il rebondit au lieu de se casser s’il tombe accidentellement par terre. »

Kärntner Strasse 26, Vienne, 43-151-205-0888, lobmeyr.at
 

Lobmeyr, le lustre Starburst

Corps céleste : le lustre Starburst.

Bilan chiffré :

Les lustres Starburst de Lobmeyr pour le Met

1966 Année où les premiers lustres ont été terminés, pour l’inauguration du Metropolitan Opera et la première mondiale d’Antony and Cleopatra, de Samuel Barber

12 Nombre de lustres suspendus dans la salle du Met ; il y en a 11 autres dans le hall d’entrée

49 000 Nombre de cristaux habillant les 1000 tiges d’acier pour créer l’effet d’étoiles rayonnantes

5,5 Largeur du plus grand des lustres, en mètres


Nymphenburg Porcelain

Dans une jolie fabrique artisanale jaune sur le terrain du château de Nymphenburg à Munich, des artisans confectionnent figurines, tasses, assiettes, bols et même têtes de mort dignes de la royauté.

Nymphenburg Porcelain

Le château de Nymphenburg, à Munich, a des jardins à la française, façon Versailles, et un palais des glaces si étincelant qu’il en rendrait Marie-Antoinette jalouse. Fondée en 1747, sa manufacture de porcelaine, logée dans un petit chalet canari, donne sur une vaste pelouse et est ceinte de haies taillées au cordeau. Frôlant l’édifice, un ruisseau alimente une turbine qui actionne les tours de potier depuis bien avant la mode de l’énergie durable.

La turbine n’est qu’un élément de la fabrication de porcelaine à l’ancienne. L’argile brute est mélangée sur place puis cuvée pendant deux ans, presque comme du vin, pour obtenir la consistance, la couleur et la texture voulues. Quand la porcelaine est à point, elle est soigneusement travaillée par des artisans. Bien qu’elle devienne dure comme le roc après cuisson, la matière première, entre des mains inexpérimentées, s’effrite comme de la feta.

Une dame qui travaille dans la fabrique me dit qu’elle adapte son approche au temps qu’il fait. « La température, l’humidité, tout affecte l’argile. Et donc, chaque jour est différent. J’apprends tous les jours. »

Nördliches Schlossrondell 8, Munich, 49-089-179-1970, nymphenburg.com
 

Carl Auböck shaker fastueux

Stephan Weishaupt
 
Stephan Weishaupt
Galeriste et propriétaire, Avenue Road

Qui d’or boit

Pour célébrer le 10e anniversaire d’Avenue Road en 2017, Weishaupt a commandé à Carl Auböck un shaker fastueux. L’intérieur est plaqué or 24 carats, métal qui n’altérera pas les saveurs subtiles des boissons qu’on y mélange. « J’aime tout ce qui est à base de bourbon », précise Weishaupt.

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