Voyage
Tous en piste
Panneaux solaires, chauffage géothermique, sentiers de nature : des aéroports verts font leur part pour la planète.

Par la fenêtre ouverte de son camion, Urs Kempf pointe le doigt en hurlant : « Là, regardez ! Voyez-vous ces grandes oreilles noires ? » Je ne vois rien. « Là, droit devant ! Devant la tour blanc et rouge. En plein là ! » Soudain je les vois, évidentes dans la grande prairie, quatre longues oreilles foncées appartenant à deux énormes lièvres d’Europe. Poursuivant notre chemin hors route, nous en avons bientôt plein la vue : ruisseaux torrentueux, chênes immenses, saules chevelus, quenouilles compactes, oiseaux en voie d’extinction (dont une alouette des champs et une locustelle tachetée). Mais le plus étonnant de cet avant-midi d’expédition, c’est que je me trouve dans une réserve naturelle formant une bande de près de 1 km, nichée entre les deux pistes principales de l’aéroport de Zurich.
Peu de plaques tournantes internationales peuvent se vanter d’abriter une zone protégée en pleine aire d’atterrissage. Malgré tout, des aéroports de partout dans le monde se donnent les moyens de protéger l’environnement (et de redorer en partie l’image ternie de l’aviation) : aérogares certifiées LEED, sentiers de nature, panneaux solaires, éoliennes. À l’aéroport de Zurich, outre la réserve naturelle, les mesures environnementales les plus spectaculaires sont… invisibles. Un poste de gaz naturel comprimé (une rareté dans un aéroport) y ravitaille la flotte de voitures, camions et autres véhicules modifiés à cet effet. Les toilettes fonctionnent à l’eau de pluie. La jetée E est chauffée et climatisée à l’énergie géothermique, et des photopiles contribuent à l’alimentation électrique de l’aéroport.
Au cours de mon expédition hors route, je remarque un avion de ligne stationné à un tout nouveau poste de dégivrage. Le liquide dégivrant fluo qui arrose les ailes s’écoule sur le sol, où il est drainé vers un réservoir souterrain. De là, m’explique Kempf, il est traité de diverses façons, selon sa concentration en carbone. S’il en est chargé, on le distille ou on l’achemine à une usine de traitement des eaux ; si sa teneur en carbone est faible, on le dirige vers des bassins de rétention, où il sera filtré naturellement. Le liquide modérément concentré en carbone est canalisé vers 700 asperseurs qui le vaporisent sur des plantations, où les micro-organismes présents dans le sol décomposent plus de 99 % de ses agents dégivrants. L’étape faite sur place est coûteuse (3,5 millions de francs suisses par an), mais cruciale : elle empêche les rivières, et la vie que celles-ci abritent, d’étouffer par manque d’oxygène. (Il existe d’autres moyens novateurs de faire fondre la neige et la glace : le dégivrage à infrarouge a permis à l’aéroport JFK, à New York, de réduire l’utilisation de dégivrants chimiques sur plusieurs appareils de plus de 75 %.)

La réserve et les autres sites naturels à l’aéroport et autour forment le deuxième plus grand marais de la région. (Certaines parties ont été déclarées « objets naturels d’importance nationale ».) Ils fournissent un refuge à plus de 50 espèces végétales et animales, dont certaines (amphibiens, oiseaux et papillons) sont rares ou protégées. En tout, l’aéroport est propriétaire de quelque 500 ha d’espaces verts réservés.
Les avions rugissent autour de nous alors que nous déambulons le long de la rivière. « C’est un cas de symbiose entre la nature et la technologie », résume Kempf, qui s’occupe des espaces verts de l’aéroport avec les 19 membres de son équipe de jardiniers, de préposés à l’entretien et de chasseurs. Une clôture grillagée ceinture l’aérodrome, le long des 22 km de pistes cyclables, pour permettre l’observation des avions en toute sécurité (passe-temps de prédilection ici) et la contemplation de la nature (populaire également). On peut même louer des vélos à l’aéroport. Toutefois, le pavage mis en place en 2007 pour assurer un roulement plus doux a fait problème. Les animaux ne pouvaient plus aller et venir à volonté entre les différents sites naturels. « On s’est dit qu’il fallait ouvrir l’aéroport aux animaux. Mais pas plus gros qu’un blaireau », raconte Kempf. Le long du sentier, j’aperçois au pied de la clôture quelques trous de la circonférence d’un pamplemousse par où les petites bêtes sortent pour aller dans les champs. Kempf m’indique des empreintes fraîches dans la boue : « Voyez, ces ouvertures servent beaucoup. »
De retour dans le camion, nous filons le long des pistes, parmi les arbres et les hautes herbes. Kempf est pressé de me faire voir autre chose. Il se range, enclenche le frein à main et me fait traverser un pont qui enjambe la rivière serpentant sur le terrain de l’aéroport. Il me montre d’abord des traces de renard, puis des poissons dans l’eau, avant d’attirer mon attention sur un amas de branches coupées dans la rivière. « Des kastars », lance-t-il avec son accent alémanique. Des quoi ? « Des kastars, reprend-il. Qui rongent les arbres. » Le Canada aurait-il doté l’aéroport d’une rare colonie de castors bricoleurs ? « Mais comment sont-ils arrivés jusqu’ici ? » je demande. « La nature a de nombreux secrets, me répond Kempf. Et je crois que c’est très bien ainsi. »
Vos commentaires : courrier@enroutemag.net
Toronto (YYZ)
Attrait vert
Sous la supervision de fauconniers des Services environnementaux Faucon, de Montréal, 29 rapaces patrouillent le ciel de l’aéroport pour faire fuir de façon naturelle les volées importunes d’oiseaux.
En prime
Des véhicules hybrides émettent moins de gaz à effet de serre, et une partie des déchets de cuisine de l’aéroport est compostée sur place.
Vancouver (YVR)
Attrait vert
Deux Border Collie dressés à cet effet travaillent de pair avec des agents de gestion pour débarrasser le terrain de 1300 ha des bestioles indésirables.
En prime
Un système de chauffage solaire de l’eau comprenant 100 panneaux installés sur le toit de l’aérogare des vols intérieurs produit 3000 l d’eau chaude à l’heure.
Boston (BOS)
Attrait vert
Sur le toit de l’immeuble administratif de l’aéroport, 20 éoliennes trapues à axe horizontal fournissent 100 000 kWh (ou 360 GJ) par an, soit 2 % des besoins de l’immeuble en électricité.
En prime
Le Terminal A, doté d’un toit et de fenêtres réfléchissants, d’urinoirs secs et d’un système de filtrage des eaux de ruissellement, est la première aérogare certifiée LEED au monde.
Beijing (PEK)
Attrait vert
Des centaines de lucarnes inondent les trois nouvelles aérogares de lumière naturelle, qui se substitue à l’éclairage artificiel. Orientées au sud-est, elles laissent entrer la chaleur du soleil matinal.
En prime
Les architectes ont privilégié main-d’œuvre et matériaux régionaux, réduisant ainsi les émissions dues au transport et encourageant le génie local.
Zurich
Les chambres Business Class du nouveau Radisson Blu Hotel Zurich Airport, à deux pas de la réserve naturelle de l’aéroport, vous offrent gracieusement les films de la télé payante, les grignotines du minibar et un super buffet‑déjeuner, avec danoises, fruits et pain frais.
Aéroport de Zurich, 41-44-800-4040, zurich.radissonsas.com
Le Central Plaza Hotel ne saurait être mieux situé ; il donne sur la Limmat et avoisine le vieux Zurich. Traversez le pont et vous voilà en plein cœur du Platzspitz, oasis où sont régulièrement organisés des concerts nocturnes et des pièces de théâtre en plein air.
Central 1, 41-44-256-5656, central.ch
Zurich
Tout près de la Bahnhofstrasse, le Hiltl, fondé en 1898, figure au Mondial des records de Guinness comme premier et plus ancien resto végétarien d’Europe. Le légendaire menu propose une gamme changeante de classiques signés Hiltl, dont une paella aux artichauts, aux aubergines, aux oignons et aux poivrons.
Shilstrasse 28, 41-44-227-7000, hiltl.ch
Tout près du vieux Zurich, Le Dézaley est un resto familial chaleureux et animé où les repas sont égayés d’éclats en français et de plats vaudois de saucisses et de viandes séchées. Mieux encore, essayez la spécialité nationale : la fondue au fromage.
Römergasse 7+9, 41-44-251-6129, le-dezaley.ch
Zurich
Faites une visite guidée de la réserve naturelle de l’aéroport ou louez un vélo ou des patins à roues alignées au centre de services pour explorer le vaste réseau de sentiers avoisinants.
Aéroport de Zurich, 41-43-816-8600, zurich-airport.com
Le nouveau Spa du Dolder Grand offre un autre type de communion avec la nature, qui passe par des tsunaburo (bains remplis de galets tièdes) à la japonaise et une salle Snow Paradise tapissée de 30 cm de vraie neige. Bâti en 1899, le spa est plus vert que jamais après quatre années de rénovations ; un système de chauffage géothermique a réduit de moitié la consommation d’énergie de l’endroit.
Kurhausstrasse 65, 41-44-456-6000, thedoldergrand.com
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Premier prix, catégorie récit.
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