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Une épique virée en voiture, de Munich à Monaco

Au volant d’une voiture sport, notre chauffeur désigné confond route et destination entre Munich et Monaco.

Le Stelvio

Au col du Stelvio, ces lacets délassent-ils ?

Je file en BMW M4 sur un parcours en slalom dans un vieil aérodrome près de Munich. L’ancien pilote automobile Walter Haupt, qui me sert de moniteur pour cette leçon, aboie ses instructions par talkie-walkie. « T’as tué un cône ! » hurle cet ingénieur en mécanique automobile de longue date à BMW. (Ça m’apprendra à me presser pour faire un bon temps.) À l’exercice sur le freinage d’urgence, je fonce sur un barrage de cônes orange ; de peur d’en heurter encore un, je freine. Au ton de sa voix, Haupt semble consterné : « Nein, nein, nein. Trop tôt. On a inventé l’ABS : sers-t’en à l’avenir ! »

Bière qui roule n’amasse pas mousse à l’Augustiner Keller de Munich.

Bière qui roule n’amasse pas mousse à l’Augustiner Keller de Munich.

J’ai pour condisciples 31 autophiles canadiens venus à Munich prendre livraison de leurs voitures de marque M à la sortie de l’usine (à la visite de laquelle, plus tôt aujourd’hui, l’un d’eux fredonnait la Marche nuptiale quand les robots « mariaient » groupe motopropulseur et carrosserie). Leur auto reçue, ils rouleront de la Bavière couverte de pins à la Côte d’Azur bordée de palmiers, soit six pays en six jours sur 1500 km, un peu comme dans le vieux film Mardi ?… C’est donc la Belgique, puissance 10.


ARTICLE CONNEXE : 6 choses à faire entre Munich et Monaco


Contrairement à eux, j’avais besoin de cette remise à niveau : les rares fois où je prends le volant chez moi, dans la baie de San Francisco, c’est celui d’une auguste berline Mercedes diesel de 1976, qui n’a ni la puissance ni les gadgets de la M6 flambant neuve qu’on me prête. Heureusement, je partagerai le volant avec mon conjoint fou des voitures, David.

l’Interalpen-Hotel Tyrol, en Autriche

Trempette avec vue à l’Interalpen-Hotel Tyrol, en Autriche.

Cours de remise à niveau terminé, j’ai hâte de prendre la route, mais pas autant que le gars qui finit premier au slalom sans toucher un seul cône. Michael McElree, pharmacien de Courtenay, en Colombie-Britannique, comptait sur son cellulaire les dodos jusqu’à la livraison, et ses yeux bruns qu’encadrent de grosses lunettes BMW brillent quand il parle de la remise des clés du lendemain. « J’étais à 100, et là, c’est 1 qui s’affiche. Juste un jour. » Le lendemain matin, une navette nous amène de notre hôtel du vieux Munich jusqu’au futuriste BMW Welt, énorme disque d’argent situé non loin du parc olympique des JO de 1972. Si la voiture est une religion en Allemagne, le Welt, comme les membres du groupe l’appellent, est un temple. À notre arrivée, une Isetta à trois roues, l’une des plus petites BMW jamais produites, circule dans le vaste hall à coup de klaxon. Je vois des restos, un musée de l’auto et des boutiques remplies d’articles de la marque. Je suis les nouveaux propriétaires jusqu’à une salle où ils signent des documents et sirotent du champagne avant de sortir sur une passerelle qui surplombe l’aire d’exposition. Fébrilement, chacun cherche sa voiture : « Moi, j’ai la bleu tanzanite avec l’intérieur brun Cohiba. »

pause sur la côte ligurienne, en Italie

Pause sur la côte ligurienne, en Italie.

Après dîner, nous partons en un seul grand convoi. Ça fait du bien de sortir de Munich et de clencher sur l’Autobahn. Quand je mets pleins gaz, on dirait l’instant où le cosmos se liquéfie autour du Faucon Millenium dans La guerre des étoiles. Pourtant, les autres me dépassent bientôt et disparaissent au loin. Malgré l’horaire serré, j’ai envie d’explorer un peu le continent qui défile. David et moi faisons une première halte à un château à flanc de colline qu’a fait construire Louis II de Bavière. Moins célèbre que Neuschwanstein, le théâtral Linderhof est conçu à l’image du Petit Trianon de Versailles, avec des coins intimes cernés de haies et un lac rempli de fontaines que le roi aimait qu’on lui fasse traverser dans une barque cygnoïde.

MW Welt de Munich

Gauche à droite: Au BMW Welt de Munich, les conducteurs prennent le volant d’autos flambant neuves; mû par la lumière au bout du tunnel.

Nous flânons dans la vieille ville marchande de Murnau am Staffelsee, où nous vi­si­tons l’église baroque et offrons des priè­res à Notre-Dame des Douleurs. Nous traînons à la terrasse d’un Konditorei devant un Kaffee und Kuchen, classique allemand d’après-midi. Un accordéoniste joue O Susannah, des hirondelles dessinent des arcs au-dessus de la rue pavée et notre table a vue sur les Alpes, que nous devons franchir. Rare pause idyllique dans cette cavalcade effrénée, et qu’il nous faut payer : malgré la puissance de notre auto, nous passons près de rater le souper.

Suisse et redescend en Italie.

Parfois il faut savoir s’élever quand on veut prendre la voie royale : culminant à 2757 m d’altitude, la route du col du Stelvio, qui grimpe en lacets depuis la Suisse et redescend en Italie, est la plus haute des Alpes orientales.

Mercredi ?… C’est donc l’Autriche, et notre hôtel sur la montagne sert la crème des déjeuners. À l’Interalpen-Hotel Tyrol, le miel coule des rayons. Il y a des pichets de jus de petits fruits, 23 sortes de pain, 7 mueslis et le babeurre prisé des randonneurs autrichiens. Sorti marcher pour faire passer quelques Brötchen à la confiture, je suis plongé dans La mélodie du bonheur, euphorique devant l’immensité des Alpes tyroliennes. Au garage, on s’anime : les nouveaux propriétaires astiquent fièrement leurs bébés avec les crèmes et chamois qu’ils ont apportés, telles des mamans bichonnant leurs débutantes pour le bal.

 Le château de Rapallo

Le château de Rapallo, sur le golfe de Gênes, bâti au milieu du xvie siècle pour repousser les vaisseaux pirates, sert aujourd’hui de phare aux amateurs de bains de soleil.

Car une grande occasion attend les bolides aujourd’hui. Selon Top Gear, la route du col du Stelvio est la meilleure au monde. Sortant d’Autriche pour entrer dans une vallée du Tyrol italien, nous nous regroupons près d’un lac d’où émerge le clocher d’une église engloutie. Alors débute l’ascension de 1871 m jusqu’au col débouchant en Suisse. Stirling Moss, un des pilotes les plus rapides de l’histoire, a pris le champ sur cette route, et la montée me terrifie. Ne pas regarder en bas, ne surtout pas regarder en bas ; éviter les cyclistes, les véhicules qu’on croise et la foutue marmotte qui a décidé de traverser la voie. Mû par l’instinct de conservation, mon copain, bien meilleur automobiliste que moi, me guide à haute voix au long des 48 virages en épingle à cheveux numérotés. L’épreuve surmontée, je suis soulagé en atteignant le sommet. Mais pour Billy Sze, constructeur de maisons vancouvérois, l’ascension est un pur plaisir. L’accompagnent sa femme, Wing Lau, et leur fillette de quatre ans, Kaitlyn. « J’avais peur que ma fille trouve le col trop effrayant, mais elle n’arrêtait pas de crier : “Plus vite, papa, plus vite !” » Lorsque je vois la petite le soir au souper, elle a les tresses à l’horizontale. Le dieu de la vitesse vient de faire une autre fidèle.

Le casino de Monte-Carlo et du vert à Ascona, en Italie.

Gauche à droite: Le casino de Monte-Carlo, dans la Principauté de Monaco, joue le grand jeu ; on se met au vert à Ascona, en Italie.

La Suisse passe à toute allure, avec ses cascades, vaches à poil long et églises calvinistes surmontées de flèches. Les Allemands nous ont prévenus de l’intolérance suisse pour les fous du volant : « Ces gens-là ne font pas de voitures, juste du chocolat ; ils ne l’ont pas », blague l’un d’eux. Après avoir admiré une célèbre œuvre d’architecture contemporaine à Saint-Moritz, le chalet en forme de jujube Chesa Futura, conçu par l’architecte vedette sir Norman Foster, nous dévalons vers la côte méditerranéenne : oreille, débouche-toi. Nous filons sur les autostrade d’Italie, où j’établis mon record de vitesse sur route, jusqu’à Portofino. La côte ligurienne a été célébrée en vers par lord Byron et à l’écran dans L’énigmatique M. Ripley. Autour de pâtes servies dans une meule de parmesan, les membres du groupe ne parlent ni de cinéma ni de poésie, mais discutent de types de pneus et de savoir si le nouveau directeur du design de BMW, le Canadien Karim Habib, a bien su réinterpréter les fameuses calandres réniformes de la firme.

Portofino à petite allure

Portofino à petite allure.

Comme approche la fin du périple, je décide de monter avec l’un des nouveaux propriétaires pour voir ce qu’il tire de sa voiture. Au souper, le pilote d’avion vancouvérois Chris Carpenter m’a semblé si doux, si prévenant. Comme il est venu seul, peut-être apprécierait-il un peu de compagnie ? Me voici donc dans le siège passager de sa M3, vers l’avant du convoi, filant à travers les Alpes maritimes sur une route sinueuse de France. Il conduit (ils conduisent tous) avec la précision d’un pilote de F1, tandis que loin en contrebas pointent les cimes de pins parasols. Je me fais ballotter dans mon siège, tenant sa GoPro pour tenter de capter cette « fantastique équipée » pour la postérité (de qui, je n’en sais rien). Enfin parvenu sain et sauf au-delà des derniers traîtres tournants, je suis en compote.

le chalet Chesa Futura

Le chalet Chesa Futura, signé sir Norman Foster, vous accueille rondement.

Le dernier jour, nous arrivons à Monaco, aux yachts de milliardaires flottant dans le port et aux femmes sculpturales défilant telles des mannequins dans le hall d’hôtel. Au dernier étage du Fairmont Monte Carlo a lieu un festin d’adieu, que cuisine un chef au pinacle des honneurs culinaires (il est Meilleur ouvrier de France). On donne des prix rigolos ; Carpenter : meilleur artiste solo ; Sze : prix de la relève ; McElree : le Pleins Gaz. Tous les groupes ne sont pas soudés en voyage, mais celui-ci l’est. Et pour cause. La conversation ne tarit jamais quand on peut discuter des avantages et inconvénients des disques de frein en céramique.

BMW sur la route

L’autostrade italienne vous met sur la bonne voie.

Tout bien pesé, je préfère voyager à mon rythme, couvrir moins de terrain et m’arrêter plus souvent. Mais à un moment donné, vers la mi-parcours (était-ce en Autriche ou en Suisse ?), j’ai cessé de regretter tous les champs de bataille, musées et cathédrales qui défilaient dans notre course folle. Car il est parfois plus amusant de mettre les gaz et de se laisser emporter.

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