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Voyage au bout de la nuit
Encore plus que New York, Madrid s'éveille à la nuit tombée, et l'on y boit, mange et fête jusqu'à l'aube.
Un vendredi soir typique à Madrid : une amie et moi sortons souper dans un bar à tapas ou deux. Premier arrêt, la Casa Lucio, dans Cava Baja, une petite rue, au cœur de la ville, aussi ancienne qu’animée, renommée pour ses nombreuses tascas. Toutes les tables étant prises, nous nous installons au bar et commandons le plat chouchou des Madrilènes, des callos a la madrileña, ou tripes en cocotte, avec chorizo et piments.
J’adore ce plat : de moelleux petits anneaux de gras-double et d’épaisses tranches de chorizo baignant dans une épaisse sauce rouge sang assaisonnée de pimentón (le paprika espagnol fumé de La Vera, dont l’odeur et le goût rappellent le chipotle), servis dans un plat en terre cuite. Nous optons pour le vin maison, qui s’avère un régal : un étonnant assemblage à base de tempranillo produit en banlieue de la ville, dont le bouquet de poivre, de raisin sec et de café s’harmonise parfaitement avec le côté rustique des tripes. Le barman nous fait aussi goûter un Homet (un autre assemblage à base de tempranillo), puis un extraordinaire grenache de Qubél, si bon que nous en commandons une bouteille à notre deuxième arrêt, le bar à pintxos Juana la Loca, pour accompagner notre portion de longe de porc saupoudrée de poivron séché, mais aussi un carpaccio de bonite, des cœurs d’artichauts farcis et le plat du soir, un risotto aux truffes.
Là-dessus, il est minuit (où a filé le temps ?) et il n’y a plus un mètre carré de libre dans cette tasca dernier cri ; trois ou quatre rangées de jeunes gens se pressent au bar et les convives s’entassent à six ou plus aux tables, prévues pour quatre. À travers la foule, les serveurs vont et viennent en un ballet ininterrompu, sortant de la cuisine les bras chargés d’assiettes de queues de boeuf braisées joliment présentées, de sardines arrangées avec art et de jamón ibérico de bellota, charcuterie vénérée en Espagne, le roi des jambons, tiré de porcs s’alimentant librement, essentiellement de glands.
Associant « tapas » à « début de soirée », je prévoyais être au lit à cette heure-ci. Mais tous mes sens sont en éveil, stimulés par la conversation, la house, le vin et, bien sûr, les plats. « Un dernier arrêt, tout près d’ici, ça te dirait ? s’enquiert mon amie Lisa. On va juste jeter un œil, il faut que tu voies ça. » Je n’hésite qu’un instant et nous sortons nous fondre dans la foule grouillant dans Cava Baja, en plein quartier historique de la Latina, en route vers La Soleá, un bar flamenco aux murs carrelés de bleu et de blanc et aux bancs en bois où s’agglutinent des jeunes visiblement ravis. Encore une fois, Madrid m’étonne, moi qui croyais que le flamenco était démodé, réservé aux touristes. C’est loin d’être le cas.
Dans un coin, un guitariste à queue de cheval cajole une mélodie pendant qu’à sa droite une jeune femme aux cheveux d’un rouge éclatant et aux lèvres plus rouges encore chante de toute son âme, les yeux clos, la tête inclinée. Les spectateurs, comme possédés, tapent du pied, se balancent, vibrent avec la musique au point que la salle semble sur le point de se consumer en un voluptueux nuage de fumée.
Avec son nez triangulaire, sa bouche rectangulaire et ses yeux écartés, la chanteuse a l’air d’une toile cubiste vivante, de la fille de Picasso. Sa voix fait taire la salle et me rend fébrile. Je me penche à l’oreille de Lisa : « La mujer es encendida. »
Je commande une bouteille de cava, en demandant au serveur d’aller en porter un verre à la chanteuse. Une fois sa chanson terminée, celle-ci vient nous rejoindre. Je nous verse nerveusement un autre verre du vin mousseux. Il est maintenant passé 2 h. Le début de soirée est loin.
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Les chambres, petites mais élégantes, du De las Letras Hotel & Restaurante, à deux pas des musées du Prado et Reina Sofía, proposent des exemplaires du Guía Gurú, qui déborde de suggestions d’adresses de restos ou de boutiques. Au rez-de-chaussée, le superbe DL sert cava et tapas. Si le temps le permet, allez siroter un drink à la terrasse sur le toit.
Calle Gran Vía, 11, 34-91-523-7980, hoteldelasletras.com
Taberna los Huevos de Lucio
À Madrid, une multitude de restos de tapas vous régalent jusqu’aux petites heures du matin. On craque pour les tapas aux œufs de la Taberna los Huevos de Lucio (les Huevos los Clásicos sont les meilleurs cocos frits sur pain grillé au monde). Juana la Loca sert de grosses portions (idéales à partager) et est l’un des rares restos de tapas qui acceptent les réservations. Finissez la soirée (ou la nuit) sur un air de flamenco à La Soleá, dans Cava Baja.
Taberna los Huevos de Lucio Calle Cava Baja, 30, 34-91-366-2984, casalucio.es
Juana la Loca Plaza de Puerta Moros, 4, 34-91-364-0525
La Soleá Cava Baja, 27, 34-91-366-0534
Au Sergi Arola Gastro, nouvelle table d’un ancien protégé de Ferran Adrià, l’addition (table d'hôte à partir de 190 $) est à la hauteur du raffinement (pétoncles recouverts de copeaux de truffes
Patrimonio Comunal Olivarero
Pour dénicher de l’huile d’olive artisanale, des sardines en boîte ou des poivrons piquillo, visitez ces deux épiceries fines.
Gold Gourmet Calle José Ortega y Gasset, 85-87, 34-91-402-0363, goldgourmet.es
Patrimonio Comunal Olivarero Calle Mejía Lequerica, 1, 34-91-308-0505, pco.es
Les tournées de vignobles de Viavinum comprennent des virées de trois ou cinq jours dans la vallée du Douro et à La Rioja. Des visites aux alentours de Madrid peuvent être combinées à une tournée des bars à tapas de Cava Baja.
34-91-371-7638, viavinumtours.com
La cave Lavinia est organisée comme une bibliothèque, et ses employés, fins connaisseurs, sont à votre disposition pour vous aider à trouver la bouteille qu





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