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Adoptez le plein air au Danemark

Entre plages sur la Baltique et parois en granit, l’île de Bornholm est une véritable base de plein air.

La plage de Dueodde

Le paysage de la plage de Dueodde est à préserver.

C’est à cause des enfants. En arrivant à ma leçon d’escalade de rocher dans une ancienne granitière de l’île danoise de Bornholm, je ne m’attendais pas à sauter d’une falaise de 25 m. Mais je ne peux perdre la face devant une bande de gamins de 11 ans. Un par un, ils s’attachent à la corde de rappel et prennent leur envol comme des balbuzards en chasse, alors que j’essaie d’oublier la distance qui s’amenuise entre moi (encore capable d’agripper une branche d’arbre) et le vide. Je me concentre sur l’abri de bois moderne suspendu à la falaise d’en face, les abeilles solitaires qui bourdonnent, les paquebots sur la Baltique là-bas et... « C’est à vous », m’avise la fille derrière moi. L’heure de vérité a sonné.

Au sommet du Hammeren, une vue du château huit fois centenaire de Hammershus et le port de Hammerhavnen

Une fois au sommet du Hammeren, prisé des coureurs qui s’entraînent dans la partie nord de Bornholm, plus accidentée, vous serez récompensé par une vue qui englobe les ruines du château huit fois centenaire de Hammershus. Faites ensuite le plein de gâteau aux noix et de café au port de Hammerhavnen.

Tant bien que mal, je parviens à faire un pas dans le vide et me retrouve bientôt à dévaler plusieurs ères géologiques. Je me sens comme Supergirl (mais j’ai plutôt l’air du Schtroumpf maladroit). J’ai même le courage de tourner la tête vers la plaine d’herbe et de gravier en bas. Anders Pedersen, grimpeur aguerri et guide pour Bornholms Outdoorcenter, m’envoie la main. Il m’accueille sur la terre ferme avec un tope là, avant de m’entraîner vers la corde d’alpinisme. « Difficile de croire qu’il y a 20 ans à peine, cette carrière était encore exploitée », lance-t-il en pointant des groupes qui escaladent le roc taillé à la main. Cette ancienne mine de granit industriel est désormais la zone protégée de Vang, comprenant des sentiers sinueux de vélo de montagne, des pistes de randonnée sur le bord de falaises, un pont en métal ouvré servant également d’installation artistique et des secteurs aux noms évocateurs tels que Klondyke et Himalaya. Nous sommes aux falaises dites du Nevada, où j’essaie de ne pas piétiner les plantes qui poussent obstinément dans la roche chauffée par le soleil.

Descendre en rappel dans la zone protégée de Vang ; harnaché

De gauche à droite : Descendre en rappel dans la zone protégée de Vang, une ancienne granitière, c’est comme prendre un raccourci dans l’histoire géologique ; harnaché et prêt à partir.

Ce n’est pas tout à fait le Danemark que j’avais imaginé. Je suis venue à Bornholm (flottant entre la Suède et la Pologne, cette île est l’endroit le plus ensoleillé du pays) pour des vacances balnéaires avec une touche de design danois et de nouvelle cuisine scandinave, et pour la lumière bleutée rendue célèbre par les peintres de Skagen (l’équivalent local du Groupe des sept) P.S. Krøyer et Michael Ancher. J’y trouve tout ça, mais je me fais aussi brasser. Contrairement au terrain plat de la partie continentale, cette île a de beaux reliefs : littoral déchiqueté, collines escarpées et falaises au nord, hêtraies magiques sillonnées de sentiers pédestres et cyclables (avec çà et là un bison d’Europe) au centre et, au sud, des plages venteuses de sable blanc pour le surf et la planche aérotractée. C’est un véritable centre de loisirs, ce qui explique pourquoi tant de Danois sportifs s’y exilent.

Des rochers de Bornholm

Outre ses rochers, Bornholm compte plusieurs plages permettant de profiter de l’endroit le plus ensoleillé du Danemark.

« Comme coureur de fond, je ne m’imagine pas vivre ailleurs », déclare Kim Rasmussen, qui porte short et chaussures de sport quand nous faisons connaissance à Hammerhavnen, petit port de plaisance. Cet ultra-marathonien a aidé à populariser la course en sentier au Danemark quand il a lancé avec sa conjointe, Lene Møller, le club sportif Tejn IF Løb, qui fait aussi dans les raids nature et les courses de vélo de montagne. Rasmussen a hâte de me faire découvrir le meilleur terrain d’entraînement du pays. Mme Møller ne vient pas : « Quelqu’un doit s’occuper du gâteau et du café pour le retour », dit-elle en indiquant un bâtiment en bois abritant un café. Rasmussen m’avertit qu’il n’ira pas très vite : « J’ai couru un marathon hier. » Je suis soulagée ; j’arriverai peut-être à le suivre.

René Larsen dans Almindingen

Le naturaliste René Larsen jase d’arbres et de Vikings dans l’Almindingen, troisième forêt du pays.

Nous empruntons un sentier escarpé qui serpente parmi chênes et pins. Je suis à bout de souffle quand Rasmussen me dit candidement s’entraîner pour les 166 km de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. Mon regard se pose sur le port ensoleillé en contrebas et les ruines du château de Hammershus, du xiiie siècle, sur la colline voisine. C’est plus vallonné que le reste du Danemark, mais ça n’a rien à voir avec les Alpes. « Mes copains et moi refaisons le parcours plusieurs fois », avoue Rasmussen quand on arrive au point le plus élevé du sentier. Par chance, les animaux qu’on croise m’évitent de penser à ma mauvaise forme physique. Un banc de guppys en goguette traverse un étang (autre carrière désaffectée), des lapins sautillent à nos pieds, et à un moment donné une vache nous coupe le chemin. En redescendant, je repense au gâteau de Mme Møller. J’adopte une cadence confortable en fredonnant : « Don’t quarry, be happy. »

Voguez sur la Baltique en pagayant

Voguez sur la Baltique en pagayant dans les vagues gris foncé.

« Bornholm ! » Bornholm, Bornholm… « roches ! » Roches, roches… Ekkodalen (vallée de l’écho) est une faille de granit qui traverse le centre de l’île. Ayant confirmé qu’elle porte bien son nom, j’emboîte le pas au naturaliste René Larsen dans la troisième forêt du Danemark, tachetée de lumière. « Il y a 200 ans, il n’y avait pas tant d’arbres dans l’Almindingen », assure-t-il. Les vaches et, plus tard, les sociétés forestières ont tout mangé sur leur passage, laissant à peine quelques hêtres, chênes et charmes (au bois plus dur que du béton) sur un terrain qui, par chance, était difficile d’accès. Aujourd’hui, cette forêt s’inscrit dans la stratégie verte de l’île, avec les sites industriels devenus gyms à ciel ouvert, les éoliennes visibles de la tour d’observation au sommet de l’Almindingen et le Green Solution House, seul hôtel certifié Cradle to Cradle (une approche zéro pollution du design) au monde, où j’ai dormi hier soir. Alors que nous parcourons des sentiers de vélo de montagne avec rampes et tremplins en bois, Larsen me dit qu’on trouve ici des bisons d’Europe, importés de Pologne pour maintenir l’équilibre de la forêt. « Ils se nourrissent de branches et d’arbustes, précise-t-il, et empêchent la forêt d’être trop dense et trop sombre, créant ainsi un habitat pour plus d’espèces végétales et animales. » Bornholm est une toile en plusieurs nuances de vert.

Le sable des plages du sud Bornholm

Le sable des plages du sud est si fin qu’il servait pour les sabliers.

Roulant sur l’île, j’ajoute du jaune à la palette : du canola se balance le long des vastes champs de blé, de seigle et de blé dur. Les villages de pêcheurs, qui l’été deviennent des lieux de villégiature, apportent également leurs couleurs. À Allinge, les rues étroites sont bordées de maisons, d’auberges et d’hôtels rouge et blanc ou rouge et jaune. En empruntant les routes sinueu­ses menant à Gudhjem, j’ai l’impression de descendre vers un village maritime italien couronné de tuiles en terre cuite. Les maisons bleu ciel, ocre et roses de Gudhjem sont plus ravissantes les unes que les autres et mettent en valeur les figuiers et les pêchers, arbres fruitiers que je ne m’attendais pas à trouver en Scandinavie. Pourtant, les couleurs de la Baltique dominent : bleu-vert, gris d’étain, saphir et gris foncé.

Gudhjem ; resto du Stammershalle Badehotel

De gauche à droite : Considéré comme le plus joli village de Bornholm, Gudhjem se pare de rouge et de jaune ; prenez le temps de savourer un repas de plusieurs services au resto du Stammershalle Badehotel, où nouvelle cuisine scandinave et saveurs internationales se marient.

Le jour où je décide de voir Bornholm depuis l’eau, mon kayak fend une onde bleue. Le sillage se remplit de bulles, comme de minuscules repères sur une carte nautique. « Nous allons pagayer pour contourner la pointe », crie mon guide Lars Engström. Au moment où nous atteignons le point le plus au nord, la plage de sable qui borde les villes jumelles d’Allinge et de Sandvig a déjà disparu et le courant nous mène plus loin dans le soleil couchant. Nous glissons sous des flancs pailletés de genêts à balais, dont les fleurs jaunes sont assez éclatantes qu’elles pourraient guider les marins jusqu’au rivage découpé. Nous dépassons les ruines médiévales de la chapelle de Salomon (qui jusqu’à la Réforme était un lieu de pèlerinage avec sa fontaine à dévotion) et apercevons sur une crête le château de Hammershus. « À l’époque, quiconque gouvernait Bornholm contrôlait le trafic de la mer Baltique et en percevait les taxes », explique Engström.

Églises circulaires médiévales du Danemark ; resto Le Port

De gauche à droite : L’île abrite quatre des sept églises circulaires médiévales du Danemark. La plus grande, à Østerlars, est ornée d’une fresque de 1350 ; le resto Le Port, à Vang, propose des plats de saison primés, dont cet amuse-bouche de saumon fumé, et les plus beaux couchers de soleil de Bornholm.

Ce qui relie ces marins aux habitants actuels de l’île, c’est le hareng. Plus petit et plus maigre que son cousin de l’Atlantique, celui de la Baltique est plus savoureux. Pour en goûter, je vais au Hasle Røgeri, l’un des 10 fumoirs survivants sur la centaine qui existaient il y a un siècle. Il plane dans l’air un parfum de sel, comme si un pêcheur venait de secouer ses filets. L’intérieur est désert. Mais bientôt, Søren Heide, le propriétaire, émerge d’un nuage de fumée d’aulne. Il est le seul dans l’île à se servir encore d’un fumoir ouvert traditionnel. Installé contre un mur et entouré d’un rideau retenant la fumée, celui-ci fait près de 4 m de largeur par 1 m de profondeur. « Cette méthode est plus accaparante, parce qu’il faut constamment surveiller et ajuster le feu pour contrôler la chaleur et la fumée pendant les quatre à cinq heures de l’opération », dit-il en tirant un plateau pour s’assurer que le poisson n’est pas en train de sécher ou de cuire. « Contrairement à un fumoir fermé à environnement contrôlé, on ne peut pas s’occuper de sa paperasse ou se perdre dans un livre. » Puis, il se dirige vers un fumoir fermé dans un coin, ouvre la porte et tire un plateau. « Du sel, dit-il en souriant, pour prolonger la saison estivale du fumage. » Avant mon départ, il m’offre un paquet de hareng fumé (si tendre et moelleux qu’il fond en bouche) et du sel fumé, pour conserver mes souvenirs de Bornholm.

Les édifices en bois de Cubo Arkitekter

Bâtis pour accueillir marins et terriens, les édifices en bois de Cubo Arkitekter, dans l’ancien port granitier de Hammerhavnen, sont une version moderne des maisons traditionnelles.

Le dernier jour de mon voyage, je me lève avant l’aube et roule jusqu’à Dueodde pour nager. Énorme croissant de blancheur bordant l’extrémité sud, cette plage sablonneuse de 30 km aurait sa place aux Bahamas (il suffirait de remplacer les pins par des palmiers). Bonne nouvelle, l’endroit est désert, hormis un amical berger allemand qui promène son maître aux cheveux gris. Seul bémol : l’eau est glaciale. J’enfouis donc mes pieds dans le sable fin (c’est comme les enfoncer dans une mousse à mémoire de forme) et en prends de grosses poignées que je laisse filer entre mes doigts, comme dans un sablier d’époque. Il me revient alors que Bornholm est le premier endroit au Danemark qu’inonde le soleil levant. Je lève les yeux, vois la lumière et décide de me lancer.

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