Skip to Content (Press Enter)

English / Français

Explorer le terrain rocailleux de la Basse-Côte-Nord

Une forét comestible, du rafting hors pair et des îles peuplées de plus de marareux que d'humains.

La luxueuse auberge écotouristique de l’île aux Perroquets

Sans wifi ni télé câblée, la luxueuse auberge écotouristique de l’île aux Perroquets vous fait débrancher.

Le bout de la route est bien plus pittoresque que je le croyais. Kegaska, à quelque 1311 km de voiture au nord-est de Montréal, est l’extrémité de la 138, et les 40 derniers kilomètres ne sont même pas asphaltés. J’éteins le moteur et sors d’un bond face à la baie au sable doré située au cœur de ce village de pêcheurs de 110 habitants. La route prend fin, mais le paysage marin continue de s’étendre à perte de vue. Quand j’enlève mes chaussures pour fouler la plage, le sable chaud me brûle les orteils. Encore quelques pas et les vagues glaciales les apaisent illico. Je suis dans un lieu d’extrêmes.

Une cantine sur le bord de la route

Frites alors ! Rien de plus savoureux qu’une cantine sur le bord de la route dans la campagne québécoise.

La route 138 longe la rive nord du Saint-Laurent entre Montréal et là où je me trouve. Réputée pour l’observation des baleines (13 espèces fréquentent ces eaux), son abondance de poissons et fruits de mer frais et ses durs hivers, la Minganie est une région sauvage, terre à terre et sobrement spectaculaire de la Côte-Nord québécoise. C’est aussi une région côtière, dans le genre petits bars laitiers sur la plage et pêcheurs à casquette de baseball alignés sur les quais. En été, elle permet des vacances à la mer synonymes de simplicité ; après tout, il n’y a qu’une seule route.

L’archipel de Mingan ; l’île aux Perroquets

Du gauche à droite : L’archipel de Mingan est en bonne partie administré par Parcs Canada (et ses bateaux) ; sur l’île aux Perroquets, même les hangars ont le port beau.

À propos d’extrêmes… Le lendemain, doigts et orteils accrochés à la paroi rocheuse dominant la torrentueuse rivière Magpie, je me dépêche de suivre mes guides athlétiques, Audrey Beauchemin, Mathieu Bourdon et Sylvain Roy de l’Association Eaux-Vives Minganie, un groupe de mordus de plein air basé à Longue-Pointe-de-Mingan. Devant, des cris indistincts m’incitent à accélérer, mais franchement je doute que mes souliers tiennent le coup. Tournant prudemment le coin rocheux, je saisis enfin la cause de tout cet émoi : le groupe a atteint le sommet d’une chute, qui se jette dans un bassin cristallin 10 m plus bas. Je reprends mon souffle ; juste comme je songe que la baignade doit rafraîchir, j’entends un plouf. Sylvain est à l’eau, sa combinaison sur les rochers.

La rive à l’île

De la rive à l’île, il y a tout un monde.

Une fois sec, il nous apprend à glaner des ingrédients parmi les plus recherchés du Québec. Les bois environnants sont sauvages et abondent en plantes comestibles à grignoter, dont la symphorine, si jamais on perd son sac à dos dans la rivière. Les petits fruits blancs au merveilleux goût de menthe de cet arbuste sont une denrée rare réclamée par des chefs vedettes à l’autre bout de la 138, tels Jérôme Ferrer et Normand Laprise. Véritable buffet naturel, c’est du végétarisme à son plus pratique.

Tommy Demers ; tisane fraîche cueillie dans la forêt.

Du gauche à droite : Tommy Demers entretient le phare de l’île aux Perroquets, qui ne guide plus les marins mais continue de se dresser tel, euh, un phare ; tisane fraîche cueillie dans la forêt.

Le fleuve étant agité, le yacht paré de cuir qui amène d’habitudeles visiteurs de Longue-Pointe à l’île aux Perroquets a été remplacé par un remorqueur de Parcs Canada. (Sécurité d’abord, j’imagine.) Alors que je traîne ma valise à roulettes à bord, on constate vite que la cabine n’a pas assez de place au chaud et au sec pour les bagages plus les passagers. Va pour les bagages. Bavardant avec Danka Cormier, notre hôtesse pour notre séjour dans l’île, je tente de paraître désinvolte agrippée au plat-bord, secouée telle une figurine à tête branlante. Embruns et brume ont embué mes lunettes, et je m’imprègne de la vue dans mon brouillard : le ciel forme un zigzag de gris et de bleu. « Petit rorqual ! » s’écrie Danka, et nous nous précipitons à bâbord voir notre ami de passage, à quelques mètres de l’embarcation. « Phoques ! » Retour à tribord pour admirer un groupe entier jouant au chat et à la souris avec le bateau. Puis, à l’approche de l’île : « Macareux ! » De petits macareux mimi et duveteux ; un, deux, six, douze. Ces perroquets de mer pondent ici depuis d’innombrables générations.

Le château, domine Baie-Johan-Beet

Ce superbe vieux manoir, surnommé « le château », domine Baie-Johan-Beetz, sur la route de Natashquan.

Le bateau accoste, et nous abordons dans l’île. Plage de galets lisses d’un côté, paroi de 10 m de l’autre : l’île est assez petite pour que la vue porte d’un bout à l’autre, mais assez vaste pour qu’on s’y sente seul au monde. Les nuages se dispersent, et le soleil fait luire le stuc frais peint de blanc du phare, qui éclaire la région depuis l’époque où mener les navires à bon port était un emploi de 24 h par jour, été comme hiver, réservé à un type particulier de cinglé. En 2015, l’auberge de l’île aux Perroquets est devenue la première villégiature de luxe de la région quand la maison du gardien et celle de son assistant ont été réaménagées en gîtes écotouristiques. La déco a des allures de bord de mer : planchers de bois clair, pagaies aux tons vifs signées Ropes & Wood (de Montréal), tentures en néo-macramé et le lit le plus douillet de l’archipel. Le glamping, c’est bien beau, mais ici on fait dans la volupté.

Étalage de vie marine sur l’île La Grosse Boule

Étalage de vie marine sur l’île La Grosse Boule.

Danka nous appelle pour le premier d’une suite de mémorables repas à l’auberge. Je hume l’ail des bois fraîchement haché, vedette d’une énorme salade, dont les trésors multicolores proviennent de la coop agricole Le Grenier boréal, lancée il y a quelques années. On y cultive plus que ce qu’il semble possible dans cette taïga : tomates anciennes de toutes les teintes, laitue grasse, scarole, choux, concombres ainsi qu’un arc-en-ciel de fleurs comestibles.

Compote de chicoutai ; Xavier Philippe-Beauchamp

Du gauche à droite : Des fonds de pâte brisée remplis de compote de chicoutai faits maison par la Ripierroise Alberte Marcoux ; la région attire des travailleurs saisonniers en provenance des grandes villes, comme Xavier Philippe-Beauchamp, de Montréal.

Quelques jours plus tard (après un retour peinard en yacht sur le continent), je visite ce jardin de délices : la ferme est tout près de la 138. J’engouffre dans ma bouche teintée de rose (serais-je déjà passée par la fraisière ?) les petits fruits bordeaux d’un amélanchier du Canada. Sous des climats plus chauds, celui-ci serait deux fois plus gros à cet âge, mais ses fruits sont une explosion de saveur. Et les bleuetiers trapus semblent donner deux fois plus de fruits que les gros auxquels je suis habituée. C’est comme si le vent du nord et la brève saison de croissance poussaient la sève à concentrer tous ses efforts pour produire les régals les plus sucrés possible.

Les proprios du Bar laitier chez Marina

Les proprios du Bar laitier chez Marina, à Longue-Pointe-de-Mingan, mettent leurs clients sur glace (molle).

L’une des plus petites et étranges plantes endémiques ici est la chicoutai, un fruit à multiples drupes semblable à une framboise dopée qui passe (contrairement à la logique) du rouge vif à l’orange quand il est mûr. Elle pousse uniquement dans les marécages, sur des plants d’à peine 10 cm ; sa cueillette est assurément éreintante, ce qui explique son prix. Cet or sauvage est une obsession locale, et ce n’est pas étonnant : ce plaisir au goût aigre-doux est une vraie drogue. Sur la côte, les restos en font des tartes, des compotes et des salsas, mais l’usage que je préfère m’apparaît à mon retour vers Montréal. À Sept-Îles, juste à l’ouest de la Minganie, ce fruit égaie un kir local : une flûte de champagne avec une touche de purée de chicoutai, garnie d’une seule baie inattendue qui flotte parmi les bulles. Une dernière pour la route.


Eaux courantes

Quittez la route pour explorer ces trois merveilles de la nature.

La rivière Magpie

La rivière Magpie (ici dans sa partie calme) est dans les cordes d’Audrey Beauchemin et de Sylvain Roy.

La rivière Magpie est mûre pour un boom de tourisme d’aventure. Le National Geographic la classe deuxième à son palmarès des meilleures rivières à rafting au monde, et une descente en kayak de ses rapides de classe 3 et 4 confirme une grisante absence d’eau calme. Mais les quelques groupes qui y organisent des excursions d’une semaine l’ont souvent à eux seuls.


Parcs Canada loue des tentes Otentik et des campings sur la plupart des îles de l’archipel de Mingan, y compris l’île Quarry, dont les célèbres monolithes (formations rocheuses de 3 m coiffées de mousse) peaufinent leurs bords érodés depuis des millénaires.

reservation.pc.gc.ca

À la ferme maricole de l’île La Grosse Boule, admirez de près étoiles de mer, algues et escargots gros comme des balles de softball avant de revenir vous régaler de pétoncles poêlés sur la braise.

ferme-purmer.com

Sur le même sujet

QUÉBEC    

S'il vous plait, laissez un commentaire

Les balises HTML seront retirées
Les adresses commençant par http:// seront automatiquement converties en liens