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Le meilleur voyage de surf sur la côte atlantique du Maroc

On part en quête de vagues, de hammams et de couscous royal avec l'agence vancouvéroise de camps de surf, Beach Travellers.

Momo, le moniteur de surf

Momo, le moniteur de surf, fait des vagues.

Le ciel est clair, l’eau miroitante et la plage de sable blanc presque déserte, hormis deux chameaux allongés près du rivage, les bosses sanglées de catalognes boucharouette de couleurs vives. « Bien des gens croient qu’une journée venteuse est propice au surf, mais c’est du vent de terre qu’il faut », explique Graeme Barker en scrutant l’Atlantique. « Ici, c’est l’endroit rêvé pour apprendre. »

On est à Sidi Kaouki, au Maroc, à 30 minutes du port fortifié d’Essaouira et à cinq heures au sud de Casablanca et de ses souks. C’est mon premier séjour dans cette station balnéaire de boutiques de surf et de fast-foods où les foules (pour ce qu’il y en a) sont formées de gens du coin en combinaison néoprène. C’est aussi, point capital, la première visite de Barker : aujourd’hui, il décidera s’il vaut la peine de revenir à Sidi Kaouki… avec des centaines de clients.

Taghazout, dans le sud du Maroc

Deux surfeurs arpentent le rivage à Taghazout, dans le sud du Maroc.

Le jeune homme de 33 ans est PDG de Beach Travellers (BT), une agence de voyages et de camps de surf basée à Vancouver, qui emmène de hardis vingtenaires en excursions de 10 à 40 jours à Bali, au Costa Rica et en Thaïlande. « On va à des endroits où l’on ne peut pas se contenter de débarquer et de louer une voiture, explique-t-il. Dans ces cas-là, une personne de confiance sur place, c’est utile. » Il est en voie d’ajouter le Maroc à son bouquet de destinations, processus qui nécessite trois visites en 18 mois et beaucoup de relations à bâtir. L’accompagnant dans son périple, je vois naître ces liens, à commencer par celui avec Momo, le moniteur de surf qu’il a engagé pour la matinée. Ce dernier donne des directives claires, il maîtrise l’anglais (ainsi que le français, l’espagnol, l’arabe et le berbère) et, surtout, il m’empêche de renoncer dès ma première débarque. Alors que je me sèche une heure plus tard, Barker me demande mes impressions, mais je devine qu’il a déjà coché toute une liste dans sa tête et noté la capacité du prof potentiel à allier convivialité et enseignement formel. On est d’accord : Momo est à la hauteur.

Krutzfeldt et Barker

Tout va comme sur des roulettes pour Whitney Krutzfeldt et Graeme Barker, de Beach Travellers.

Tel un client mystère ou un critique gastronomique, j’ai la chance de peser le pour et le contre en compagnie de Barker et de sa femme, Whitney Krutzfeldt. Photographe de métier et surfeuse occasionnelle, celle-ci est à l’affût de ce qu’offre la terre ferme : qu’y a-t-il à faire quand on veut se reposer des vagues ? À Essaouira par exemple, le hammam est un must… mais notre première visite est confuse : les commis ont peine à trouver notre réservation et à libérer une salle de soins. Le gommage au savon noir est revigorant, mais, comme le souligne Mme Krutzfeldt, si le spa est débordé avec nous trois, BT ne peut compter sur lui pour satisfaire un groupe de 15 personnes fatiguées d’avoir surfé toute la journée. Au jour 2, l’Azur Spa affiche en vitrine le même autocollant TripAdvisor que le premier hammam, mais le service y est aussi impeccable que les salles carrelées de noir. De l’accueil personnel du proprio à la vaporisation finale à l’eau de rose, en passant par le thé à la menthe d’avant-soins, c’est le genre de truc qu’on met sans tarder sur Instagram. Et dont on reparle pendant des années.

Arche, petits détails et grand sourire

Arche, petits détails et grand sourire.

Barker reviendra au Maroc afin de peaufiner l’itinéraire pour le prélancement du forfait au printemps, une occasion qui devrait plaire aux « superfans de BT », des clients réguliers invités à participer aux nouvelles excursions même quand tout n’est pas au point. « Ils ont droit à un rabais », explique-t-il. Cette douzaine de cobayes pourront aussi se targuer d’avoir été les premiers à en faire l’essai quand la région s’ajoutera à la liste officielle de BT.

Si Barker soutient que ses clients ne sont pas difficiles, il sait que plusieurs économisent toute l’année pour voyager ; pour une bonne partie d’entre eux, c’est aussi un premier grand voyage. « En Thaïlande, on a eu un gars qui a passé toute une journée à essayer de prendre une vague. Quand il a enfin réussi, il a éclaté en sanglots. Il venait des Prairies et n’avait jamais vu l’océan. »

Le gros des fidèles de Barker recherchent ce qui ne s’achète pas : des souvenirs authentiques, pas des bibelots bon marché. En retour, ils assurent à BT une pub qui ne s’achète pas plus : des milliers de publications sur les réseaux sociaux détaillant leurs aventures, pour un public de 64 000 abonnés. Si Barker s’y prend bien, les voyages qu’il propose aujourd’hui alimenteront le #FOMO de demain.

les différents visages de la côte atlantique du Maroc

De Imsouane à Taghazout en passant par Essaouira, les différents visages de la côte atlantique du Maroc.

Je suis donc bien avisée de prendre un égoportrait sur une falaise dominant Imsouane (un petit village de pêcheurs et paradis de surf méconnu à 90 minutes au sud d’Essaouira où trône un phare délavé tirant sur le rose millénaire) lorsque nous rejoignons Larsen Jahid. Cette échalote de 31 ans au large sourire et à la tignasse bouclée est la raison de la venue de Barker ici. Quand Barker a confronté Jahid par courriel parce que le site web de son entreprise, Cli Surf Morocco, ressemblait étrangement à celui de BT, celui-ci n’a pas répliqué sur la défensive ; il lui a envoyé une invitation. Jahid a promis de s’occuper de Barker si jamais il venait à Taghazout, un modeste village encore plus au sud d’environ 5000 habitants où la zone d’impact et les vagues tubulaires attirent des surfeurs de renommée mondiale comme Kelly Slater. En 2015, Barker y a passé une semaine à rebondir de recommandation en recommandation : Jahid a suggéré une école de surf à Essaouira, dont le moniteur leur a parlé d’un bon riad, dont le proprio leur a réservé une table, etc. Pas de vente incitative, pas d’arnaque, pas de piège à touristes.

Sidi Kaouki ; un moniteur ravi de Cli Surf Morocco ; Essaouira

Dans le sens horaire : Ça bosse fort sur la plage à Sidi Kaouki ; un moniteur ravi de Cli Surf Morocco ; la vie défile à Essaouira.

Jahid est la source de Barker en matière de conseils pratiques et d’étiquette locale (quand et comment marchander, par exemple), mais sa présence signale aussi aux résidents que faire des affaires avec BT vaut la peine. En route pour Taghazout Bay, Jahid exige qu’on ralentisse pour pouvoir descendre acheter un régime de petites bananes jaune vif à un étal routier d’Aourir, une affaire de 30 secondes. « Bios, juste l’eau de la rivière », assure-t-il aux sceptiques dans la voiture. (Une banane est une banane, non ?) Ma première bouchée est une révélation : dense et sucrée, comme si le fruit avait caramélisé dans sa pelure.

Les traditions côtoient les commodités modernes (bonjour, climatisation) à Cli Surf Morocco, qui loge dans un simple édifice de quatre étages (mi-auberge de jeunesse, mi-chalet de plage) à Taghazout, à quelques centaines de mètres de l’Atlantique. Au dernier étage, la mère de Jahid prépare un couscous royal dans la cuisine ouverte, son frère met la table et chacun sert son voisin à partir d’énormes tajines.

Eve Thomas ; du pain ; Graeme Barker ; riad à Essaouira

Dans le sens horaire : rien ne fait de l’ombre à la journaliste Eve Thomas; du pain sur la planche ; Graeme Barker y va à fond la planche ; élégant riad à Essaouira.

Se joignent à nous un groupe de six touristes allemands et néerlandais et un prof de yoga qui donne deux cours par jour sur le toit (le lien entre la posture du guerrier et la position debout en surf me paraît évident depuis ma première leçon). Ils nous parlent de la tempête qu’on a ratée la veille, la moitié ayant voulu pouvoir surfer, l’autre remerciant le ciel de ce temps mort propice à la lecture et à la gestion des courriels. Mais surtout, ils ont déjà adopté le fatalisme nonchalant du surfeur, qui espère le beau temps en sachant qu’il n’y peut rien.

Nous partons randonner dans les terres, cheminant dans la poussière du Haut Atlas jusqu’à une palmeraie : la vallée du Paradis, une vraie de vraie oasis. L’endroit est prisé des familles le jour, mais, grâce au temps frais et au soleil couchant, nous l’avons tout à nous.

Imsouane ; Larsen Jahid

De gauche à droite : Le surf a la cote : Graeme Barker prend une vague à Imsouane ; Larsen Jahid, fondateur de Cli Surf Morocco et hippie assumé.

Jahid nous mène à un petit étang d’eau douce sur un étroit sentier qui longe des falaises rocheuses et franchit des passerelles de bois. Il refuse de se baigner avec nous, un peu étonné par l’aisance avec laquelle nous nous sauçons (ce n’est vraiment pas froid pour des Canadiens). Au moment de prendre le chemin du retour, nous n’avons pour nous guider que le clair de lune, un écran d’iPhone et Jahid. Celui-ci nous aide à suivre des pierres de gué et à traverser une mince pinède. À la fin, nous ne suivons que le son de sa voix.

Plus tard, Barker avouera qu’il n’était pas sûr si sa femme et moi avions apprécié, tellement on était silencieuses. Puis, en nous voyant émerger tout sourire à l’autre bout du sentier, il a compris qu’on avait savouré chaque instant. Il en a pris bonne note. C’était quelque chose dont on reparlerait pendant des années.

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