Avertissement : Bonnes nouvelles en vue

Malgré les problèmes rencontrés par l’industrie aérienne, celle-ci survivra grâce aux qualités émotionnelles qu’on lui prête.

Mardi, 2 mars 2010

Lorsque vous voyagez, vous ne pouvez ignorer ce qui se passe dans le monde de l’industrie aérienne. Cela vous affecte d’une manière ou d’une autre. Alors que j’écris ces quelques lignes, une compagnie aérienne baisse dramatiquement le prix de ses billets, tandis qu’une autre décide d’abandonner tout simplement sa première classe. Les pilotes sont en grève en Europe. Et 2009 fut peut-être « la pire année au monde » selon la plupart des estimations réalisées concernant le monde aérien – c’est beaucoup de mauvaises nouvelles. Il faut se rendre à l’évidence : l’industrie doit faire face à de nombreuses difficultés, tout comme de nombreuses autres industries et une multitude d’autres gens.

Il y a quelques jours, un ami a publié une photo de sa chambre d’hôtel sur Twitter. La vue était spectaculaire : un grand tableau qui semblait s’intégrer parfaitement avec la nature environnante. Et c’est ce qui m’a convaincu qu’il s’agissait-là du véritable sens du voyage, et des possibilités innombrables qu’offre la découverte d’un pays étranger. Cela m’a également permis de constater que nous attribuons certaines qualités à l’industrie aérienne, sans même que celle-ci en soit consciente. Les compagnies aériennes nous permettent d’être émotifs à plusieurs niveaux différents.

En tant que journaliste, je sais que les mauvaises nouvelles sont aussi les plus importantes. Mais que se passe-t-il avec les bonnes nouvelles ? Souvent, on n’en entend même pas parler. Je comprends pourquoi, à la fois en tant qu’auteur et consommateur de nouvelles. C’est tout simplement moins intéressant. Une vérification auprès de vos émissions préférées à la télé confirmera la chose : les bonnes nouvelles sont ennuyantes.

Durant le prochain mois, je m’envolerai toutes les semaines, très souvent pour le travail. Les aéroports seront agréables (sauf peut-être dans le cas de LaGuardia, qui restera tout aussi exécrable qu’à l’habitude). Les employés seront efficaces. Je me rendrai sans doute à destination à temps. Le service à bord de l’avion sera excellent. Je n’aurai pas à me plaindre. Il n’y aura donc aucune nouvelle à annoncer concernant mon voyage. Quelqu’un me demandera comment était mon séjour à tel ou tel endroit, et je répondrai que le voyage s’est très bien déroulé. Je n’ai pratiquement jamais rien à raconter, sauf si je vois quelque chose d’exceptionnel à bord d’un avion sur le système de divertissement personnel (j’ai récemment découvert Bored to Death sur HBO, et je n’arrête pas d’en parler à tout le monde) ou si je brise quelque chose. J’ai l’habitude de briser souvent des choses.

Je suis optimiste face à l’avenir de l’industrie aérienne, et je crois qu’elle saura affronter les pires obstacles. Pourquoi ? Parce que voyager fait partie de notre nature humaine, et que le tourisme n’est pas prêt de disparaître. Il y aura une hausse importante de la fréquentation des aéroports lorsque l’économie se portera mieux. C’est toujours comme ça. Même si certaines entreprises ont commencé à se tourner vers la vidéoconférence ou même Second Life (!) pour organiser leurs réunions (oui, IBM utilise Second Life pour organiser des réunions hebdomadaires avec l’ensemble de son équipe), le véritable contact humain est une nécessité absolue.

Les voyageurs devraient parfois se rappeler que la plupart du temps, l’industrie aérienne fait exactement ce qu’elle est censée faire : vous mener où vous voulez, quand vous voulez. Et cette industrie le fait parfaitement bien.

  • Permalien

Airworld Looks Different from Up in the Air

Mardi, 22 décembre 2009

Un peu plus haut, un peu plus loin

Un plaidoyer en faveur du retour à la gloire aéroportuaire à travers le monde.

Mardi, 1 décembre 2009

Dans Naked Airport: A Cultural History of the World’s Most Revolutionary Structure, l’auteur Alastair Gordon décrit sa première visite à JFK (alors baptisé Idlewild) et l’univers onirique qu’il découvre dans l’aérogare de la TWA : « L’air était chargé d’espoirs. Les pilotes avançaient, baignés de lumière laiteuse. […] Tout ce que je savais, c’est que je ne voulais pas partir tout de suite. Je voulais savourer ce moment. »

D’une certaine façon, j’aimerais partager l’émotion du jeune Alastair Gordon. (Je recommande vivement le livre.) Mais j’ai voyagé trop souvent et trop loin pour être véritablement ému par un aéroport. Comprenons-nous bien : les aéroports et les voyages en général me font encore de l’effet, mais je ne suis plus impressionné. Pas par les aéroports, en tout cas, et ça m’attriste.

J’aimerais ressentir ce que vit mon fils chaque fois que nous prenons l’avion. Comme je ne suis pas nostalgique, voici ce que je veux vraiment : j’aimerais que les aéroports me transportent, comme la première fois où j’ai contemplé l’immensité de CDG, immobile, le souffle coupé. Soit que l’architecture des villes s’est haussée au niveau de ce qui se fait dans les aéroports, ou alors sont les bâtisseurs d’aéroports qui visent moins haut et qui ont permis au reste du monde de combler son retard. Au nom de ceux qui aiment l’avion, j’attends d’un aéroport qu’il soit plus qu’efficace. Je veux qu’il soit intelligent. Je ne veux pas avoir à réfléchir. (J’ai déjà assez en tête.) Je veux une bonne signalétique. Je veux me rendre en ligne droite du trottoir à la porte d’embarquement. Je veux beaucoup de lumière du jour. Je veux des repas honnêtes et un bon bar. Par-dessus tout, je veux être impressionné un brin, par l’audace du lieu, son envergure. Je ne veux pas être submergé par la foule. Pour ça, il existe des centres commerciaux. Je veux être submergé par l’expérience dans son entier.

Dans un aéroport, n’importe lequel, mon garçon bourdonne d’activité. Il vit une sorte de surcharge sensorielle, et chaque tranche du périple (se rendre à l’aéroport, attendre le vol, franchir la passerelle jusqu’à l’avion, y prendre place, s’élever dans les airs) est une portion d’incroyable ravissement. Je sais que je ne goûterai plus jamais ça. Mais j’en prendrais bien une pincée.

Parce que je suis encore impressionné quand mon avion s’engage sur la piste. Même après des centaines de vols, je ressens toujours une pointe d’excitation lorsqu’il accélère. J’arrête tout, je goûte l’instant. Je sens la puissance des réacteurs, la vitesse de l’appareil, et je retombe en enfance. Qui déclinerait cette chance ? Alastair Gordon écrit : « L’aéroport est à la fois un lieu, un système, un objet culturel qui nous place devant les avantages, mais aussi les frustrations, de la modernité. » Les aéroports ont toujours semblé en avance sur leur temps. Je suis impatient qu’il en soit encore ainsi.


Vos commentaires : courrier@enroutemag.net

Une communauté de communautés

Les aéroports sont beaucoup plus que des lieux de correspondance.

Jeudi, 12 novembre 2009

Les aéroports sont beaucoup plus que de simples villes. Ils forment de véritables communautés – un mot que je commence à détester, puisqu’il est utilisé à toutes les sauces. Cette utilisation-ci me semble pourtant juste, au sens premier du terme : un groupe de gens vivant sous un même toit, ou un groupe de gens partageant un même centre d’intérêt. Les aéroports correspondent exactement à ces deux définitions. Dans un endroit comme Heathrow, qui n’est tout de même pas le meilleur aéroport du monde (au contraire, Heathrow fait toujours partie de la liste des pires aéroports de la planète), le sentiment de communauté est renforcé par la grandeur de l’aéroport, et par le fait qu’il abrite plusieurs communautés différentes. Les agents de sécurité et les entreprises, par exemple. L’équipe d’entretien. Les agents des douanes, les employés des boutiques hors taxes (c’est au moins l’une des seules bonnes choses à propos d’Heathrow, même si le Terminal 3 est toujours aussi bordélique), le personnel des quais d’embarquement, les responsables des bagages. (L’écrivain Alain de Botton ne parle pratiquement que de cela dans son nouveau livre, A Week at the Airport: A Heathrow Diary, un titre qui parle de lui-même).

Vous marchez dans les allées d’un immense aéroport, et vous réalisez soudainement que vous vous trouvez dans un endroit qui est bien plus qu’un simple lieu de correspondance. Le sentiment de vous trouver dans un endroit plus grand et d’appartenir à une communauté devient évident. Les autres passagers, peu importe leur destination, deviennent vos partenaires de voyage inévitables, et vous devenez un citoyen du monde de l’air. Je développe des affinités avec à peu près tout le monde dans un aéroport. À Heathrow, je suis devenu l’ami d’un employé d’Air Canada, mais aussi celui d’un marchand de la boutique Paul Smith et d’une jeune femme s’occupant d’un bar à salade. Ces différentes communautés vivent toutes ensemble, mais elles font également partie d’une communauté plus large, celle d’Heathrow, et Heathrow fait partie du monde de l’air. C’est une communauté très différente des autres – elle n’a absolument rien à voir avec celle d’un hôtel, par exemple, alors que la seule expérience commune avec les autres visiteurs se résume au bâtiment et à la ville dans lesquels vous vous trouvez. Le monde de l’air n’a rien à voir avec tout ça.

Certains aéroports sont tellement éprouvants que le sentiment de communauté est en fait un instinct de défense (oui, je parle bien de toi, La Guardia), ce qui, dans un monde bien réel, aboutirait éventuellement à une révolution. Mais on ne peut pas plaire à tout le monde. Évidemment, l’opposé est aussi vrai. Je trouve que l’expérience dans un bel aéroport, comme celui de Vancouver ou de Detroit, peut être singulière mais pour des raisons tout à fait différentes. Dans un aéroport comme celui de Detroit, le fait qu’il soit absolument impossible de se perdre est évidemment positif, mais cela enlève aussi quelque chose au sentiment de proximité entre les gens, ironiquement. Je ne crois pas me tromper en affirmant qu’un rapport avec un inconnu est toujours plus fort lorsqu’on partage un inconvénient commun.

Malgré ses quelques inconvénients, le monde de l’air est un endroit très séduisant. Un endroit comme Heathrow, avec des gens traversant des kilomètres pour aller d’un point A à un point B, est un lieu remarquable pour réaliser à quel point le monde de l’air est grand et diversifié. La rapidité à laquelle nous pouvons maintenant transmettre nos idées et nos réflexions, à la fois vues et entendues (comme ceci) n’est pas seulement étonnante, elle est nécessaire.

Aller à l’aéroport

Lundi, 5 octobre 2009

Quand j’étais petit, mon père aimait m’emmener dans les champs, près des pistes d’atterrissage de l’Aéroport international Montréal–Pierre Elliot Trudeau pour observer les avions décoller et atterrir au-dessus de nos têtes. Parfois, nous nous introduisions dans l’aérogare pour aller sur le pont d’observation et ainsi regarder ce stationnement géant pour avions. Nous passions ainsi des heures ensemble, apportant même un repas pour l’excursion.

Maintenant, on ne pourrait aller nulle part à moins de quelques mètres des pistes pour des raisons de sécurité. Et nous n’avons plus à apporter des bouchées avec nous. Nous savons déjà que les aéroports se transforment de plus en plus en centres commerciaux. Les meilleurs urbanistes font de leur mieux pour permettre aux voyageurs fréquents de rendre leur séjour agréable, tout en les incitant à dépenser. Ces zones de lèche-vitrine ont toujours été conçues pour les gens pressés qui font une escale d’un endroit à l’autre. Or, maintenant, les aéroports du monde entier souhaitent également attirer ceux et celles qui restent au sol.

Les aéroports subissent actuellement une transformation radicale, et ne changent pas simplement la forme des lieux, mais bien le sens du lieu même. L’aéroport en tant que tel est devenu une destination. Les autorités aéroportuaires de Zurich, par exemple, viennent de remettre le pont d’observation au goût du jour, célèbrent également les fêtes d’enfants et remboursent le prix du stationnement aux consommateurs. À Vancouver, l’aéroport a connu une augmentation significative du nombre de demandes en mariage depuis l’ouverture de la Canada Line, à seulement 20 minutes du centre-ville – ce n’est pas une surprise, considérant le fait que le Fairmont de l’aéroport organise des mariages depuis plusieurs années.

Les villes de l’air constituent un puissant outil économique pour la communauté locale. La manière dont on décrit ces changements et l’évolution des mœurs dans les aéroports peut changer, mais l’idée reste la même. Plusieurs conferences ont lieu aux quatre coins du monde sur l’avenir de ces villes de l’air, animées par ceux qui y vivent, ceux qui y transitent et ceux qui la font. Éventuellement, les études porteront sur ces « villes de l’air », et non plus sur les villes marginales et le « nouvel urbanisme » des années 1990.

Tous les aéroports ne réussiront pas à se distinguer dans le monde des villes de l’air. Seulement une minorité d’entre eux attireront des gens du coin, qui viendront faire les boutiques, jouer, manger ou se marier. L’idée de se marier à l’aéroport de Vancouver n’est pas bête, parce que l’aéroport n’est pas trop éloigné du centre-ville, et directement accessible par transport public. C’est un lieu pratique et convivial à la fois pour les habitants de Vancouver et les touristes.

Les aéroports ont un gros avantage : ils rappelleront toujours le plaisir de voyager, de partir à la découverte d’une nouvelle ville, d’un nouveau pays. Nous adhérons encore à ce concept idéaliste, cette vision utopique du voyage. Les aéroports sont devenus des cathédrales modernes édifiées à partir de ce concept, une incarnation des échanges humains qui se produisent partout dans le monde, simultanément. Ma joie de voir un avion décoller lorsque j’étais enfant est encore présente aujourd’hui. Heureusement, je voyage maintenant assez souvent, je n’ai pas besoin d’aller à l’aéroport uniquement pour voir les avions s’envoler. Mais si vous souhaitez vous imprégner de l’atmosphère du voyage sans nécessairement vouloir partir, les aéroports du monde entier répondront bientôt à tous vos besoins.

Un regard faussé sur l'aéroport idéal

Sur papier, le concept de « Terminal Man » du magazine Wired est une excellente idée. Mais cela ne reflète malheureusement pas tout à fait la réalité.

Mercredi, 16 septembre 2009

Photo : Nibaq (flickr)

Vous avez sans doute entendu parler de « Terminal Man », cet homme qui se promène d’aéroport en aéroport à travers les États-Unis, couchant dans les aérogares pour le magazine américain Wired. Il s’agit d’une sorte d’expérience que l’on peut suivre par l’intermédiaire des médias sociaux (@flyered) et d’un blogue. Toutefois, malgré tout l’intérêt du projet, il me semble que ce concept est un peu malhonnête. Pourquoi ? Parce que personne ne voyage ainsi.

L’année dernière, j’ai eu une idée similaire. Je souhaitais vivre dans un aéroport pendant une semaine ou deux. Selon moi, l’aéroport de rêve possède des hôtels situés près des aérogares, et les « villes » qui se construisent autour de ces lieux sont conçues pour les voyageurs qui se déplacent et les gens qui y travaillent de façon quotidienne. J’avais déjà prévu l’itinéraire, qui incluait un certain nombre d’hôtels aéroportuaires en Europe et en Amérique du Nord. J’aurais pris un vol de nuit pour m’y rendre, afin d’imiter le mode de vie des grands voyageurs, et tenter d’en apprendre davantage sur nous-mêmes et sur la vie moderne en général.

Mais il faut bien l’avouer, le seul moment où l’on doit séjourner à l’aéroport, c’est quand un vol est retardé à cause du mauvais temps. L’image d’un voyageur couché sur une banquette d’aérogare est la définition même de l’inconfort. À cause de cet inconfort, nous avons décidé de construire des hôtels près des aéroports. C’est d’une simplicité désarmante – et c’est la raison pour laquelle le Fairmont de l’aéroport de Vancouver aura toujours la cote auprès des voyageurs. C’est aussi la raison pour laquelle l’aéroport Montréal-Trudeau vient d’ouvrir un nouvel hôtel directement relié à l’aérogare, en plus des autres hébergements proposés depuis quelques années près de Dorval. En cas de besoin, je me tournerais sans aucun doute vers l’un de ces types d’hébergement. Les hôtels aéroportuaires sont populaires auprès des grands voyageurs et des hommes d’affaires parce que parfois, quitter l’aéroport n’est pas seulement un inconvénient : c’est carrément impossible.

Je souhaitais donc vivre l’expérience ultime d’un grand voyageur coincé à l’aéroport. Mon propre horaire, ironiquement, ne m’en a pas laissé la chance. Je me suis contenté de suivre les exploits de « Terminal Man » (il s’appelle Brendan Ross) voyageant un peu partout en Amérique (Wired l’a muni d’une passe de vol offerte par Jet Blue) avec un certain intérêt. Maintenant, avec le recul, je ne peux m’empêcher de penser que l’ensemble sonne faux, et que ce projet ne nous apprendra absolument rien à propos des relations humaines dans un aéroport. Tout cela me fait penser à une course de voitures. Vous souhaitez aller jusqu’au bout pour savoir ce qui va se passer. C’est un besoin naturel de satisfaire sa propre curiosité. Brendan Ross est un rat de laboratoire, en quelque sorte, qui nous permet de voir les effets secondaires d’une expérience extrême dans un aéroport, en temps réel. Peut-être en apprendrons-nous davantage sur l’humanité. Ou alors simplement sur son hygiène personnelle.

Une ville de rêve à l’aéroport de Séoul

L’aéroport international d’Incheon accueillera la première « Air City » au monde.

Mercredi, 19 août 2009

L’aéroport international d’Incheon, à Séoul, fait partie des nouvelles merveilles du monde. Même les photos ne rendent pas justice au lieu. Selon plusieurs, il s’agirait du « meilleur aéroport sur terre » – je n’y suis pas allé, mais tous les commentaires que j’ai recueillis allaient dans le même sens. Les autorités aéroportuaires travaillent actuellement sur un nouveau projet, baptisé « Air City ». « Air City » inclurait de nouveaux espaces construits près de l’aéroport, comme des appartements, un parc d’amusement, un palais des congrès, des hôtels et même une marina – tout cela à quelques minutes seulement d’Incheon, l’un des plus grands aéroports au monde.

À plus grande échelle, des « Air Cities » pourraient voir le jour près des plaques tournantes du transport aérien mondial. Il y aurait un système de douanes unique, et les gens s’envoleraient d’une « Air City » à une autre sans passer des heures dans les files d’attente. (Il s’agirait d’une sorte de bulle sécuritaire, et les voyageurs n’auraient à s’enregistrer qu’une seule fois pour ensuite voyager où bon leur semble.) Ce sont les gens du coin qui devraient être soumis aux douanes avant d’entrer dans une « Air City ».

Incheon possède déjà le terrain nécessaire à la construction de cette ville de rêve près de l’aéroport – un bout de terre de la grandeur de Manhattan (!) – ce qui facilite grandement les démarches afin de réaliser la première « Air City » au monde.

Ce concept d’« Air City » n’est pas bête du tout. J’espère seulement qu’un sentiment d’uniformité ne s’installerait pas dans chacune de ces « villes de l’air », et que la ville annexée à l’aéroport de Dubaï, par exemple, refléterait l’histoire et la culture du lieu. Sinon, les « Air Cities » ne seraient que de vastes complexes déconnectés de la réalité extérieure, sans aucune appartenance à leur pays d’accueil.

À suivre…

Une nouvelle conception des loisirs

Réflexions d'après-vacances sur le travail, les loisirs, et la nature du confort moderne.

Vendredi, 14 août 2009

J’aime le moment après le retour des vacances, et les nombreuses discussions qui s’ensuivent au sujet de l’endroit où l’on est allé et ce que l’on a vu, mais aussi sur le fait même d’être parti en voyage. Les échanges sur la nature du départ, l’idée de découvrir un endroit différent, d’expérimenter quelque chose de neuf. Il me semble que c’est aussi bien valable en ce qui concerne le voyage d’affaires que de loisirs.

Si vous êtes comme moi, vous voyagez beaucoup plus souvent par affaire que pour les loisirs. Il y a des avantages au voyage d’affaires, tout particulièrement pour ceux qui voyagent énormément (et qui ont assez voyagé pour développer des habitudes et savoir ce qui leur convient), et il y a aussi des avantages au tourisme d’agrément (même si je crois que de pouvoir faire un voyage personnel est un avantage en soi), mais je crois que les deux ne sont pas si différents. Les deux sont conçus pour votre bien-être, ils procurent un certain réconfort et permettent de vous enlever un peu de pression en sachant que ce que vous souhaitez, vous l’aurez, et que l’on s’occupe bien de vous. On en revient au confort. Évidemment, c’est toujours très subjectif, le confort de l’un n’est pas nécessairement celui de l’autre. Nous sommes tous différents lorsque nous voyageons, et la manière dont nous le faisons nous divise encore davantage.
 
Toutefois, même le plus enthousiaste des grands voyageurs s’engage à chaque fois dans un véritable voyage au sens plus large du terme – peut-être pas dans le sens homérique du terme, mais un voyage tout de même. Les gens d’affaires voyagent pour avancer, pour rencontrer, pour découvrir quelque chose de nouveau. Si vous enlevez la part de travail, le voyage d’agrément sert au même but. Aujourd’hui, avec le voyage humanitaire, lorsque vous vous rendez dans un lieu pour travailler ou offrir votre aide pendant un certain nombre de jours, de semaines ou même de mois, le travail devient une partie intégrante du voyage d’agrément – et le travail humanitaire fait maintenant aussi partie du voyage d’affaires. (L’année dernière, je suis allé assister à une conférence à La Nouvelle-Orléans, et j’ai passé la première journée à construire des maisons pour Habitat for Humanity.)
 
Peut-être devrions-nous redéfinir notre concept de « loisirs ». Ou alors l’idée même du travail. À mon retour de vacances la semaine dernière, je suis allé dans mon bar préféré et j’ai parlé de mon dernier voyage avec le serveur. Il m’a dit qu’il prendrait ses vacances à l’automne, ou peut-être plus tard. Il aimerait se trouver un nouveau boulot dans un autre bar. En Irlande. Juste pour une semaine. Juste pour des vacances. Ensuite, nous avons essayé de définir nos « loisirs » d’aujourd’hui. Après plusieurs verres, j’ai décidé de rentrer chez moi. Mais je savais que la conversation serait loin d’être terminée.

L’air de rien

En moins d’un siècle, l’aviation est devenue un mode de transport de haut vol. Imaginez la suite.

Vendredi, 31 juillet 2009

Illustration: Stéphane Poirier

Nous avons souvent tendance à tenir notre histoire pour acquise. Un exemple ? L’avion dans lequel vous êtes assis. Le Canada a l’une des plus grandes traditions aéronautiques au monde, mais jusqu’à quel point la connaissez-vous ? (Je pose la question, mais je me trouve dans le même, euh, bateau que vous.) Qu’une merveille comme l’avion semble aller de soi en dit long sur notre civilisation.

Je vais donc en conclure que le 100e anniversaire de l’aviation canadienne passera presque inaperçu. Nous devrions pourtant y penser, ne serait-ce que parce que les avions ont transformé nos paysages. Et nos vies.

Imaginez : il y a 100 ans, il n’y avait pas d’aéroports. C’est ce qui m’impressionne le plus quand j’y pense. Plus que tout, les aéroports ont redessiné le paysage des villes, en particulier pour les voyageurs. Pour nous, l’aéroport est souvent la ville, ou à tout le moins le peu qu’on en verra jamais. Le paysage environnant, où s’entremêlent généralement industries, hôtels et entrepôts le long d’un lacis d’autoroutes, constitue notre première impression lorsqu’on descend d’un avion. À la différence des gares ferroviaires, l’aéromonde, éloigné des centres urbains par nécessité, est un îlot moderne.

La naissance de l’avion a redéfini notre conception de la géographie, beaucoup plus que ne l’ont fait l’auto et l’expansion du réseau routier. L’automobile a engendré les banlieues et l’étalement urbain. Mais le monde ne s’est véritablement « rétréci » que lorsque le transport aérien est devenu monnaie courante. Thomas Friedman affirme que la terre est désormais « plate », mais elle ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans l’aviation. Si les autoroutes sont les artères d’un pays, les voies aériennes sont les artères du monde.

Les avions modernes ne diffèrent guère de ceux qui volaient (sur de courtes distances, certes) il y a 100 ans. Alexander Graham Bell, le père du premier avion motorisé au Canada, reconnaîtrait sûrement les aéronefs d’aujourd’hui pour ce qu’ils sont. Il serait peut-être étonné de la vitesse et de l’altitude atteintes, de la distance franchie ou du nombre de vols accomplis chaque jour, mais ce qui le surprendrait le plus, selon moi, c’est l’infrastructure qui définit l’aviation : l’armada requis pour que vole un avion, la taille des terminaux et les vastes terrains qui les ceinturent. Bref, toute l’activité engendrée par un aéroport.

C’est cet aspect du transport aérien qui me frappe le plus, qui me fait songer à l’avenir. Comment seront les aéroports dans un siècle ? Plus grands ? Plus petits ? Quelle taille les avions auront-ils ? Quels autres modes de transport aérien nous offrira-t-on ? L’aviation est une innovation remarquable, qui peut encore nous étonner. Et elle devrait continuer à le faire… tout comme il y a 100 ans.

Voyageur aux oiseaux

Passez du temps dans un aéroport et vous découvrirez le monde en réduction.

Mercredi, 1 juillet 2009

Illustration: Stéphane Poirier

Ma collègue et moi étions très en avance pour notre vol. Mea-culpa, j’avais mal lu l’heure du départ. Nous avons donc déjeuné à FLL (même si, comme vous le dira quiconque a déjà pris l’avion ici, les déjeuners qu’on y sert ne sont pas fameux) et avons patienté dans une aérogare quasi déserte en lisant des revues de troisième ordre.

Ces magazines font partie des plaisirs du voyage, preuve supplémentaire qu’on n’est plus soi-même dans l’aéromonde. Ma collègue s’est régalée de magazines à potins qu’en temps normal elle n’ouvrirait même pas. (J’espère.)

Un aéroport désert au petit matin vibre d’une énergie différente. On dirait un village, pas encore une ville. On s’y active comme dans un état de préparation aux milliers de voyageurs sur le point d’atterrir ou de partir. Le soir, un aéroport est encore plus calme, mais c’est un autre type de calme. Le calme de la décompression. Celui des aspirateurs et des pas traînants de fatigue. Des bars et boutiques qui ferment. Un aéroport à minuit, c’est un centre-ville à 4 h du matin. C’est le calme de l’heure de fermeture, non celui d’avant l’aube.

Tandis que j’attendais et que j’observais tous ces préparatifs (cette ville s’éveillant à ses activités quotidiennes), un oiseau a attiré mon attention. Un petit moineau coincé dans l’aérogare, cherchant la sortie. J’avais déjà vu des oiseaux dans des aérogares (il est facile pour un volatile d’entrer dans un lieu qui a autant d’accès), mais celui-ci a passé plus de deux heures à voltiger d’un bout à l’autre de l’édi fice, à essayer de sortir. Ça ne m’a pas trop inquiété. Après tout, il y a à manger dans une aérogare, et je me disais qu’à un moment donné, plus tard dans la journée, quand l’aéroport fonctionnerait à plein régime, avec des avions derrière chaque porte d’embarquement, le moineau réussirait à s’envoler.

Je l’ai suivi des yeux pendant une bonne heure, en espérant qu’il ne fonce pas dans une fenêtre (ce qu’il n’a pas fait, heureusement), tout en songeant à l’ironie de la situation. (Ironie d’autant plus grande que, tout ce temps, je gazouillais au sujet de cet oiseau sur Twitter, dont le symbole est justement… un oiselet.)

Et puis l’aérogare a commencé à se remplir. Le grondement que j’associe normalement aux aéroports a repris, et l’endroit est redevenu une ville. J’ai acheté à dîner, j’ai lu encore un peu et j’ai observé les passants. Un aéroport vous en apprend beaucoup sur le monde. Regardez autour de vous. Les gens que vous voyez propagent des idées. Ils transitent, avancent, dansent autour du monde d’aéroport en aéroport, de ville en ville. Entre calme et agitation.

 

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À propos de ce blogue

Voyageur invétéré, Arjun Basu, l’ancien rédacteur en chef du magazine enRoute, s’interroge sur la culture du voyage à l’ère de la globalisation.

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