Une randonnée de 5 jours sur la célèbre Haute Route des Alpes —

Panorama, pics enneigés et après-bières.

Le Mont‑Blanc Express s’arrête à Argentière dans un soubresaut. Le photographe Kari Medig et moi descendons avec skis et sacs à dos, émergeant de la torpeur due au départ de Verbier à 5 h. Nous levons les yeux vers les lames de neige effilochées par le vent qui coulent depuis le sommet de l’aiguille du Dru jusque là où la célèbre traversée de la Haute Route nous attend.

Un gif animé d'une piste de ski sur une carte
   Illustration : Valerio Pellegrini
La porte d'entrée du Bar le Savoy

Arrivée Les amateurs de baseball feront un pèlerinage au Fenway Park. Des passionnés d’art en visite à Paris s’en voudraient de ne pas aller au Louvre. Et sur la liste des choses à faire avant de mourir de tout skieur de randonnée se trouve la Haute Route, qui trace dans les Alpes valaisannes un stupéfiant parcours accidenté d’une centaine de kilomètres entre les célèbres communes de Chamonix, en France, et de Zermatt, en Suisse. Après la cohue matinale à la cabane des Vignettes, nous suivons une cohorte mixte de skieurs du pays de Galles, d’Allemagne, d’Espagne, de Catalogne et de Russie dans la montée en lacets sur un tapis de blanc jusqu’au col de l’Évêque.

02 décembre 2019
Trois skieurs au pied d'une montagne
Un homme va skier dans un bleu t-shirt

Jour 01 C’est parti ! Ayant fait provision d’un morceau de gruyère, de quelques gendarmes et de chocolat pour le dîner, on amorce notre traversée. Chamonix a vu se développer le ski extrême. Ces dernières années, le versant nord de l’aiguille Verte a été le théâtre de nombreuses descentes dans ses sillons glacés. De cet angle, il effraie, mais heureusement cette paroi de roche et de glace sert seulement de pittoresque toile de fond à notre aventure. Le soleil ardent et l’altitude épuisent, mais mes jambes s’habituent lentement au défi de l’ascension du col du Chardonnet.

Un homme grimpe sur une surface rocheuse
Panneau en bois est assis dans la neige

Jour 01 Ayant franchi la fenêtre de Saleina, je dégringole une falaise de granite glacée sous les bourrasques et les nuages denses de mauvais augure qui s’amoncellent là-haut sur l’aiguille du Tour. Message bienvenu dans la brume : cet écriteau de bois pointe vers la cabane du Trient et un festin bien mérité de rösti suisse (galette de pommes de terre rissolée) avec œufs, fromage et saucisses. Ajoutez un verre de vin (ou deux) et un lit chaud, et cette longue journée prendra fin.

Outils de randonnée suspendus à un rebord en bois

Jour 01 Le sens minutieux de l’organisation des Suisses s’étend à leurs refuges bien rangés, où chaque chose a sa place. Dans le vestibule de la cabane du Trient, perchée sur un tertre rocheux au-dessus du plateau du Trient, les skieurs accrochent leurs piolets à un râtelier avant d’entrer se réchauffer. La première journée, les randonneurs de la Haute Route sont récompensés par une spectaculaire descente de 700 m depuis les Grands Montets. Ici, un skieur solitaire, les jambes encore en feu après la descente, traverse la partie haute et aplatie du glacier d’Argentière, rassemblant son courage pour le laborieux col du Chardonnet.

Une personne seule skie devant une immense chaîne de montagnes
Un groupe de personnes se moque de la nourriture

Jour 02 Les Norvégiens Eir Kjørholt, Julie Torsnes et Fredrik Kolsgaard partagent bières et éclats de rire à la cabane des Dix. Mme Kjørholt, étudiante en médecine dans la vingtaine, skie depuis seulement trois ans. Comme premier raid à skis avec son amoureux, M. Kolsgaard, c’en est tout un. « La première journée a été rude, avoue-t-elle. Il y avait beaucoup de difficultés, telles que rappels et à-pics en lacets, et je vacillais sur le col du Chardonnet. »

Un skieur à lunettes multicolores

Jour 03 Certaines familles vont piqueniquer à la plage ; celle d’Ortiz de Zarate, qui comprend frère, petite amie, mère et père, préfère les aventures épiques en montagne. Skieurs émérites, ils ont été nos habiles compagnons de montagne, bavardant constamment entre eux en catalan, leur langue maternelle. Le début d’avril est la haute saison sur la Haute Route, et nous profitons tous des conditions stables, de la fraîche poudreuse et du ciel dégagé.

Une vaste montagne couverte de neige par temps clair

Jour 04 La Haute Route se conclut sur une apothéose au mont Cervin, avec son sommet reconnaissable entre tous qui semble déchirer le ciel à 4478 m d’altitude.

Emballer à nouveau après une bière

Jour 05 Le dernier jour, nous suivons le glacier spiralé du Stockji qui s’enroule au pied de la montagne. Soudain, sans crier gare, le glacier nous fait déboucher sur les pentes civilisées de Zermatt et sur une tournée de bières festives avec les skieurs en piste.

Une ville est nichée au pied d'une série de montagnes

Jour 05 Les lumières de Zermatt scintillent le soir au pied du Cervin, et l’on peut enfin s’arrêter et profiter de la vue. En 1966, les Zermattois ont été hautement prévoyants en interdisant les moteurs à combustion interne, en partie pour préserver l’air pur de la montagne, mais aussi pour que la vue du Cervin ne soit pas noyée dans le brouillard des gaz d’échappement.

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