La famille au cœur de la cohorte 2025

L’équipe du No. 8 à Burlington

“La cohorte de nouveaux restaurants de cette année témoigne de liens tissés serrés.”

Par Tara O’Brady
Photos de Johnny C.Y. Lam

La famille, par le sang et par choix, est l’épine dorsale de leurs décisions, qu’elles soient grandes ou petites.

Les prénoms des enfants du fondateur Lenny Moy, Janelle, Evan et Cailee, se fusionnent pour former le Janevca, restaurant situé à l’intérieur de la Rosemead House, à Victoria. Le Claire Jacques, à Montréal, rend hommage à deux grands-parents. Les restaurants June et Lala, à Vancouver, s’inspirent des lignées des copropriétaires : la mère de Cam Watt et la fille de Keenan Hood, respectivement. Leur plat le plus connu porte le nom de la femme du chef, Connor Sperling.

Dès son plus jeune âge à la ferme de ses parents, la chef Renée Girard a appris que « ce sont les gens qui non seulement font avancer les choses, mais qui en valent la peine ». Le Shirley’s porte le nom de sa grand-mère maternelle, qui rêvait d’ouvrir son propre établissement. Le partenaire de la chef Girard a aussi réalisé une grande partie de la conception, de la menuiserie et de la construction, tandis que des amis ont mis la main à la pâte pour la peinture et les finitions, et certains travaillent encore pour l’établissement en tant qu’employés. 

Les banquettes en velours côtelé du Linny’s, conçues par un ami de la famille, Jack Lipton d’IPSO Studio, rappellent le canapé d’enfance du propriétaire David Schwartz. Le motif des murs en bois de loupe fait référence au sens du design de sa mère Linda, dont le fauteuil à imprimé léopardévoque le grain du bois. Le plâtre recrée la forme particulière du glaçage de ses gâteaux. Les nouilles lokshen, en forme de nœud papillon, sont faites à la main pour le kasha varnishkes, une interprétation empreinte de tendresse en souvenir de la version en boîte que son père mangeait. 

Shirley's à Winnipeg
Linny's à Toronto

Les chefs Stephen Baidacoff et Nick Yuli Lin se sont rencontrés au Campagnolo en 2017. Aujourd’hui, ils gèrent ensemble tous les aspects du No. 8, armés d’une foi inébranlable à l’égard des capacités de l’autre. « C’est un restaurant géré de manière unique par deux chefs qui sont également des amis de longue date », explique Baidacoff. « Nous faisons chaque choix côte à côte. » Le résultat, axé sur la technique, est en fin de compte très personnel. Le remarquable jiao zi de Lin, accompagné de sa sauce XO, fait partie du menu de dégustation français. 

Yan Dining Room à Toronto

À travers la progression des plats néo-chinois du Yan Dining Room, la chef Eva Chin raconte son histoire dans une cuisine qui parle de migration, de coutumes et de révolution personnelle. On ne fait pas que manger, on écoute, car la cuisine de ses ancêtres et son expérience reflètent la vie qu’elle s’est construite.

Antonio Migliarese a grandi dans des restaurants, en commençant comme serveur dans la salle à manger de son père. Sa mère a quitté son travail de neuf à cinq à la banque pour s’occuper de la cuisine. Après le décès de son père, Migliarese a perpétué son héritage, d’abord avec le DOP, puis aujourd’hui avec le Bar Rocca et le DOPO. Des photos de famille sont accrochées aux murs. Le tiramisu de sa mère figure sur le menu, son numéro de téléphone étant imprimé à côté pour inviter les nouvelles amitiés. Elle répond à tous les messages, qui s’élèvent à plus de 1 200 à ce jour. « C’est ainsi que nous maintenons l’esprit de mon père en vie », affirme Migliarese. « Une table, une conversation et un repas partagé à la fois. » 

Bar Rocca à Calgary

Au Maven, la chef Shauna Godfrey ajoute à l’addition la recette de salade de chou de sa grand-mère Rose. Le challah servi est le même que celui qu’elles tressaient ensemble lors de leurs soirées pyjama. Selon Shauna Godfrey, « Le Maven est le reflet d’une longue histoire de communauté, d’attention et de récits par l’intermédiaire de la nourriture, qui existe dans toutes les cultures ». 

Maven à Toronto

La nostalgie sincère a quelque chose de familier. Même si les souvenirs ne sont pas les nôtres, nous les partageons quand même. C’est ce qui permet à des lieux comme ceux-ci de conserver notre affection, non seulement pour la nourriture, mais aussi parce qu’on y est accueilli comme un habitué, comme un membre de la famille.