Pourquoi beaucoup d’aéroports utilisent les trois mêmes polices —

Les raisons pour lesquelles la typographie dans les aéroports est immédiatement déchiffrable.

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Croyez‑le ou non, la signalétique des aéroports n’est pas censée vous sauter aux yeux. Comme l’a dit le Suisse Adrian Frutiger, qui a créé la police Roissy pour l’aéroport de Paris‑Charles de Gaulle (dont la police de caractères imprimables Frutiger est dérivée), la typo à l’aéroport ne devrait pas plus se démarquer qu’une cuiller dans un resto de ramens embué. La signalétique aéroportuaire s’inscrit dans un lieu de transit ; la police étant le principal élément graphique, l’art réside dans la simplicité.

« C’est une question de capacité de traitement du cerveau quand il faut décoder », explique Sarah Hyndman, autrice de Why Fonts Matter. Pas étonnant qu’un test de l’aéroport de Londres‑Heathrow ait révélé que la police Frutiger, linéale, se lit près de deux fois plus vite que la stylisée Garamond Italic. L’absence d’empattements (les petits traits au bout des jambages) et les contreformes ouvertes largement de lettres comme c, e et s améliorent la lisibilité de la Frutiger. Un texte facile à lire est facile à saisir ; c’est ainsi qu’on voit les polices Frutiger, Helvetica et Clearview sur environ 75 % des panneaux d’aéroport.

24 mars 2021
Une comparaison de la police Frutiger 55 Roman contre Freight Display

La lisibilité n’est pas la seule raison : « La signalétique doit avoir un sérieux qui va avec le contexte », précise Mme Hyndman, car les passagers s’y fient. La familiarité est un autre facteur de confiance, dit‑elle : « La Frutiger est utilisée depuis des décennies, on y est habitués. » Après tout, si le texte du panneau vous dirigeant vers l’aire de retrait des bagages était écrit en Comic Sans, vous penseriez que c’est une blague.

Lecture rapide

  • Amazon affirme que sa police Bookerly permet aux utilisateurs de Kindle de lire deux livres de plus par an, par rapport à deux autres polices.

  • Des psychologues de l’Université du Michigan ont donné des consignes écrites en Arial ou en Brush (une police scripte) à deux groupes. Le groupe Arial a jugé que l’exercice donné serait plus rapide.

Voyons voir

Les origines des plus populaires polices d’aéroport.

Un signe de l'aéroport de Paris Charles de Gaulle dans la police Frutiger
   Photo : Alamy

Frutiger

  • Dérivée de la police commandée en 1970 pour le nouvel aéroport de Paris‑Charles de Gaulle, à Roissy‑en‑France, la police portant le nom d’Adrian Frutiger était, heureux hasard, vaguement inspirée de la police Concorde. « L’important, c’était d’avoir un caractère absolument pur, j’ai envie de dire nu, dénué de toute fioriture artistique, dit‑il dans Adrian Frutiger : Caractères. L’œuvre complète. Chaque chiffre devait donc avoir la clarté d’une flèche. »
     
    AÉROPORTS : CDG, JFK, LHR, AMS

Un aéroport international de Dallas / Fort Worth signe dans la police Clearview
   Photo: David L. Moore, Alamy

Clearview

  • La police Clearview vise à améliorer la lisibilité des panneaux d’autoroute. Des tests faits par les instituts du transport de la Pennsylvanie et du Texas ont montré que, par rapport à sa prédécesseure Highway Gothic, elle fait gagner 1,2 seconde pour lire les panneaux aux conducteurs roulant à 70 km/h.
     
    AÉROPORT : DFW

Un signe de l'Aéroport International de Miami dans la police Helvetica
   Photo : Ashok Saxena, Alamy

Helvetica

  • La police Helvetica a été créée en 1957 afin d’être assez neutre pour de nombreux contextes. Des navettes spatiales de la Nasa à la signalisation routière de Lettonie, cette polyvalente police est vite devenue omniprésente. Elle a notamment été choisie comme police par défaut de l’iOS d’Apple, jusqu’en 2015, et comme police officielle du gouvernement du Canada.
     
    AÉROPORTS : LAX, MIA, PHX, YVR