Le musicien Alan Doyle nous reçoit chez lui, à St. John’s

Ce printemps, Alan Doyle aurait dû tourner dans l’Ouest américain et en Italie pour présenter son nouvel album, Rough Side Out. Au lieu de quoi l’ex-chanteur de Great Big Sea s’est produit dans sa cuisine, à St. John’s, diffusant en continu ses Suppertime Singalongs d’une heure, ce qui lui a permis, par l’intermédiaire de son organisme de bienfaisance A Dollar A Day, de récolter plus de 600 000 $ pour la sensibilisation à la santé mentale, pour Jeunesse, J’écoute (dont le volume d’appels reçus a quadruplé), pour les travailleurs de la santé de première ligne, etc. « C’est un rayon de soleil en ces temps incertains », dit-il en parlant de la générosité de ses admirateurs. Outre ces concerts-bénéfice à domicile, il travaille sur un troisième livre (un recueil d’anecdotes drôles) et sur une adaptation musicale de La grande séduction à l’anglaise pour le Festival de Charlottetown. Il nous a parlé de son confinement avec sa femme et son fils, de ses projets de voyage provisoires pour l’été et de son rôle d’allumeur d’inoubliables soirées.
 

01 juillet 2020
Alan Doyle debout dans une porte en riant

 
enRoute Qu’avez-vous trouvé d’étonnant en passant des salles aux spectacles en ligne ?
 

Alan Doyle Le truc, c’est que ces diffusions se font de chez vous. Vos enfants sont là, ça peut sonner à la porte. Vous êtes là, concentré sur votre numéro de guitariste ultra-cool, et voilà que votre chien s’amène et vous pisse sur le pied. Les gens vous voient sous un jour nouveau. Ils sont habitués à entendre votre voix de dieu du rock et voilà qu’ils entendent celle du maître affectueux ou celle du papa.
 

ER Dans votre autobiographie, Where I Belong, vous écrivez qu’un band a besoin d’un public et vice-versa. Dans ce rapport, de quoi vous ennuyez-vous le plus ?
 

AD Je joue dans des groupes depuis 1983 et je n’ai jamais été aussi longtemps sans donner de spectacles. Les gens, je crois, saisissent la satisfaction émotionnelle qu’on ressent à jouer pour un public, mais il y a aussi le côté physique. Certains muscles ne servent que quand on passe deux heures à jouer de la guitare et à chanter. Mais ce qui me manque vraiment, c’est le sentiment de créer une soirée inoubliable pour les spectateurs : j’adore mon rôle d’allumeur de fêtes. Plus je vieillis, plus j’ai conscience du temps des autres. Certains prennent l’avion pour venir me voir, d’autres font trois heures de route ou paient une gardienne. Si quelqu’un réserve sa soirée pour moi, je prends son divertissement au sérieux.
 

ER Collectionnez-vous des souvenirs de tournée ?
 

AD En fait, je préfère semer des souvenirs sur mon passage. J’ai eu une paire de Doc Martens que j’ai portée 10 ans, ces bottes-là ont dû visiter 2500 villes. Une fois, à Washington D.C., à la fin d’une tournée avec Great Big Sea, je suis allé dans la loge après le spectacle, j’ai fermé la porte, soulevé une des tuiles du plafond et les ai mises dans les combles du Warner Theatre. C’était il y a 10 ans environ, et je parie qu’elles y sont toujours.
 

Un gros plan d'Alan Doyle debout devant l'océan

 
ER À part la musique, vous avez fait quoi chez vous ? Avez-vous fait l’école à la maison ?
 

AD Je fais ma part. Je ne suis pas très fort en maths de secondaire II, alors nous faisons divers projets. J’ai aidé mon fils Henry et sa cousine à enregistrer un balado d’une heure, avec analyse détaillée des Power Rangers, pour un travail sur les médias. Et j’ai l’occasion de faire des terrasses et de poser des clôtures. Là non plus, je ne suis pas très doué, mais mon voisin est maître-charpentier. Je lui demande des instructions le matin, puis je me mets au boulot.
 

ER Enfant à Petty Harbour, vous vouliez voyager à l’extérieur de Terre-Neuve-et-Labrador. Comment les voyages ont-ils façonné votre vie ?
 

AD Quand j’étais enfant, jouer de la musique dans un groupe semblait possible parce que toute ma famille le faisait. Mais voyager de par le monde paraissait impossible, puisque personne ne le faisait dans ma famille. Comme musicien, ce que j’aime, c’est qu’on peut non seulement aller à Chicago, mais aussi faire partie de ce que la ville a à offrir un soir donné. Dans d’autres villes, on peut même être le seul événement de la soirée. Et c’est tripant d’atterrir à Montréal, en sachant qu’une fois le concert terminé, je filerai au Hurley’s Irish Pub par la porte arrière pour m’asseoir à la fameuse table du fond ; ou, à Halifax, que je traînerai à l’Economy Shoe Shop parce que [l’ex-VJ de MuchMusic et propriétaire de bar] Mike Campbell m’invitera peut-être dans son garage. C’est le genre de truc qui arrive quand on voyage et qu’on fait partie d’un band… une combinaison gagnante.
 

Alan Doyle se dresse sur une rue de Terre-Neuve devant une maison bicolore

 
ER Des plans cet été ?
 

AD Je vois cet été comme une période où nous serons libres d’explorer Terre-Neuve et peut-être même le Canada atlantique. Je serais ravi d’avoir un mois de congé (le premier depuis 1982) et de partir avec ma femme et mon fils dans notre petite roulotte, de prendre le traversier et de faire le tour de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard. Ça serait génial.
 

ER Pourquoi St. John’s, votre ville, est-elle une destination formidable ?
 

AD Quand je vois des gens qui sont manifestement des touristes se promener l’air ébahi, j’adore ça. Moi, je me balade devant le port 50 fois par mois ; je grimpe Signal Hill avec mes chiens chaque jour. Et je croise quelqu’un des Prairies ou d’une grande ville canadienne, et il n’en revient pas. Sortez d’un hôtel du centre-ville et en sept minutes vous êtes nulle part, dans les bois. Il n’y a pas beaucoup d’endroits où c’est possible. Et, bien sûr, la plupart des Terre-Neuviens adorent faire passer du bon temps aux visiteurs. Ayant beaucoup voyagé, je sais qu’il n’y a rien de tel que d’arriver dans un endroit où les gens sont ravis de vous recevoir.
 

Alan Doyle au bout d'une voie en ciment menant à l'océan

 

Le questionnaire

  • Premier souvenir de voyage J’avais 20 ans quand j’ai pris l’avion la première fois. C’était en avril 1989, de St. John’s à Londres, pour rendre visite à mon frère. Je n’ai pas fermé l’œil de l’envolée, car je voulais tout voir. C’était magique : on passe une porte à St. John’s et on ressort en Angleterre. Et j’aime toujours le fait qu’on peut donner un concert à Londres le dimanche soir et se promener le lendemain à l’heure du dîner dans les rues de St. John’s.

  • Souvenir préféré Une affiche de concert de Great Big Sea au Fillmore de San Francisco.

  • Voisin de rêve en avion J’en ai eu deux. D’abord, un capitaine de traversier terre-neuvien à la retraite qui m’a raconté pendant trois heures et demie ses expériences à la barre du traversier reliant North Sydney (Nouvelle-Écosse) et Terre-Neuve. L’autre, c’est Bob Cole, de Hockey Night in Canada.

  • Meilleure destination au Canada Montréal, peut-être la ville gourmande n° 1 au monde. Je viens d’un endroit homogène, mais là-bas, certains parlent quatre langues. Et il y a les Canadiens de Montréal.

  • Le voyage a le pouvoir… Vous garder jeune. Les yeux grand ouverts, on apprend, curieux, comme quand on était enfant.

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