Anne Murray sur Noël, ses voyages et ses éternels retours au Canada

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Avant que Shania ne fasse vibrer Nashville, que Céline ne conquière Vegas de sa puissante voix et que Sarah McLachlan n’exporte son festival Lilith Fair, Anne Murray était la seule grande chanteuse pop canadienne dont la vie était un carnet de voyage. La chanteuse originaire de Halifax a conquis le monde avec des succès ensoleillés tels que You Needed Me, Snowbird et Could I Have This Dance, au fil de nombreuses tournées entre les années 1960 et le début des années 2000. Ses admirateurs inconditionnels savent que les six albums de Noël qu’elle a enregistrés dans sa carrière font partie intégrante de son parcours. C’est pourquoi, à l’âge de 75 ans, Mme Murray vient de lancer The Ultimate Christmas Collection, un recueil de ses chansons de Noël préférées, extraites de diverses périodes. Depuis sa nouvelle demeure en Nouvelle‑Écosse, elle nous a parlé de certains de ses sujets préférés : la vie de jet‑set, l’art de plaire au public et les hivers dans le Sud.

09 décembre 2020

enRoute Avec tout ce qui se passe dans le monde, avez‑vous l’intention de célébrer les fêtes en sourdine ou de fêter en grand ?

Anne Murray Comme chacun sait, je suis très résiliente. Alors oui, je vais faire ça en grand cette année. Je commence à décorer le 1er décembre parce que j’aime Noël et que j’ai tellement de décorations du monde entier que mes fans, mes amis et ma famille m’ont offertes au fil des ans. J’ai toute la planète sur mon sapin, car que j’en ai également collectionné lors de mes tournées.

Un chemin enneigé entre une ferme d'arbres de Noël
   Photo : Thomas Lipke

ER Vous avez tourné près de 40 ans. Quand vous chantez une chanson comme I’ll Be Home for Christmas, à quelle ville pensez‑vous ?

AM À ma ville natale de Springhill, en Nouvelle‑Écosse, où j’ai grandi. C’était animé, car nous étions six enfants, mais ma mère aussi aimait Noël. Nous sortions avec papa chercher le sapin de Noël à la noirceur parce qu’il travaillait toute la journée. Le lendemain matin, quand nous regardions ce sapin, il était en général affreux, comme un triste sapin de Charlie Brown. On l’ornait de branches, de feuilles, et de décorations, en essayant de lui donner une allure à peu près convenable. Les arbres de papa nous faisaient toujours rire parce qu’il ne les voyait pas quand il les abattait.

ER Je regardais vos anciennes émissions spéciales de Noël sur la CBC. Vous et votre famille aviez des caméras dans votre salon bien avant les Kardashian…

AM Oh oui, je me souviens de nombreuses occasions où j’étais assise autour de la table avec mes parents réticents à participer. Mes frères étaient, et sont toujours, si méchants les uns envers les autres. Ils se plaisaient dans la dérision, nous étions sans doute les seuls à comprendre leur humour. C’était plutôt stressant de se retrouver sous l’œil des caméras.

ER L’un de vos plus grands succès, Snowbird, est devenu l’hymne aux voyageurs canadiens. Quels sont les endroits dans le monde où vous avez été le plus heureuse en vacances hivernales ?

AM Je prenais des vacances‑travail, quand je pouvais. On dirait « voyage d’affaires et d’agrément » de nos jours. Dans mes tournées, nous prenions des jours supplémentaires pour nous détendre. Les meilleures vacances au soleil que nous avons eues, c’est lors d’une tournée en Australie, quand nous sommes passés par Sydney, Brisbane et Melbourne. Nous avons amené les enfants, ma mère, quelques‑uns de mes frères et leurs épouses, et nous avions en plus une équipe de tournage avec nous ! Nous avons fait escale trois ou quatre jours à Hawaii, c’était le paradis ! Et nous avons capté le tout sur vidéo.

Maisons colorées alignées le long du bord de l'eau à Brisbane, Australie
Brisbane, Australie.   Photo : Shelia Regita Pasaribu

ER Vous êtes une golfeuse reconnue et avez joué avec une équipe appelée Chicks With Sticks. Sur quel terrain de golf dans le monde aimeriez‑vous amener votre équipe ?

AM Cabot Cliffs, à l’île du Cap‑Breton. C’est à couper le souffle. On ne pense plus au golf tant les paysages sont magnifiques. J’adore ce genre de parcours.

Vue aérienne du parcours de golf Cabot Cliffs au Cap-Breton
Cabot Cliffs, Cap‑Breton, Nouvelle‑Écosse.   Photo : Cabot Cape Breton/J. Sjoman

ER Céline Dion, Shania Twain et k.d. lang ont toutes dit que vous leur aviez ouvert la voie. Êtes‑vous d’accord ?

AM Oui, mais Céline et Shania ont atteint un tout autre niveau. Les choses étaient différentes quand j’ai commencé. À l’époque, si vous aviez un disque d’or, c’était le sommet de l’industrie. Maintenant, si vous n’avez pas de disque de platine, ou double ou triple… J’aurais aimé pénétrer un peu plus le marché européen comme elles l’ont fait. Ça me semblait colossal de devoir voyager dans le monde entier et d’essayer de faire carrière dans ces pays. Aujourd’hui, il y a les médias sociaux, donc de multiples façons d’atteindre le public mondial.

ER Certains de vos titres les moins connus comme For Baby et David’s Song et Some Birds renaissent sur TikTok. Des chatons, des perroquets, des chiots et des singes se dandinent au son de ces chansons. Espérez‑vous qu’un défi TikTok Anne Murray vous permettra de conquérir Internet ?

AM Je suis partante ! Je ne me souviens même plus des paroles de ces chansons. Qu’une nouvelle génération les trouve et en fasse autre chose, c’est vraiment chouette.

ER Si Google Maps pouvait localiser les villes d’où viennent vos chansons, où seraient les marqueurs ?

AM La plupart de mes enregistrements ont été faits à Toronto ; la ville était tellement pleine d’énergie et de vie. Pour moi, l’enregistrement est un moment très concentré. Quand j’avais besoin d’une pause, j’adorais rouler sur la Don Valley Parkway : c’était une telle détente ! J’ai enregistré des albums ailleurs, comme à Nashville, qui est le rêve d’une chanteuse, mais ce n’a jamais été comme à Toronto.

Vue des gratte-ciel de Toronto et de la Tour CN depuis les quais
Un chemin enneigé à travers les arbres de Don Valley, Toronto
Toronto.   Photo : Juan Rojas
Don Valley, Toronto.    Photo : Andre Gaulin

ER Vous avez dit : « Si j’allais à New York ou à Los Angeles, je deviendrais quelqu’un que je n’aimerais pas. » Comment le Canada vous a‑t‑il permis de conserver votre équilibre malgré la célébrité ?

AM Le Canada était ma doudou. J’y trouvais toujours un lieu d’évasion. Ailleurs dans le monde, je n’étais pas chez moi. Au Canada, oui. En passant la frontière canadienne, je retrouvais ma sécurité. Je me suis toujours sentie étrangère ailleurs, c’est pourquoi je ne me suis jamais installée à l’étranger.

ER Tout au long de votre carrière, vous avez souvent dit que vous vous demandiez si vous n’aviez pas placé la barre trop haut pour vous. Avez‑vous accompli tout ce que vous vouliez ?

AM Je n’ai plus rien à prouver. J’ai certainement accompli tout ce que je pouvais imaginer, et bien plus encore. Je pense que c’est la raison pour laquelle il m’a été si facile de prendre ma retraite. Je ne savais pas ce que je faisais, mais au moins, si je me trompais, je n’avais personne d’autre à blâmer. Au début, ça me semblait difficile de devoir voyager partout dans le monde et d’essayer de faire carrière dans d’autres pays que le Canada. À l’époque, ce n’était pas si simple, mais je l’ai fait !