Cette réalisatrice tourne des film dans une langue menacée

La cinéaste tsilhqot’in Helen Haig-Brown ne craint pas les défis. Elle s’est attaquée à un sujet très personnel dans son documentaire de 2014, My Legacy, à propos du traumatisme intergénérationnel lié aux pensionnats autochtones et de sa relation avec sa mère, une survivante de ce système. Elle est aussi à l’origine d’un court métrage de science-fiction beau et techniquement remarquable, réalisé avec un budget famélique : ?E?anx (The Cave) a été nommé parmi les 10 meilleurs courts du Canada en 2009 par le Festival international du film de Toronto (TIFF).

Helen Haig-Brown a grandi entre Vancouver et la communauté yunesit’in de la nation tsilhqot’in, à Williams Lake, en Colombie-Britannique. Elle a hérité de l’intérêt pour les langues de sa mère, une linguiste enseignant le tsilhqot’in, alors que son père la gavait d’histoires. Après deux ans d’études en science politique, elle a décidé de changer de cap et décroché plus tard un diplôme du Programme autochtone de cinéma numérique indépendant de l’Université Capilano.

01 juillet, 2019
 Portrait de la cinéaste Helen Haig-Brown, une femme tsilhqot'in et co-réalisatrice du film Edge of the Knife.

Cinéaste tsilhqot’in

Mais rien ne l’avait préparée à sa dernière oeuvre, SGaawaay K’uuna (Edge of the Knife), coréalisée avec l’artiste haïda Gwaai Edenshaw. C’est probablement l’un des projets cinématographiques les plus périlleux jamais entrepris : le tout premier film tourné en haïda, une langue menacée (parlée par moins de 50 personnes sur la planète), et mettant en vedette des non-acteurs de la communauté, dont certains ne maîtrisant pas la langue.

L’œuvre, un thriller surnaturel campé dans le Haida Gwaii du xixe siècle et basé sur la légende haïda du Gaagiixiid (Le Sauvage), a été présentée au TIFF l’an dernier et a reçu le prix du jury imagineNATIVE Sun 2018, en plus de recevoir des éloges tant du public que des critiques. Mais le tournage a été une aventure en soi.

Lorsqu’elle a eu vent de SGaawaay K’uuna, Helen Haig-Brown venait tout juste de déménager à Haida Gwaii avec son conjoint, un Haïda, et elle ne se reconnaissait pas le droit de plonger dans ce projet. « J’avais l’impression que je ne pourrais pas rendre justice à une telle histoire, un film d’époque, surtout étant nouvelle sur le territoire. » Mais elle a changé son fusil d’épaule en apprenant qu’elle travaillerait aux côtés de l’artiste haïda acclamé Gwaai Edenshaw : « Ça me rassurait. Gwaai allait s’assurer que les choses soient faites de la bonne façon, et j’allais pouvoir apporter mes talents techniques à la réalisation. »

Pour faire en sorte que le résultat réponde aux attentes de la communauté en matière d’authenticité du récit, les réalisateurs ont tenu un camp linguistique intensif de deux semaines. Les membres de la distribution vivaient ensemble dans une maison longue traditionnelle, où les acteurs étaient jumelés à des mentors afin de peaufiner textes et débit.

Le fait de voir des non-locuteurs se mettre à communiquer ainsi a été une expérience puissante pour tout le monde, mais surtout pour les 12 mentors haïdas, dont certains étaient venus d’aussi loin que l’Alaska. « Je me rappelle leur enthousiasme lorsque des jeunes ont livré leur texte avec émotion, relate la cinéaste. Je me suis dit : “Wow ! Nous ne racontons pas simplement une histoire.” Cette énergie nous a tous portés. »

Tout ce que la cinéaste a appris en planchant sur SGaawaay K’uuna (le travail et la vie en communauté, la régénération d’une langue, la renaissance d’une histoire grâce au savoir des aînés) influencera sa façon d’approcher son nouveau projet, qui sera mis en branle cette année : un film sur la guerre de Chilcotin de 1864, tourné en langue tsilhqot’in.

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