En coulisse avec le visualiste de Drake —

Theo Skudra photographie les faits et gestes du rappeur.

Si vous avez vu une photo de Drake sur Instagram ou regardé un de ses vidéoclips récents, comme celui de When To Say When & Chicago Freestyle sorti en février, vous avez sans doute avisé le travail de Theo Skudra. Ce Torontois décrit la vie du rappeur (et l’univers qui s’est développé tout autour) depuis huit ans, souvent en noir et blanc, style qui le caractérise. Mais il n’est pas que le photographe de Drake ; c’est un visualiste, cinéaste, scénariste et producteur qui s’adonne à faire des photos artistiques du rappeur dans les coulisses, en plein spectacle et aux côtés de noms célèbres d’Adele à Jay-Z. Nous l’avons rencontré pour parler de nostalgie de la pellicule, des réalités de la vie en tournée et de la façon dont il obtient ses clichés parfaits de Champagne Papi.

25 mars 2020

enRoute Comment en êtes-vous venu à la photo ?
 

Theo Skudra Mon père était photographe ; quand j’étais petit, il y avait des appareils photo partout et ses clichés tapissaient les murs. Ma mère était passionnée d’art et de photo. J’ai commencé à prendre ça plus au sérieux lors de vacances en famille. J’étais le gamin de 10 ans qui prenait tout le monde en photo. Je les montrais à mon père et il me disait ce qu’il aimait, ce qui marchait ou pas.
 

ER Quelle est votre approche ?
 

TS Le photojournalisme vivant. Je ne fais pas de photos de pochette ou de studio. Je travaille surtout sur le terrain, que ce soit en tournée ou pendant une nuit en studio.

Theo Skudra fait sa valise
La collection de vinyles de Theo Skudra

ER Comment savez-vous que vous avez l’image parfaite ?
 

TS J’essaie de saisir des moments intenses. Ça peut être Drake sur scène, disons qu’il saute ou qu’il y a un gros flash, ou un fan qui chavire juste au bon moment. J’appuie sur le déclencheur en me branchant sur les sommets du rythme, et je gravite vers ces plans au montage. Et puis, à l’opposé, je peux chercher ces instants où une personne est dans sa bulle, surtout quand ça grouille de monde. Ces pauses sont intéressantes, peut-être parce qu’elles sont rares, ou parce que la personne est moins consciente de l’objectif.
 

ER Qu’aimez-vous dans la pellicule ?
 

TS Ça peut avoir un lien avec mon passé et la nostalgie du développement de la pellicule. Mais j’aime le look que ça donne. Depuis un an, je tourne en 16 mm et c’est une esthétique unique. La pellicule réagit à la lumière d’une façon qui me touche ; quand je vois le look des blancs surexposés dans Casino, ou le ciel à l’heure dorée dans Les moissons du ciel, ou l’éclat du noir et blanc dans le photojournalisme de Larry Towell, je pense : « C’est ce que je veux. » C’est presque comme si chaque cliché devenait illico classique et nostalgique.

Theo Skudra filmant avec son appareil photo

J’essaie de saisir des moments intenses. Ça peut être Drake sur scène, disons qu’il saute ou qu’il y a un gros flash, ou un fan qui chavire juste au bon moment.

ER Quand avez-vous rencontré Drake ?
 

TS Je travaillais sur des films avec des amis communs, acteurs dans Degrassi. Un jour, ils m’ont demandé si je voulais assister à une répétition de Drake. C’était avant la sortie de Take Care. Comme j’étais un grand fan, entrer dans ce local de répétition, c’était géant. Je n’ai vraiment commencé à travailler que sur le tournage du clip de « Marvins Room ».
 

ER Et ça, c’est né comment ?
 

TS J’étais technicien en imagerie numérique sur ce clip, on me donnait les cartes mémoire pour transférer leur contenu sur disque dur. Mais j’apportais aussi mon appareil photo sur le plateau. Ma première photo, je l’ai prise en douce dans un coin sombre. Le réalisateur m’est tombé dessus : « Vous ne pouvez pas prendre cette photo. » Puis Drake a retonti, genre : « De quoi tu parles ? C’est OK. Laisse-le tranquille. » Il s’est tourné vers moi : « Envoie-moi ça après. » Il a utilisé cette photo pour illustrer le single Trust Issues. Après ça, on m’a demandé de venir pour des vidéoclips, ou des événements, ou peu importe. J’étais sur le tournage de Headlines quand Drake m’a demandé si je voulais l’accompagner en tournée. C’était il y a huit ans, environ.

Photos en noir et blanc de la mise en scène de Drake et d'une coupe de barbe
Photo en noir et blanc de Drake blotti avec son équipage
Photos en noir et blanc de chaussures et signature d'une Air Jordan
Photo en noir et blanc de Drake regardant de l'intérieur de la scène
Photos en noir et blanc de plans de scène de Drake
Photo en noir et blanc de quatre femmes se blottissant
Photo en noir et blanc de Drake dans la foule lors d'un concert
Photos en noir et blanc d'un salon et d'une arène vide
   Photos noir et blanc de Theo Skudra

ER À quoi ressemble une journée typique ?
 

TS Le plus souvent, ce que je fais se divise entre photographie et tournage. On a un processus vraiment organique, lui et moi. Drake est à l’aise si je suis là avec une caméra, donc je filme constamment. Ça peut ensuite se transformer en n’importe quoi : documents promotionnels, bande-annonce d’un album, images pour une entreprise qui travaille avec lui.
 

ER Et en tournée, ça ressemble à quoi ?
 

TS J’ai toujours mon appareil avec moi ; si je mange avec l’équipe, je jongle avec mon couteau, ma fourchette et mon appareil. J’observe en permanence, à attendre de quoi, n’importe quoi.
 

ER Avez-vous parfois l’impression d’être à côté de la vie ?
 

TS C’est sûr. Ça vient avec la job, pour le meilleur et pour le pire. Je peux vivre cette vie incroyable et parcourir le monde avec des amis que je considère comme ma famille, mais il y a ce décalage. Je ne peux pas vivre l’instant présent comme ils le font. Plus ils s’amusent, plus je travaille dur, c’est l’impression que ça fait.

Étagères métalliques avec les caméras, bobines de film et livres de Theo Skudra
Un gros plan de Theo Skudra filmant avec son appareil photo

ER Tous ces voyages vous ont-ils appris à mieux faire vos valises ?
 

TS C’est difficile parce que je ne sais jamais où on va aboutir. Si on va aux îles Turks et Caicos, j’emporte des t-shirts blancs et des maillots de bain, mais je ne sais pas si on va se retrouver à Londres la semaine d’après et si je vais avoir besoin d’un imper. J’en apporte toujours trop. Je traîne deux énormes Rimowa remplies à ras bord.
 

ER Depuis que vous voyagez autant, comment décririez-vous votre relation avec Toronto ?
 

TS Toronto va toujours être mon endroit préféré sur Terre. C’est chez moi, peu importe où l’on va, mais j’y suis de moins en moins souvent. On se promène entre L.A. et Toronto la plupart des mois de l’année, quand on n’est pas en tournée pour trois, quatre ou cinq mois. La ville grandit et change rapidement, alors il arrive souvent qu’à mon retour, mon endroit préféré ait fermé.
 

ER Toronto a-t-elle une influence sur votre travail ?
 

TS Peu importe d’où vous êtes, vous êtes marqué par votre milieu. Mais pour ce qui est de cadrer une photo, non, je ne crois pas. Les films et photos que j’ai assimilés toute ma vie, genre les cassettes VHS que j’ai piquées aux amis de mon père quand j’étais enfant, ou tel livre de photographie sur la table à café, influencent sans doute mon travail plus que toute autre chose.

Theo Skudra discutant sur un canapé

Le Questionnaire

  • Essentiel en cabine Mon enceinte JBL Flip. Ces temps-ci, j’écoute beaucoup de King Krule, de Popcaan et de Blood Orange.

  • Truc de voyage Demandez votre carte Nexus. Si vous avez déjà atterri à Pearson avec trois autres vols quand la clim est en panne, vous comprenez pourquoi.

  • Voisin de rêve en avion Stanley Kubrick.

  • Premier souvenir de voyage Aller à la baie Georgienne avec mon père et mon frère, et pêcher dans un canot en métal avec un drapeau pirate.

  • Le voyage a le pouvoir de… Nous éclairer.

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