Que contient le bagage à main d’une chasseuse sous‑marine ?

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Valentine Thomas nous parle de sa double vie et de la fois où elle a attrapé un merlin de 450 livres.

La Québécoise Valentine Thomas menait une fructueuse carrière en finance à Londres avant de faire le grand saut pour devenir chasseuse sous‑marine à temps plein. La jeune femme, qui milite pour la pêche durable principalement par le biais de son compte Instagram (@valentinethomas), parcourt aujourd’hui les mers du monde pour documenter sa pratique, sensibiliser la population et trouver son prochain souper. Le livre À contre‑courant, de Valentine Thomas, est offert en librairie et en ligne. Une version anglaise est en préparation.

01 juillet 2019

enRoute À quel moment avez‑vous décidé de quitter votre emploi en finance à Londres pour devenir pêcheuse à temps plein ?

Valentine Thomas En 2016, j’étais en Afrique du Sud où la télé française tournait un documentaire sur la double vie que je menais, entre le travail à Londres et les voyages de pêche. Même si je n’étais quasiment pas payée pour ça, j’ai compris que je pouvais me consacrer à un boulot qui me ferait triper tous les jours.

ER Quelles sont les qualités nécessaires pour être une bonne chasseuse sous‑marine ?

VT La chasse sous‑marine, c’est à peu près 80 % de gestion mentale, principalement pour apprendre à être à l’aise même privé d’air. Pour ce qui est du contrôle du harpon, ce n’est que de l’entraînement. J’ai vu des personnes de 80 ans y arriver !

ER Comment votre vie sous l’eau a‑t‑elle changé votre vie sur terre ?

VT Ça m’a appris à respecter beaucoup plus l’environnement. On a souvent l’impression, en tant qu’être humain, qu’on est les maîtres du monde. C’est faux, on fait vraiment partie de la nature.

ER Vous pratiquez la pêche durable, mais en faites aussi la promotion. Parlez‑nous de vos activités militantes.

VT Avec mes photos et mes vidéos de pêche, je tente d’amener les gens à s’interroger sur leur nourriture, à recréer un lien perdu depuis longtemps. J’ai aussi lancé une pétition afin d’obliger les marchands canadiens à indiquer la provenance et la méthode de pêche de leurs poissons et fruits de mer.

ER Quelle est l’expérience la plus profonde que vous avez vécue en voyage ?

VT J’ai participé au film Agua Negra, au Cap‑Vert, un documentaire sur la culture de la chasse sous‑marine. On vivait dans des situations extrêmement précaires : on n’avait pas d’argent et on dormait par terre. J’ai réalisé qu’on pouvait s’adapter à n’importe quelle condition de vie et j’y ai aussi découvert un esprit de communauté. Les gens autour de nous n’avaient rien, mais ils partageaient tout.

ER Quels sont vos lieux de prédilection pour la pêche ?

VT J’aime bien la Floride, la côte du golfe du Mexique et les alentours de Tampa Bay, où il y a un peu trop de houle et de requins, mais où les eaux sont poissonneuses.

ER Profitez‑vous de votre temps dans l’eau pour la baignade ?

VT Ça dépend. La beauté de l’océan, c’est que les plongées ne se ressemblent jamais. Quand je suis entourée de poissons, parfois des milliers, je reste plus longtemps. Si ça fait une demi‑heure que je n’ai rien vu, je sors de l’eau.

Le questionnaire

  • Plongée la plus profonde 50 m.

  • Poissons préférés Le capitaine et la rascasse.

  • Plus grosse prise Un marlin de 200 kg. « J’ai pu partager la viande avec tout le village où l’on était, près de Cabo San Lucas, au Mexique. »

  • Méthode de cuisson favorite Dans la poêle ou entier, sur un feu de camp.

Que contient le sac de Valentine ?

La couverture de Sapiens: une brève histoire de l'humanité
  • Livre — J’apporte toujours un livre qui m’apprend quelque chose. Sapiens : Une brève histoire de l’humanité permet de comprendre notre passé et nos origines, et ainsi mieux entrevoir le futur.

Une montre de plongée noire
  • Montre de plongée — C’est un ordinateur qui calcule tout : profondeur, durée de plongée, temps de repos nécessaire entre deux plongées (soit le double du temps de la précédente), même mes heures de sommeil.

Une paire de palmes de plongée
  • Palmes — Elles sont longues et légères, afin que tout l’effort soit concentré dans le coup de palme, pour économiser mon énergie. Elles sont en carbone et trop fragiles pour ma valise en soute (et si longues qu’elles n’y entrent même pas).

Deux mini barbecues
  • Gril pliable — Le camping et l’idée de manger de manière simple, en plein air, m’ont fait tomber en amour avec la pêche. Quand on attrape de gros poissons, on en apprête la moitié en ceviche, et l’autre grillée.

Un sac de poisson surgelé sous vide
  • Poisson congelé — Je n’apporte pas de poisson avec moi, mais j’essaie d’en rapporter à mes parents pour qu’ils goûtent de nouvelles variétés. Ils ont adoré le mérou (photo), que l’on pêche en Floride.