À la recherche des crêpes aux oignons verts de Monsieur Wu, à Shanghai

Parait-il que ce sont les meilleures du pays.

C’est tout près, j’en suis sûre. Erreur ! Le X sur ma carte de Shanghai s’avère être un autre chantier raviné, entouré d’affiches commerciales pour des condos de luxe aux salles de bain en marbre avec portier en uniforme. Partout où je vais, ma quête est contrariée par l’évolution rapide des quartiers de la ville (et la pénible absence de Google Maps).

Je suis à la recherche de M. Wu, un sexagénaire célèbre sur Internet auprès des résidents et des voyageurs gourmands pour ses crêpes au porc et aux oignons verts, parmi les meilleures au pays, dit-on. Le hic : il faut trouver son bouiboui, situé dans une des nombreuses ruelles cachées derrière les rues arborées de la concession française. Le jour 1 de ma quête, je me perds à force de détours dans ces ruelles en cul-de-sac, connues ici sous le nom de lilongs. Au bout de 10 heures, près d’une maison à cour intérieure délabrée à l’ombre d’un rutilant gratte-ciel, je suis aussi crevée que si j’avais passé la nuit sur la corde à linge, comme les vêtements suspendus au-dessus des lilongs.

1 juillet 2019
Pin de Google Maps pour M. Wu à Shanghai

Le jour 2, alors que le soleil de fin d’après-midi descend sous la cime des platanes, je sens une odeur d’huile chaude qui flotte dans une étroite ruelle non loin d’un nettoyeur à sec. Des dizaines d’amateurs, locaux et de passage, sont alignés dans un silence révérencieux, les yeux rivés sur un petit homme courbé qui enrobe de pâte oignons verts frais coupés et porc gras. Je l’observe, les yeux baissés, qui aplatit chaque boule de pâte sur le gril avant de la frire sur un baril d’huile chaude. Enfin, M. Wu.

Au bout d’une heure, je me retrouve face à l’homme et passe ma commande en levant deux doigts. M. Wu, sans croiser mon regard, met les crêpes dans un sac tandis que je tends mon yuan. La transaction est conclue en un clin d’œil, alors je m’attarde encore un instant pour le regarder travailler, lentement, avec méthode, sans relâche.

Moins méthodique est ma consommation des précieuses crêpes. Je m’éloigne de quelques pas du comptoir de M. Wu avant de prendre une première bouchée. La crêpe est tendre et croustillante (sûrement la meilleure que j’aie jamais goûtée), et enrichie de jeunes oignons et de morceaux de porc salé. Je reste immobile, dans une extase provoquée par une crêpe, au carrefour de l’ancien et du nouveau Shanghai, jusqu’à l’ultime savoureuse et grasse bouchée de perfection farcie.

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