Vivre à Berlin, c’est comment à l’heure actuelle ?

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Dans notre série Fenêtres sur le monde, nous demandons à des Canadiens vivant à l’étranger de nous donner une idée de ce à quoi ressemble la vie à l’endroit où ils résident. C’est une façon de franchir les frontières sans sortir de chez soi.

En novembre 2019, j’ai déménagé à Berlin pour occuper un poste dans le secteur de l’édition. Avec mon fiancé, j’ai quitté Londres et entamé dans la capitale allemande une nouvelle vie, que nous imaginions remplie de vie nocturne, de galeries d’art et de voyages en train à travers l’Europe. Les premières semaines ont été timides, et au moment où je commençais à m’ouvrir à Berlin, la ville s’est fermée.

Désormais, nous ne quittons presque plus notre quartier.

07 avril 2021
Un petit bateau qui descend la voie navigable à côté d'une rangée de maisons à Berlin
   Photo : Kristian Prevc
Le canal Landwehr à Berlin, Allemagne
Landwehrkanal.   Photo : Fionn Grosse (Unsplash)

Alors que d’autres quartiers européens sont identifiés ou délimités par une rue principale, une place ou un parc, Kreuzberg, tel que je le connais, est défini par le Landwehrkanal. Une promenade le long des rives bordées d’arbres de ce canal révèle aujourd’hui des espaces de loisirs, des ponts graffités, des adeptes du jogging, des promeneur et promeneuses de chiens, un marché turc le mardi et le vendredi, des boulangeries, des cafés, des cygnes, des gens qui nourrissent les cygnes, plusieurs églises et une synagogue. L’année dernière, alors qu’une grande partie de la ville était fermée, mon partenaire et moi avons marché le long du canal presque tous les jours.

Bien qu’il s’agisse toujours du même parcours, le ton de notre promenade a changé au gré des vagues de COVID‑19 en Allemagne. L’année dernière, à la même époque, presque personne ne marchait le long du canal, et ceux qui le faisaient s’écartaient le plus possible des étroits chemins de terre.

Cygnes se reposant au bord du canal à Berlin
   Photo : Kristian Prevc
Prendre un verre en bateau au kiosque Van Loon
Van Loon.   Photo : Elli Stuhler

À l’arrivée de l’été, le quartier a repris vie. Année de pandémie ou pas, les Berlinois apprécient le passe‑temps local qui consiste à flotter sur le canal en buvant de la bière à bord de canots pneumatiques. Nous avons passé d’innombrables soirées d’été à flotter avec des amis ou à pagayer jusqu’au Van Loon, un bateau‑restaurant qui sert des Aperol Spritz et des fish and chips dans son bar flottant.

Nous avons continué à flâner près du canal en automne et en hiver. À Noël, les bars et les restaurants ont à nouveau fermé leurs portes, alors les Berlinois se sont mis à se réunir à l’extérieur, réchauffé par du glühwein à emporter – un vin rouge chaud épicé à la cannelle, au clou de girofle et à la muscade. Certains des meilleurs vins provenaient d’Horváth, un restaurant autrichien étoilé Michelin qui servait des chopes fumantes le week‑end depuis son marché de Noël aux lumières scintillantes.

Le canal a gelé pendant une semaine en février, un événement qui ne survient pas tous les ans. Ce qui a commencé par quelques pas hésitants sur la glace s’est terminé par des patineur de vitesse, des matchs de hockey et de grandes foules. Quelqu’un a fini par y installer une cabine de DJ.

Un pont piétonnier de Berlin en face d'un complexe de logements
   Photo : Kristian Prevc
Les gens qui font du dériveur à Berlin par temps chaud
   Photo : Kristian Prevc
    Photo : Elli Stuhler

Aujourd’hui, nos promenades sont ponctuées d’un nouveau rituel : faire la queue. Si les Britanniques ont inventé les files d’attente, les Berlinois les ont perfectionnées. Jusqu’à l’année dernière, faire la queue à Berlin signifiait généralement attendre devant le Berghain ou le Sisyphos en portant des tons de noir et des coiffures décolorées datant des années 1980. En ce moment, les musées, les restaurants et les clubs étant tous fermés, faire la queue à Berlin signifie attendre 45 minutes devant Brammibal’s pour des beignets végétaliens, Zola pour une pizza napolitaine ou La Maison pour un croissant aux amandes qui, avec son enveloppe feuilletée et sa garniture sucrée à base de noix, est l’un des meilleurs de la ville. Lors de la première journée chaude du printemps, même les magasins de proximité, ou spätis comme on les appelle ici, avaient une longue file de personnes qui attendaient pour acheter des bières à boire sur les rives du canal, les pieds suspendus au‑dessus de l’eau.

Des arbres nus bordent les deux côtés d'une rivière à Berlin
   Photo : Kristian Prevc

Avant d’arriver à Kreuzberg, nous avons passé cinq courts mois sans pandémie à Friedrichshain, un quartier de l’ancien Berlin‑Est peuplé de jeunes mères et de punks vieillissants. Notre sous‑location ne devait être que temporaire, avant de déménager dans un logement permanent à Kreuzberg où notre vie berlinoise allait vraiment commencer. Bien sûr, rien ne s’est passé comme prévu. Je n’ai pas encore visité la plupart des musées et des clubs légendaires de la ville, et je regrette de ne pas y avoir plongé quand j’en avais l’occasion. Maintenant, je dois compter les jours jusqu’à ce que tout soit rouvert. Pour l’instant, nous ne savons pas quand cela se produira. En attendant, vous me trouverez en train de me balader le long du canal.