Un roc s’est détaché d’une montagne pour atterrir sur ce restaurant équatorien

Voici comment les proprios ont profité de l’incident.

Vu mon mal de cœur, El Mestizo serait-il, encore une fois, hors de portée ? Le chauffeur prend à toute allure les lacets serrés de la montagne, sans se soucier des brusques dénivellations ou des estomacs fragiles des étrangères à l’arrière. Entre deux profondes inspirations, je m’efforce de garder les yeux sur la route. Il y a des semaines que je tente de dîner à El Mestizo. D’abord, la date de sa réouverture m’a échappé. Puis des barrages routiers de manifestants m’ont coincée à Cuenca, en Équateur, où j’ai mes pénates. Et hier il s’est mis à neiger à plein ciel, et le sol s’est couvert d’un épais et rare duvet blanc. Maintenant que je suis finalement en route, je doute encore de parvenir à mes fins.

La voiture file presque tout droit quand mon amie s’écrie : « ¡Aquí! » (« c’est ici »). El Mestizo profite du soleil qui chauffe le village de Molleturo, à 75 minutes de route de Cuenca. J’observe le portail chocolat et les parures anthracite avant de repérer le véritable objet de ma visite : un gigantesque rocher, haut de deux étages, qui, détaché de la montagne en février dernier, s’est écrasé contre un angle du resto, bloquant sa vitrine.

02 décembre 2019
Illustration d'un couple en train de dîner sur un rocher

Étonnamment, les proprios ont ouvert les bras à l’énorme bloc de roc qui aurait pu les anéantir. Ils l’ont joliment laqué et y ont accolé un mignon escalier en colimaçon que les visiteurs peuvent monter pour admirer le village et la vallée en contrebas. Tout près, les éboulis ont été aménagés en coquette rocaille. On entre à El Mestizo comme on pénètre dans une grotte, là où le rocher rugueux a pris la place du mur qu’il a détruit.

Mon estomac s’étant remis de ses émotions routières, je peux commander mes plats équatoriens préférés : locro de papa et pollo a la plancha (soupe de pommes de terre et poulet grillé). Dans la soupe onctueuse et réconfortante, la purée de pommes de terre est parfaite. Des cubes de fromage frais s’effritent en bouche : c’est en plein ce dont je rêvais, et ça vaut bien tous les détours tortueux.

En sortant, je contourne à nouveau l’immense rocher, qui, à l’instar du pays, évoque le changement et l’accueil qu’on lui réserve.

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