Sentir l’appel de l’ailleurs ressemble beaucoup au mal du pays

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Certains mots étrangers nous sortent des glossaires battus. Prenons le nom composé allemand Fernweh. Si son antonyme, Heimweh, se traduit par « mal du pays », Fernweh est plus insaisissable. Il combine « loin » (fern) et « douloureux » (weh). En gros, on peut le traduire par « virus du voyage » ou « envie de voyager ». Traduction fidèle ou non, la question se pose : peut-on ressentir l’appel de l’ailleurs ?

Le mal du pays est un « sentiment de tristesse intense et de manque causé par la distance du bercail », selon le dictionnaire de l’American Psychological Association. C’est la petite détresse qui se transforme en suées nocturnes et en appels interurbains lors de la première nuit au camp d’été, ou qui nous prend au dépourvu sur le campus, ou qui nous décourage après un déménagement à l’étranger. À la différence de l’angoisse de séparation, qui peut frapper avant et après le départ, le mal du pays est généralement temporaire et n’est pas considéré comme un trouble mental, bien qu’il puisse être lié à la dépression et à l’anxiété. Si ce malaise mineur a reçu une grande attention clinique, son contraire pas si différent a fait l’objet de peu d’études.

30 septembre 2020
Un gif animé d'une femme entourée de photos de voyage et faisant tourner un globe avec son doigt

« Si l’on peut ressentir le mal du pays, il est sans doute possible de ressentir l’opposé : l’appel de l’ailleurs », affirme Marianna Pogosyan, chargée de cours en psychologie culturelle à l’Université d’Amsterdam. Les symptômes de ces maux opposés sont semblables. Mais là où la cause du mal du pays semble simple, la source du besoin d’aller voir ailleurs est plus difficile à identifier. Mme Pogosyan croit qu’il y a des chances que les gens qui ont connu le voyage y soient plus enclins, surtout ceux qui carburent à l’exploration. « Au bout du compte, derrière le désir de voir et de faire l’expérience de lieux nouveaux se cache la quête de la découverte de soi », poursuit-elle.

Pour Karen Stein, autrice de Getting Away from It All: Vacations and Identity, le tiraillement du Fernweh peut être lesté du poids des rapports que certains développent avec des destinations en particulier. « Si ces lieux sont rattachés à des identités significatives, une personne peut ressentir un fort désir de s’y rendre », souligne-­t-elle. Quelqu’un dont les ancêtres viennent d’Irlande, par exemple, peut nourrir un profond désir d’un jour visiter la terre de ses aïeux. « Voyager dans ces lieux lointains peut représenter une façon de prendre contact avec cette importante facette de soi », explique Mme Stein.

En ce sens, le Fernweh n’est pas si différent du mal du pays. Tous deux invoquent une plus grande appréciation de notre identité et de notre origine. Tous deux nous rapprochent du bercail. Mais parfois, le retour au bercail prend plus de temps.

Richesse des langues

Quelques termes étrangers auxquels un voyageur peut s’identifier.

  • Resfeber (n. Suédois) — Plaisir anticipé qui excite le voyageur au moment de son départ.

  • Waldeinsamkeit (n. Allemand) — Sentiment quasi magique de solitude qui ne se ressent que dans les bois.

  • Hiraeth (n. Gallois) — Nostalgie des lieux du passé où l’on n’a plus accès, qui sont perdus ou n’ont jamais existé.

  • Saudade (n. Portugais) — Tristesse et mélancolie à l’égard d’un être, lieu ou objet qui nous manque.

  • Prostor (n. Russe) — Désir d’évoluer dans un espace illimité, libre de toute contrainte.

  • ‘Akihi (n. Hawaïen) — Défaut qui consiste à demander son chemin et à oublier aussitôt les indications.

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